ia.i
On lui fait lire les chiffres :
Elle retient :
a856oi
PSTGHOPHTSIOLOGIE GÉ:«ÉRALE DES DÉMENTS l33
]^iie K***, 26 ans, casquettière, fut très intelligente. On dut rinterner en 1898 parce qu'elle devint mélancolique, confuse avec des périodes d'excitations accompagnées d'hallucinations. Depuis, elle est tombée dans un état d'indifférence pour ce qui se passe autour d'elle. Elle gâte et se tient toute la journée contre une barrière crachant sans cesse autour d'elle. Cette malade est très difficile à examiner car elle est fort réticente ou paraît faire volontairement des réponses absurdes.
6a39 3453 Aa55
64a5 aôgii
!•' examen : 8878 (ea a« — 3« —
.act)
335 (exact)
i4568 7a84 (exact)
Aux autres séances, elle a refusé d'effectuer ces multiplications :
i'"" examen : a* examen :
a43 (exact)
lai- I
(quotient exactN „ reste inexact ;
Le calcid est bon.
(exact)
lai — I
(exact)
iia6- 4
La malade effectue chacune de ces divisions en cinq ou six secondes environ et calcule mentalement n'écrivant que le quotient et le reste. Elle a absolument refusé de se prêter aux épreuves sur la mémoire immédiate,
M"* P***, a6 ans, modiste, fut très intelligente autre- D' Marie. 8
i34 LA démence;
fois, elle a même obtenu le brevet supérieur. On a dû rinterner en 1901 pour idées mélancoliques et de persécution avec tendances au suicide. Elle est devenue indifférente à ce qui se passe autour d'elle, parlant très peu et restant assise sur un banc toute la journée, un petit sourire énigma tique sur les lèvres. Elle gâte, crache autour d'elle et sur ses vêtements. Réflexes tendineux exagérés. Réflexe plantaire en flexion. Un certain degré de dermographisme cutané. Réflexes idio-musculaires. Examinée quatre fois.
766 (exact)
i356 (exact)
exact
4 (exact)
' examen :
i3i88 (exact)
examen :
i356 (exact) .
examen :
i356 (exact)
(exact)
On lui fait lire les chiffres :
EUe répète:
Le calcul est bon. La mémoire des chiffres est remarquable.'
PSYGHOPHISIOLOGIE GÉNÉRALE DES DÉMENTS l35
On lui fait lire les phrases suivantes : L*esprit est un merveilleux instrument s'il suit sa voie.
Un homme vulgaire fait passablement ce à quoi il est propre.
Elle répète :
— L*esprit est un merveilleux instrument s'il suit sa voie.
— Un homme vulgaire fait passablement ce à quoi il est propre.
L'épreuve du syllogisme a été négative.
On lui fait lire les tests déjà indiqués pour les malades précédentes. Elle répète après l'avoir lu trois fois :
— Les deux petites en sautant pour cueillir la causette. Et pour l'autre :
— Un homme dans un bois rencontra un loup qui voulut le dévorer.
On lui fait lire cette autre phrase : Le feu s'est déclaré aujourd'hui dans une usine ; les flammes montaient très haut.
Elle répète :
— Le feu était dans les flammes ; ça montait très haut. L'épreuve du syllogisme a été satisfaisante.
« Ces quelques observations, disent MM. Toulouse et Damaye, permettent de voir les lacunes profondes qui existent dans l'intelligence des paralytiques généraux même peu avancés. Ainsi qu'on pouvait le prévoir, les notions ayant trait à la profession du malade, à ce qu'il fait chaque jour, sont les moins altérées. L'âge indiqué n'est généralement plus exact dès le début de la maladie ; plus tard, il est toujours erroné. Les paralytiques se souviennent parfois de la rue où ils habitaient, mais le numéro en est rapidement oublié. Enfin, le calcul devient pénible, semé d'înexac-
l36 LA DÉMENCE
titudes et les opérations complexes, division et multiplication, sont bientôt impossibles.
