Études sur la vie humaine, p
D' Makie. a3
lier dans son intégrité, mais, pour ainsi dire, le sucent, à la façon des aciténiens en train d'ingérer le contenu de leur proie.
Dans la vieillesse, dit Metchnikoff, il se produit une lutte entre les éléments nobles et les phagocytes, les premiers sont le plus souvent affaiblis dans leur vitalité, tandis que les seconds manifestent au contraire une activité plus grande. Il 3emble donc qu'un
Wl
FiG. 4o. — Gytophagie rénale
chez un vieillard de 90 ans
(D' Weimberg).
F16. di. — Neuronophagie dans
le cerveau d'une centenaire
(D' Philippe).
moyen de combattre la vieillesse pathologique serait, d'un côté, de renforcer les éléments les plus précieux de l'organisme, et, de l'autre, d'affaiblir la tendance des phagocytes... Il n'y a donc rien d'irrationnel à chercher les moyens capables de renforcer les globules sanguins, les cellules nerveuses, hépatiques, rénales, les fibres musculaires du cœur et autres. Cette tâche est facilitée par la découverte des sérums qui agissent sur les éléments divers.
... L'étude scientifique de la vieillesse et des moyens de modifier son caractère pathologique con-
GO?(CLUSiaTVS GÉISÉRALES Sg^
tribuera sans doute à rendre la vie la plus longue et plus heureuse. Malgré l'état de la science moderne, il n'y a donc aucune raison pour maintenir à ce sujet les idées pessimistes (Metchnikoff).
Problèmes sociaux. — Les problèmes sociaux qui se posent à propos de la démence sont multiples.
Les déments peuvent en e£fet être envisagés dans la famille, au point de vue de leurs capacités civiles diverses et dans la société slux points de vue généraux.
Dans un certain nombre de cas il est difficile de dissocier les deux poiûts de vues : social et familial ; par exemple pour les engagements et contrats ordinaires, achats, ventes, gestions de fortune et responsabilités générales des entreprises ; là en effet les intérêts familiaux et sociaux se trouvent intimement liés. De nombreux déments au début de leur affaiblissement intellectuel se mettent à faire des achats inconsidérés, c'est le cas des déments paralytiques qui dans l'exubérance de leur mégalomanie démentielle font des commandes insolites par leur énormité : se croyant milliardaires, rien ne les arrête, et ils entreprennent les constructions les plus inattendues. Ils consomment leur fortune et celle des autres à préparer des inventions absurdes, ballons en pierre de taille ou navires en plomb, ou entreprennent le trust des orgues de barbarie dont ils commandent des quantités à tous les fabricants. L'énormité même de ces entreprises les rend souvent inacceptables et partant inoffensives, mais quand les commandes sont vraisemblables et les entreprises encore empreintes de quelque logique il arrive que les fournitures sont faites et que de grosses échéances arrivent à terme
4oO LA DEMENCE
entraînant la déconfiture du dément et même de ses fournisseurs imprudents.
La vraisemblance de certaines entreprises peut être complète et la démence ne se déceler encore aux yeux de personne. On a même décrit une période prédémentielle dite de dynamie fonctionnelle dans la phase prémonitoire de la démence paralytique.
A cette phase le cerveau galvanisé en quelque sorte par le processus destructif imminent donnerait la mesure maxima de ses capacités et on pourrait ^oir le futur paralytique tenter des coups d'audace géniaux et des entreprises hasardeuses mais réellement possibles et fructueuses. J'ai observé un paralytique devenu millionnaire en même temps que dément, consécutivement à des spéculations folles tentées en Amérique du Sud. La famille attribuait aux émotions des jeux de bourse ce que certains aliénistes attribuent à une dynamie fonctionnelle déjà maladive.
Quoiqu'il en soit, cette hyperdynamie montre cornbien peut être parfois délicat le départ exact à faire entre la cause et les effets de la démence au début en ce qui touche les conditions sociales du malade.
En face des oniomanies démentielles il y a les cas de doromanie comme on les a appelés (de ^îùpov présent) où le dément par suite d'une libéralité inconsciente se dépouille de tout ce qu'on lui demande et fait cadeau de tout ce qu'il possède.
Ces libéralités se retrouvent d'ailleurs sous une autre forme que nous signalerons à propos des testaments.
Mais elles peuvent se déguiser encore sous l'apparence de ventes consenties en échange de valeurs
CONCLIJSIOINS GÉNÉRALES ^OI
nulles ou très inférieures à l'imporlance des objets cédés par le dément.
