CHAPITRE III
La démence d'abord considérée comme entité unique et état terminus commun à tous les états psychopathi^es chroniques a été différenciée ea variétés diverses. — Théories d'EsQuiaoï. et de ses élèves. — La découverte de la démence paralytique (Batlb, i8aa) montre un substratum organique déterminé pour certaines démences. — Les travaux ultérieurs aboutissent à la notion finale d*un substratum dis-
. tinct pour les démences séniles et en foyers et pour les démences précoces ou vésaniques.
PiNEL définissait la démence : « succession rapide ou plutôt alternative non interrompue d'idées isolées et d'émotions légères et disparates, mouvements désordonnés et actes successifs d'extravagance, oubli complet de tout état antérieur, abolition de la faculté d'apercevoir les objets par des impressions faites sur les sens, oblitération du jugement, activité continuelle sans but et sans dessein, et nul sentiment intérieur de son existence ».
Cette description a le tort de négliger les troubles physiques^ et s'applique aussi bien à la démence sénile qu'à la démence de la paralysie générale. Toutefois, pour lui, la démence signifie déjà « affaiblissement graduel et progressif du physique et du pioral »,
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Il existe, dit Esquirol (282, T. xi), un genre d^aliénation mentale très distinct dans lequel le désordre des idées, des affections des déterminations est caractérisé par la faiblesse, par* l'abolition plus ou moins prononcée de toutes les facultés sensitives, intellectuelles et volontaires; c'est la démence...
On ne confondra plus la démence avec la manie, la monomanie et Timbécillité ; le mot (insensé) doit être réservé aux individus qui sont en démence et ne devrait pas désigner les maniaques, les imbéciles ni les monomaniaques.
« L'homme insensiblement poussé par la vieillesse, perd sa sensibilité avec le libre exercice des facultés de l'entendement, avant d'arriver au dernier degré de décrépitude. La démence sénile s'établit lentement. . Elle commence par l'affaiblissement de la mémoire, particulièrement de la mémoire des impressions récentes. Les sensations sont faibles; l'attention, d'abord fatigante, devient impossible ; la volonté incertaine est sans impulsion, les mouvements sont lents et impossibles, la démence sénile débute assez souvent par une excitation générale qui persiste plus ou moins longtemps, et qui se révèle par l'exaltation tantôt d'une fonction, tantôt d'une autre. Cette fonction s'exerce avec une énergie nouvelle et insolite qui trompe le vieillard et en impose à ceux qui l'entourent. Ainsi, il est des sujets qui, avant de tomber dans la démence, deviennent d'une grande susceptibilité, s'irritent pour la moindre chose ; ils sont très actifs, veulent tout entreprendre et tout faire. D'autres éprouvent des désirs vénériens qui étaient éteints depuis longtemps et qui les poussent à des démarches
et à des actions contraires à leurs habitudes de continence. Quelques autres, très sobres, ont un appétit désordonné pour les aliments épicés et de haut goût, pour le vin, pour les liqueurs. A cette surexcitation ne tarde point à succéder la démence. Ces symptômes d'excitation générale sont les premiers signes de la démence sénile. Ce passage de l'excitation à la démence est brusque, surtout lorsque les vieillards sont contrariés dans leurs désirs déraisonnables ou placés dans l'impossibilité de les satisfaire. On ne confondra pas cette excitatiop avec la manie qui éclate dans un âge très avancé chez les vieillards forts, robustes et bien conservés. »
La conception moderne des états démentiels initiaux interprète ces excitations prémonitoires à la lumière des notions aujourd'hui établies de l'évolution psychique individuelle.
Le cerveau se désagrège dans un sens inverse de celui suivant lequel il s'agrège. Les centres supérieurs modérateurs et de coordination, derniers venus et les plus complexes sont les premiers compromis dans la déchéance démentielle, aussi les appétits désordonnés se font- ils jour et sous cette apparence d'excitation générale y a-t-il avant tout et surtout suspension et destruction des centres modérateurs de la corticalité supérieure.
Après avoir exposé les signes de la démence en prenant pour type la démence qu'on pourrait appeler physiologique des vieillards, et les caractères qui doivent la faire distinguer des autres aliénations mentales, EsQUiROL indique rapidement les causes qui la précèdent, les maladies qui la compliquent, celles
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qui la terminent et les principales altérations que présente l'ouverture des cadavres des aliénés qui meurent dans la démence.
Nous donnons le résumé des 6 grands tableaux statistiques qui ont servi de base au commencement du siècle aux travaux d'EsQUiROL.