« Nous n'avons relaté ici que des examens de paralytiques générales peu avancées. Plus tard, l'expérimentation, lorsque toutefois elle est encore possible, devient extrêmement malaisée et donne peu de résultats, qui montrent la déchéance intellectuelle, surtout au point de vue de la perte de souvenirs emmagasinés et de la faculté du calcul. »
Ce qui frappe dans les examens des démentes vésaniques, ce sont au contraire tout d'abord les bons résultats fournis par l'épreuve du calcul, chez des malades qui n'y sont plus adonnées depuis très longtemps. Masselon a obtenu des résultats analogues. Il constate également la lenteur avec laquelle les souvenirs disparaissent chez les déments précoces : « Ces « troubles du souvenir sont tardifs ; ils ne sont jamais « aussi profonds que ceux des paralytiques généraux « ou des déments séniles » . Les interrogations et plus encore peut-être les expériences sur la mémoire des chiffres et des phrases, rendent aussi bien évidente la persistance de la mémoire, troublée surtout par la confusion, par la diminution de l'attention. »
« Le nombre des démentes vésaniques qui se prêtent aux expériences, disent MM. Toulouse et Damate, est assez restreint, car il en faut éliminer ceux qui présentent encore un délire notable lequel donnerait lieu à de multiples erreurs.
« M"* D***, 62 ans, est internée depuis 1877. La démence serait survenue après un délire de persécution avec hallucinations de Touïe. Actuellement, il ne reste pas trace du délire, mais les idées sont confuses et dans
PSTCHOPHTSIOLOGIE GÉNÉRALE DES DÉMENTS iSy
le discours les propositions ne s'enchaînent pas d'une façon logique, ce qui rend la conversation très incohérente. Malgré cela cette malade, très docile, s'occupe aux soins du ménage dans son quartier. Elle ne présente aucun symptôme physique anormal.
!«' examen :
8878 (exact)
8878 (exact)
8878 (exact)
1*' examen :
I*' examen : i3i88 a* — i4i88 3« — i3a88 4« — i3a88
L'addition seule est menée à bien par cette malade. Pour la division, elle multiplie par deux les chiffres du dividende.
On lui fait lire les chiffres :
Elle répète
La mémoire du chiffre est donc bonne.
Elle répète de la façon suivante les phrases déjà connues:
— Le feu s'est déclaré aujourd'hui dans une usine : les flammes montaient très haut.
— Les deux petites, explorant avec attention les endroits ombragés, commencèrent leur cueillette.
L'épreuve du syllogisme a été négative étant donnée l'impossibilité de fixer l'attention de cette malade sur
l38 LA DÉMENCE
un sujet. On voit que chez elle, la mémoire est bonne mais masquée par une confusion intense.
Mme D***, 55 ans, couturière, sœur de la précédente, fut internée en 1886 pour idées de persécution avec hallucinations et affaiblissement intellectuel. Actuellement, toute trace de délire a disparu.
La confusion est assez prononcée. Les propositions sont correctes» sensées, mais leur ordre logique est souvent troublé, ce qui rend fréquemment la phrase incompréhensible. Aucun symptôme physique chez cette malade. Beaucoup moins docile que sa sœur, elle ne travaille pas dans le quartier où elle se trouve. Elle est très réticente et souveht excitée : elle est donc difficile à étudier.
On voit que cette malade calcule encore relativement bien.
!•' examen : 556
a« __ i356 (exact)
On lui fait lire : Elle répète :
609382 46 II y a trop de chiffres.
La mémoire immédiate des phrases est également bonne :
— Un homme dans un bois rencontre un loup qui voulut le dévorer, mais comme il prit une hache, il le tua.
La malade a bien conclu le syllogisme proposé.
Mme 3***^ 54aiis, couturière, a été atteinte, en juillet
PSYCHOPHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES DÉMENTS iSq
1900, de délire mélancolique avec idées de culpabilité. On a dû Tinterner parce qu'elle voulait se jeter à l'eau et mettre le feu. Actuellement, persistance de l'état mélancolique avec quelques idées de négation, mais de plus, état démentiel : elle se tient accroupie ou près des portes cherchant constamment à les ouvrir et répétant toujours sur le même ton : a Je veux m'en aller » ou bien « Brûlez-moi, essayez de me brûler ». Automatisme, répétition constante et mécanique des mêmes phrases, incohérence, indifférence et gâtisme, albuminurie (o,5o centigrammes environ par jour) depuis son entrée. Cette personne était instruite et d'intelligence normale avant son délire.
i*'' examen : a433 la 10 17 88
a" — 8878 > ^ . V 12 10 10 3i 3« -^ 8878 S ^^^^ ^ la 10 8 71
On arrive à faire effectuer à cette malade des multiplications et des divisions faciles, mais en l'aidant beaucoup et en lui indiquant constamment la marche à suivre.