La législation cherche à obvier à ces commandes, achats, ventes, dons et autres imprudences poussant les déments à se dépouiller ou dépouiller les leurs grâce à la crédulité et à la suggestibilité de ces affaiblis mentaux : dépourvus de moyens de contrôle de critique et de résistance ils cèdent aux pressions fondées sur Tappât d'un intérêt illusoire, la croyance à des ressources inépuisables, à une affection et une reconnaissance réelles des bénéficiaires ou parfois même à des menaces puériles. C'est pour couper court à de telles manœuvres et aux défaillances consécutives des déments que la loi a créé les procédures d'interdictions et de conseil judiciaire ; qu'il nous suffise de rappeler les textes qui les dictent sans autres commentaires.
Code civil. — n Art, 901. — Pour faire une donation entre vifs ou un testatement il faut être sain d'esprit.
« Art, 489. — Le majeur qui est dans un état habituel d'imbécîlité, de démence ou de fureur doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides.
« Art, 491. — Dans le cas de fureur, si l'interdiction n'est provoquée ni par l'époux, ni par les parents, elle doit l'être par le procureur du Roi, qui, dans les cas d'imbécillité ou de démence peut aussi la provoquer contre un individu qui n'a ni époux, ni épouse, ni parents connus.
« Art, 493. — Les faits d'imbécillité, de démence ou de fureur seront articulés par écrit. Ceux qui
402 LA DÉMETÏGE
poursuivront Finterdiction présenteront les témoins et les pièces.
« Art. 499. — En rejetant la demande en interdiction, le tribunal pourra néanmoins, si les circonstances l'exigent, ordonner que le défendeur ne pourra désormais plaider, transiger, emprunter, recevoir un capital mobilier,- n'en donner décharge, aliéner ni grever ses biens d'hypothèques, sans l'assistance cTu/i conseil qui lui sera nommé par le même jugement.
a Art. bol\. — Après la mort d'un individu, les actes par lui faits ne pourront être attaqués pour cause de démence, qu'autant que son interdiction aurait été prononcée ou provoquée avant son décès ; à moins que la preuve de la démence ne résulte de l'acte même qui est attaqué.
C. DE Procédure. — « Art. 890. — De l'interdiction. — Dans toute poursuite d'interdiction, les faits d'imbécillité, de démence ou de fureur, seront énoncés en la requête présentée au Président du Tribunal ; on y joindra les pièces justificatives et l'on indiquera les témoins. »
La vieillesse n'est pas une cause d'interdiction, dit Legrand du Saulle *, mais la folie sénile peut la nécessiter. Toutefois il arrive souvent que les héritiers éventuels du vieillard, même aliéné, reculent devant les nombreuses formalités d'une procédure compliquée ; il y a des jurisconsultes, Demolombe entre autres, qui conseillent aux parents de l'incapable de s'entendre entre eux et d'administrer sa fortune à
I. L. DU Saulle, Etudes médico-légales sur V interdiction et le conseil judiciaire f p. ao. Paris, 1881.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES 4o3
titre de gérants d Waites ; mais il avoue lui-même que la doctrine qu'il propose présente d'inévitables dangers dans le cas où l'administration des biens devra être confiée à des collatéraux.
Si le médecin est consulté sur la nécessité d'interdire un vieillard aliéné, il devra envisager si le malade est curable ou incurable, enfin si son affection est mortelle. Ses conseils différeront suivant que sa conviction sera faite sur l'une ou l'autre de ces trois éventualités.
Nous avons eu occasion d'observer deux déments paralytiques qui furent victimes de l'escroquerie au trésor, l'un d'eux avant son internement y perdit une dizaine de mille francs, sa famille attribuait la démence à la secousse morale due à la perte, il est plus probable que grâce à son affaiblissement démentiel il se prêta à une escroquerie facile à éventer. D'autres déments ont reçu à l'asile des lettres d'Espagne offrant le gain fictif qui sert d'appât ; les affaiblis mentaux semblent particulièrement recherchés par les escrocs qui semblent en faire le diagnostic très net ainsi que le montrent ces cas.
On sait en quoi consiste Tescroquerie au trésor qui n'est qu'une amplification du vol à l'américaine où la victime croit recevoir une garantie de ses avances (sacoche ou valise remplie de vieux parchemins ou journaux au lieu de billets de banque ou de bijoux)*.
I . Nous citerons la lettre par laquelle notre dément fut engagé dans la paie des avances d'argent qui le ruinèrent.
C< MONSIEUB,
« Prisonnier dans cette ville pour faillite, je viens vous deman-
4o4 LA DÉMENCE
Au point de vue purement familial on peut envisager la puissance paternelle, l'aptitude au mariage, au divorce et au testament.
Nous citerons ici encore les textes du Code civil relatifs à ces points.
« Art, i46. — Il n'y a pas de mariage lorsqu'il n'y a pas de consentement. Le mariage contracté par le dément n'est pas inexistant, il est seulement annulable et les collatéraux n'ont pas le droit d'en provoquer la nullité.
