PARIS OCTAVE DOIN, ÉDITEUR
8, PLACE DE l'oDÉON, 8
Mal
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AVANT-PROPOS
Historiquement la démence comme la folie a été longtemps placée hors des cadres de la médecine proprement dite ; elle fait partie du dernier chapitre de la pathologie conquise par la médecine sur la métaphysique.
Tant que le mécanisme cérébral restait mystérieux, rhypothèse spiritualiste des maladies mentales et de leurs déchéances terminales régnait opposée aux maladies du corps.
L'hypothèse d'une essence spirituelle pure, aux prises avec un état démentiel non organique, eût dû cependant paraître absolument inconciliable ; on tournait la difficulté en supposant un désordre spirituel non moins mystérieux, action diabolique ou analogue.
Plus tard, on admit les deux éléments: force et matière, seuls en combinaison, l'un agissant sur l'au-
AVANT-PROPOS
Ire (action morale sur le physique, et vice versa); ainsi la démence devint un état d'aberration mentale par contre-coup d'une désorganisation physique.
C'est encore là un dualisme métaphysique dont la pathologie mentale positive ne saurait se contenter ; cl bien que toutes les maladies mentales n'aient point encore une anatomie pathologique établie, on peut, dès à présent, poser en principe qu'il n'y a pas de démence, pas plus que de troubles mentaux, petits ou grands, sans quelque modification somatique correspondante.
La science démontre d'une façon absolument cert^^ine le fait de la simultanéité et de la corrélativité constantes et nécessaires de l'activité nerveuse et de l'activité mentale ; elle en fait ainsi deux phénomènes inséparables, devant toujours se manifester ensemble, et ne pouvant avoir lieu l'un sans l'autre. A une activité mentale définitivement suspendue ou perturbée correspond nécessairement un état d'altération des centres nerveux non moins décisif.
« La vie psychique de l'homme et des animaux, dit Griesinger, commence dans les organes des sens impressionnés par les excitations des milieux envi ronnants, et son courant perpétuel rejaillit au dehors par l'intermédiaire des organes du mouvement.
« Le type de la métamorphose de l'irritation sensitive en impulsion motrice est l'action réflexe avec ou sans perception sensitive. »
La vie mentale peut ainsi être ramenée à un réflexe complexe, sans que la solution du problème du dualisme ou monisme des manifestations physiques et psychiques soit en rien préjugée.
AVANT- PROPOS 6
L'activité psychique étant ainsi fonction de l'organisme cérébral, l'aberralion psychique se trouve déterminée. Elle est le résultat d'une altération organique ou fonctionnelle des organes cérébraux. Les psychoses rentrent, dès lors, dans le cadre des maladies somatiques, au même titre que toutes les autres maladies.
Plus et mieux encore que les psychoses transitoires ou partielles, les démences qui sont par définition, comme nous Talions voir, la désagrégation définitive et irrémédiable de la mentalité doivent, à fortiori, rentrer dans cette règle du substratum organique inéluctable dont elles ne sont que l'expression psychologique. C'est à cette démonstration que nous nous attacherons dans le présent essai.
D' A. Marie.
Villejuif, 12 octobre igoS.