Nous lui faisons lire les chiffres : Elle répète : i397a i97a9
Il a été impossible de faire l'épreuve de la mémoire immédiate des phrases et celle du syllogisme, car la malade a refusé de s'y prêter. Il faut mille artifices pour obtenir d'elle un peu d'attention, occupée qu'elle est à ébranler les portes en répétant constamnient la même phrase et indifférente à ce qu'on lui dit.
« Ces trois dernières observations contrastent assez nettement avec celles des démentes paralytiques. Ce
ne sont plus les hésitations des paralytiques générales ni leurs efforts pénibles pour trouver une réponse le plus souvent inexacte : les démentes vésaniques sont plus loquaces et plus incohérentes et, malgré cela, leurs réponses plus fréquemment exactes. Au pointde vue du calcul et de la mémoire immédiate, la diflërence est assez notable entre les deux catégories de démentes. » Pour lutter contre l'inattention de ces malades, MM. Toulouse et Damaye ont eu recours à la conversation écrite qui fixe davantage et pour un temps plus long l'attention fugace de ces malades.
M"e D***, 36 ans, télégraphiste, a été normale jusqu'à l'âge de dix-huit ans. A ce moment apparurent des idées vagues de grandeur et de persécution jointes à un état de mélancolie dépressive ; en même temps, Fintelligence semblait s'obscurcir. La malade fut internée en 1888: depuis, les idées délirantes ont disparu, mais la dépression persiste.
Examinée trois fois.
i"' cxam. : 8878 (exact) i*"" ex
""^ examen :
2* examen :
i"*^ exam.
85ia8
examen :
(exact).
2" examen :
(exact).
PSTCHOPHTSIOLOGIE GÉNÉRALE DES DEMENTS I^I
Il est intéressant de noter que le calcul donne encore d'aussi bons résultats chez une malade internée depuis si longtemps.
On lui fait lire les chiffres :
Elle répète :
/ia958o
49580 (un chiffre oublié).
La mémoire des chiffres est remarquable. Après lui avoir fait lire la phrase que nous connaissons, elle répète :
— Le feu s'est déclaré aujourd'hui dans une usine ; les flammes montaient très haut.
Nous lui faisons lire cette autre : Les pompiers ont eu beaucoup de mal à l'éteindre et longtemps après il y avait encore de la fumée.
Elle répète ainsi :
— Les pompiers ont eu du mal à l'éteindre et longtemps après il y avait de la fumée.
L^épreuve du syllogisme a été négative.
Il est d'autres démentes, déjà âgées pour la plupart, ayant l'aspect des vésaniques, mais chez lesquelles certains symptômes physiques trahissent vraisemblablement des lésions des centres cérébraux. Ces malades forment, par leur état physique et mental, une véritable transition entre les cas où la confusion des idées .semble prédominer et la démence pure : les observations de MM. Toulouse et Damaye qui suivent vont en témoigner.
M"* D***, 61 ans» est internée depuis 1896. Elle a fait des excès alcooliques. La démence se serait installée chez
l42 LA MmEINCE
elle très rapidement après quelques idées de persécution avec hallucinations dont il ne reste plus trace aujourd'hui. Cette malade est extrêmement confuse : beaucoup de propositions dans son discours sont dénuées de sens et n'expriment aucun jugement. De plus, il y a chez elle quelques signes physiques : Réflexe lumineux lent, réflexes tendineux exagérés, langue et doigts un peu trémulants. Il eût été intéressant de rapporter ici tout au long Tobservation clinique de cette malade et des autres; malheureusement, le manque de place nous réduit à ces brèves indications.
La malade a été interrogée quatre fois.
Age? — J*ai passé 60 ans ; je vais sur les 80 ans.
— Je suis âgée; j*ai passé 60 ans.
— Je me suis mariée à 33 ans ; j'ai passé dans
les 60 ans.
— J*ai passé 60 ans ; j*ai 80 ans. Je me suis
mariée à 33 ans.
Profession? — J'allais faire des ménages, étant à Paris.
— Je faisais des ménages. f Cex.aiCÙ
— Des ménages. (
— Je cousais dans ile Faubourg
Saint-Martin.
Salaire ? — 35 sous par jour, 30 sous dans d'autres maisons (exact).
— 3o sous à faire des ménages ; à coudre, je ne gagnais pas 3o sous.
Etes-vous mariée ? — Je l'ai été.
— Oui.
— Oui.
— Oui.
PSYCHOPHYSIOLOaiE GÉNÉRALE DES DÉMENTS 1^3
Pays natal? — Montdidier. j
— Montdidier. ( , .>.
Je suis de RoUot.
Adresse ? — A Pantin, rue Charles-Nodier.
— Je ne sais pas.
— Rue Charles-Nodier, i5 ou i6, ou 17 si
vous voulez.
— Rue Charles-Nodier.
Combien d'années aveznvous habité Pantin ? — Trois ou
quatre ans.
— Six ans.
— Trois ou quatre ans.
— Plus de quatre ans.
Sommes-nous en France ? etc.,. — En France.
— En France.
— En France ou en
Allemagne.
— En Allemagne, en
France.
Capitale de la France? — Paris.
— Paris.
— C'est Paris.
— Ça doit être Paris.
Chef'Uea du. département de la Seine? — Paris.
— Paris.
— Paris, Seine.
— Paris.
UneîU?--
— C'est un système exilé.
La France est-elle une île? — Oui.
— Je veux bien que ce soit
une île. .
— Oui.
Et V Angleterre? —
— Oui, aussi.
— Oui, oui.
— Oui, aussi.
Les 5 parties da monde ? — (Aucune réponse.) hapoUon /«' ? — L'empereur. . . Il a fait des guerres.
Louis-Philippe ? — C'était un travailleur.
— Mettez qu'il était le royaliste,
puisque vous aimez ces chose»-là.
— Un français, un homme illustre,
un royaliste.
— Un homme de grande fortune. 11
était royaliste.
Guerre de iSTO? — J'ai vu les Allemands arriver à Montdidier; ce n'était pas pour les Français qu'ils ont fait cela.
— Mettez les Allemands si vous vou-
lez ; ils ne se sont jamais battus contre les Français.
— On a eu l'air de dire que c'étaient
les Allemands. Mettons qu'ils se soient battus contre les Français.
PSYCHOPttYSIOLOGIE GénÉflALE DKS DEMENTS 1^5
Assassin d'Henri IV ? —
— Je ne sais pas ; je n*ai jamais appris cela.
Les calculs ont été tous inexacts. La malade ne cesse de parler seule pendant qu'elle les effectue et n'y apporte par conséquent que peu d'attention.
2/^53 Pour les autres opérations, elle n'a écrit
6435 aucun résultat.
i" examen : 1178
On lui fait lire les chiffres : Elle répète :
43i5 iai5
Nous lui présentons ensuite les figures suivantes en la priant de les citer de mémoire :
Un marteau, un oiseau, un berceau d'enfant, un poisson, un sabre, un couteau.
Elle nous répète ; « Un marteau, un berceau, un couteau, une petite vierge, un oiseau, un petit sabre. »
Nous lui présentons encore d'autres images :
Un tambour, un bougeoir, un râteau, un balai, une toupie, un fauteuil.
Elle retient :
« Une bougie, un râteau, un bougeoir, un jardin, une toupie, un oiseau. »
La confusion intense de cette malade la porte ainsi à mêler les objets de la première série avec ceux de la seconde.
Nous lui lisons les phrases déjà énoncées et elle nous rédète :
D' Makib. ^ y
l46 LA. DÉMENCE
<c Le feu s'est déclaré dans une usine, et puis le feu montait très haut. »
« C'est un homme qui a trouvé un loup dans un bois, puis il le tua, puis il a eu beaucoup de mal à le tuer, la bête redoutable. »
En lui expliquant le syllogisme : Un métal est dur, or le fer est un métal, donc le fer doit être... ? La malade répond : « Doit être dur. »
Mme B***, 60 ans. ménagère, a été internée en mai igoS. Elle n*a jamais présenté de délire bien net. Les certificats ne mentionnaient que des hallucinations, de Taffaiblissement intellectuel et de la turbulence par suite d'excès alcooliques anciens. Sa conversation spontanée est assez restreinte en fait d'idées : elle est confuse, contradictoire, tnais les propositions et les phrases y sont sensées et s'enchaînent assez logiquement. La mémoire des faits récents est excessivement diminuée, mais celle des faits anciens est bien moins altérée. Un peu de tremblement de la langue et des mains. Réflexes tendineux exagérés. Réflexe plantaire en extension légère. Réflexe lumineux normal. — N'a jamais été à Técole.
Examinée trois fois.
Age? — 36 ans, 29 ou 3o ans.
— Une trentaine d'années, 27 à 28 ans.
— Dans les 35 ans.
Profession ? — Domestique. )
— Je faisais des ménages. > (exact).
— Je faisais des ménages, j
Date de naissance ? —
— Le 20 mars (exact).
— 20 mars...
PSYGHOPHTSIOLOGIE GÉTtÉRALE DES DÉMENTS 14?
Nombre d* enfants ? — Trois (En réalité deux vivants et deux morts).
— Quatre : Eugène, Pauline, Ju-
liette, Emile ; tous vivants.
— Quatre.
Adresse ? — A Paris, rue du Fer à Moulins à Ivry...
— A Bourges, rue Mirbeau et place Sérau-
cour, à Ivry...
— A Bourges, rue Mirbeau et place des Ma-
ronniers. Rue du fer à Moulins, je crois 80 à Paris, rue du Théâtre, 80.
A Ivry, rue Nationale, 80.
Sommes-noas en France?... — En France.
— En France.
— En France.
Capitale de la France ? — Paris.
— Paris.
— Paris.
Le Fleuve qui arrose Paris ? — La Seine.
— La Seine.
— La Seine.
Chef'liea du département de la Seine ? — (Aucune réponse.)
Une île? — Je ne sais plus.
— Une prairie où il y a de Teau .
■ — Une prairie où il y a de Teau.
La France est-^lle une île ? — Je n ai jamais appris
cela.
Et F Angleterre ? — (Aucune réponse.)
l48 LA DÉMENCE
Napoléon /«'' ? — Un homme.
— Je ne sais pas.
— Je ne connais pas.
Louis-Philippe ? — Je ne connais pas.
Guerre de 1870 ? — Les Prussiens contre les Français.
— Les Français et les Prussiens.
— Les Prussiens contre les Fran-
çais.
Cette malade ne peut effectuer aucune opération d'arithmétique car on ne lui a jamais appris. Elle sait compter mentalement et s'est apprise, dit-elle, « dans les champs, avec de petits cailloux ».
M'°^ B... ne connaît ni les lettres ni les chiffres. Nous lui nommons plusieurs chiffres en la priant de les répéter aussitôt, mais elle se met alors à les additionner entre eux ou avec un autre chiffre. Nous essayons vainement de faire cesser cet automatisme et de lui faire répéter successivement les chiffres proposés sans les additionner.
On lui présente ensuite les images déjà indiquées pour la malade précédente. Elle répète, à la première série :
«c Un rasoir, un couteau, un marteau, une enclume, un oiseau. »
Et à la seconde série :
(( Un fauteuil, une chaise, un couteau, un plumeau, des ciseaux, un rasoir. »
La confusion mentale est encore ici très manifeste et déprécie beaucoup la mémoire.
Voici ce qu'elle retient des phrases déjà citées que nous lui avons lues :
« Les deux petites, en sautant dans le fossé, ont tombé. »
« Le feu s'est déclaré aujourd'hui dans une usine; les flammes montaient très haut. » (Bien.)
« Un homme rencontra un loup dans un bois qui voulut le dévorer ; avec un bois il s'en sépara et le rapporta h son village. »
Nous la prions de répéter. encore cette autre phrase : Les pompiers ont eu beaucoup de mal à éteindre le feu et longtemps après il y avait encore de la fumée.
Elle la répète presque correctement :
« Les pompiers ont eu beaucoup de mal à éteindre le feu et peu de temps après il y avait encore de la fumée. »
L'épreuve du syllogisme a été négative ; impossible de fixer suffisamment son attention.
J'ajouterai à ces faits un cas personnel de démence tardive, par obsession chronique chez une dégénérée.
Gpd..., malade entrée dans les Asiles le 2 octobre 1889. Placement d'office. Déjà placée une i*"® fois 6 mois auparavant. Agée de 72 ans lors de l'entrée (née le i5 février 1820 à Pincy) (Aube).
Catholique, mais peu religieuse en fait et n'allant jamais à l'église. •
La nialade habitait Paris depuis 24 ans.
Instruction élémentaire moyenne. — Sachant lire, écrire et compter.
Après la mort de son mari, elle fut d'abord malade elle-même à la suite des fatigues et émotions liées à la perte de son mari. Les ressources s'épuisèrent peu à peu et lorsqu'elle se trouva remise, elle était dans la misère et sans ressources. Elle en fut très affectée et au lieu de réagir elle tomba dans une inertie avec « rumination mentale », si l'on peut ainsi dire, récapitulant les faits antérieurs récents ou anciens et cherchant à se figurer la tournure autre des événements dans le cas ou tel fait se fût passé d'une façon différente.
Elle cherchait Je pourquoi des faits"passés, se deman-
l5o LA DÉMENCE
dant pour quel motif ils s'étaient passés ainsi (maladie du doute en quelque sorte rétrospectif).
Les objets les plus familiers lui paraissaient nouveaux, la valeur du temps lui semblait changée, des faits récents lui paraissaient perdus dans le passé, et des faits anciens lui revenaient à l'esprit avec toute la netteté des faits récents.
Ses enfants malgré leurs remontrances ne pouvaient la détourner de ces questions et de ces réflexions sans issue.
Elle paraît avoir eu à cette époque et antérieurement des symptômes de neurasthénie, tels que céphalées en casque, craquements douloureux à la nuque, hyperesthésie émotionnelle, etc. Actuellement rien qui puisse faire penser à l'hystérie.
Elle en arriva progressivement à un état complet d'aboulie traversé par des états angoissants provoqués par les causes les plus futile<t.
Incapable aussi de se diriger et de subvenir à ses besoins ; elle dut être internée une i" fois en juin 1889, puis définitivement une 2*^ en octobre"; après un essai de sortie sans succès. Dans son état panaphobique certaines causes cependant intervenaient plus manifestement comme provoquant des angoisses.
Ces causes sont restées les mêmes et aujourd'hui encore elles les augmentent.
C'est ainsi que la vue des animaux quels qu'ils soient, leur approche et leur contact la mettent dans un état émotionel avec troubles vaso-moteurs, tremblements et angoisse (zoophobie).
Exemple : Depuis qu'elle est placée à Dun chez une nourricière, un oiseau en cage et un chat ont dû être donnés, et comme le chat revenait on a dû maintenir la porte constamment fermée, c'est là l'origine de fréquentes alertes pour la malade chaque fois qu'une personne
PSTCHOPHYSIOLOGIE GÉI^ERALE DES DÉMENTS l5l
non avertie entre en omelttant de refermer soigneusement la porte. Gela lui est d'autant plus pénible qu'elle ne saurait fermer la porte elle-même sans angoisse, car elle a une répugnance caractéristique pour le contact des loquets de porte métalliques ainsi que pour les couverts de fer'et les couteaux, ce qui n*est pas sans inconvénients pour son alimentation (délire du toucher). Ce n*est pas sans difficultés qu'elle donnait la main, à certaines personnes surtout ; et elle ne le faisait qu'à son corps défendant surtout à certains jours, ou, si on lui prenait la main de force ou qu'on la touchât à l'épaule, elle s'essuyait et se frottait en faisant certains mouvements comme pour conjurer une influence mauvaise. Aucune idée délirante toutefois ne semblait grefifée sur ces pratiques conjuratrices, à la différence de certaines malades qui associent à leurs syndromes des conceptions délirantes. Enfin, la malade offrit à titre permanent et à un degré particulièrement marqué le syndrome arithmonanié, ce parut même être là, la cause d'une sorte d'obnubilation qui la rendait étrangère à ce qui se passait autour d'elle et à ceux qui l'approchaient, elle restait absorbée par ses opérations arithmétiques, sortes de progressions qu'elle obtenait en doublant à l'infini une série de nombres; ce qui l'amenait à des opérations arithmétiques de plus en plus complexes et difficiles. Elle arrivait d'ailleurs par l'habitude à des opérations de tête sur le nombre de sept et huit chiffres.
Le premier objet venu servait de point de départ à ces opérations qui se déclanchaient en quelque sorte à tout propos, entraînant une angoisse évidente si la malade venait à en perdre le fil pour une raison ou pour une autre. Exemple : Nous entrons et lui tendons la main, elle murmure aussitôt : une main et une main font 2, 2 et 2 font 4 ; 4 et 4 = 8 (etc.). Si on cherchait à poser à la malade quelques questions, elle se débattait
l52 LA DÉMENCE
et s'obstinait a continuer ses calculs, à moins qu'on n'insistât énergiquement, elle s'interrompait alors, mais non sans un malaise visible, une certaine pâleur avec palpitations douloureuses et angoisse précordiale. Cette impression pénible, elle l'éprouvait d'ailleurs à certains contacts, en face de personnes étrangères, d'animaux, etc., et aussi en présence de l'espace au dehors (agoraphobie) au point que pendant plus de 3 ans on dut renoncer à lui faire franchir le pas de la porte même en l'accompagnant sous le bras, bien qu'elle fût valide et bien capable de marcher.
Quant au mécanisme de ses opérations arithmétiques, c'était, semble-t-il, un automatisme moteur, une habitude des centres et des sens musculaires. Le phénomène se prolongeait jusqu'aux heures de la. nuit où elle continuait souvent à compter au lieu de dormir dans son lit.
On devait la coucher à part, une démente voisine se plaignait continuellement à ce sujet. Les certilicats d'asile portent (turbulence nocturne) ce qui, d'après notre observation, devait se rapporter à ces mêmes phénomènes, déjà anciens ; car elle n'a jamais présenté sous nos yeux de turbulence réelle. — La malade était sourde sans que l'examen objectif ait rien décelé dans les organes périphériques de l'audition : Peut-être était-ce une sorte d'obnubilation corticale qui la rendait étrangère aux impressions acoustiques, lesquelles ne parvenaient que difficilement à la distraire de ses préoccupations maladives. En fait, il y avait démence apparente initiale et démence secondaire réelle, bien que la malade fût moins affaiblie intellectuellement qu'elle ne paraissait.
L'affaiblissement intellectuel apparent et réel étaient surtout le corollaire du syndrome dégénératif principal qui, loin d'être .épisodique, fut permanent etchroniquement progressif
PSTGHOPHTSIOLOGIE GÉNÉRALE DES DÉMENTS l53
Quant aux antécédents personnels et héréditaires nous n'avons pu les relever étant donné l'état mental de la malade et Téloignement de la famille.
Physiquement aucun stigmate physique, pas d'asymétrie, mais cicatrice de la face consécutive à une brûlure et entraînant rétraction des paupières de l'œil droit (crâne petit régulier) * .
Ici la démence particulière au lieu d'aboutir à l'abolition des facultés mathématiques les a en quelque sorte hypertrophiées à certains points de vue.
I. Autopsie. — Cœur. — Entouré presque complètement d'une couche de près d'un centimètre de tissu adipeux. Les valvules, les orifices, les parois musculaires, sont normaux. — Contient des caillots noirâtres.
Encéphale. — Calotte crânienne très épaisse. — Les vaisseaux sont congestionnés. — Le cerveau ne présente rien d'anormal à Taspect extérieur; la pie -mère se détache facilement, pas de race d'hémorragie.
A la coupe, au niveau du noyau lenticulaire, il existe un fojer ancien d'hémorragie, de la forme et de la dimension d'une olive, d'aspect brun jaunâtre. — Les deux hémisphères renferment ce foyer, placé symétriquement.