« Art, i5o. — Si le père et la mère sont morts ou s'ils sont dans l'impossibilité de manifester leur volonté les aïeuls et les aïeules les remplacent. Un certificat médical doit attester l'impossibilité par aliénation mentale.
der si vous voulez m'aider à retirer une somme de 800 000 francs en billets de banque que je possède dans une malle qui se trouve en dépôt dans une gare en France, et pour cela venir ici lever la saisie de mes bagages en payant au greffe du tribunal les frais nécessaires pour vous emparer d'une valise contenant un secret dans lequel j'ai caché un chèque de 3oooo francs payable au porteur et le bulletin nécessaire pour retirer la malle de la gare.
(( En récompense je vous céderai le tiers de la somme.
« Ne sachant pas si vous êtes à la même adresse et dans la crainte que cette lettre ne vous arrive pas, j'attendrai votre réponse pour signer mon nom et vous confier mon secret.
« Je ne puis recevoir votre lettre en prison, mais vous enverrez une dépêche à cette adresse à mon ancien serviteur qui me la remettra en toute sécurité.
« Santos-Madera 67. Madrid.
(c Dans l'impatience de votre réponse je ne signe que
« P.-S. — Surtout répondez bien par dépêche et non par lettre et par précaution au lieu de votre nom, signez : BUs. »
CONCLUSIONS GÉNÉR/kLES 4o5
Ce certificat est fréquemment établi par le médecin d'asile pour les déments dont le consentement est alors remplacé par ledit certificat ; il est plus rare de le voir établir par un dément non interné.
« Art. 174. 3°. — L'opposition peut être fondée sur l'état de démence du futur époux : « à charge pour « l'opposant qualifié, de provoquer l'interdiction et « d'y faire statuer dans le délai fixé par le juge- « ment. »
L'objection préalable de démence d'un des conjoints en cas de mariage n'empêche cependant pas les mariages dans l'asile d'aliénés et le cas s'est posé il y a quelques années d'un malade aliéné réclamant en état de lucidité in extremis le mariage afin de légitimer les enfants nés d'une union irrégulière.
On sait combien sont fréquentes les tendances erotiques chez le vieillard, et ce qu'on a appelé la gaménomanie n'est pas rare chez lui. Cette sorte de monomanie du mariage peut être aisément exploitée chez un individu à volonté affaiblie ; l'opposition à l'accomplissement de ses désirs s'impose alors, surtout s'il est possible de démontrer que le futur conjoint est en démence, selon l'expression du Code.
Nous avons cité ailleurs un dément interné dont la sortie fut demandée à fin de mariage par une jeune fille convaincue de la réalité de ses afiîrmations de richesses et alléchée par l'appât de ses biens à venir ; dans d'autres cas c'est afin de régulariser une situation difficile, obvier aux inconvénients d'une grossesse dont le dément endosse la paternité ; ses ayants droit sont alors supplantés par les enfants étrangers.
Des législateurs et des sociologues éclairés ont
^o6 LA DÉMENCE
réclamé l'institution de certificats médicaux préalables à la célébration du mariage, la démence pourrait rentrer parmi les affections d'un diagnostic et pronostic possibles pour le médecin chargé d'attester l'aptitude matrimoniale. ,
A la rentrée des Cours et Tribunaux de Madrid, le ministre de la Justice, parlant, dans son discours, de la nécessité de certaines réformes judiciaires a mentionné l'intervention obligatoire du médecin dans toute demande d'inscription pour le mariage et la délivrance d'un certificat relatif à la santé et aux conditions physiologiques des postulants. Il importe, a-t-il dit, de ne pas contribuer à peupler les hôpitaux les asiles d'aliénés et les bagnes par des unions conclues sans aucune prudence et il est nécessaire que le juge municipal refuse de procéder à des mariages que la science estime devoir être funestes, car tout est préférable à de telles unions, plus regrettables que le suicide même.
Si les démences sont des contre-indications au mariage la démence prouvée comme antérieure au mariage peut être cause d'annulation du mariage ou de divorce. La question s'est posée pour le divorce d'une façon plus générale encore, et on s'est demandé si la démence survenant chez l'un des conjoints, à un moment quelconque de la vie matrimoniale, ne pouvait être un motif à sa rupture et à la dissolution de l'union, comme la mort civile ou la mort véritable.
M. Jagobt a présenté un rapport à la Société de médecine légale aux termes duquel serait soumis aux reviseurs du Code civil un projet d'article autorisant les tribunaux à prononcer le divorce au cas de folie de l'un des époux.
CONCLUSIONS GÉ5ÉR/kLES ^Oy
Il faudrait, naturellement, que cette folie fût une démence incurable, et d'ailleurs ce divorce ne serait définitif qu'après un délai de cinq ans, en Allemagne, en Suisse, pays de mœurs familiales, la maladie est inscrite depuis longtemps parmi les causes de divorce.
Or la folie n'est qu'une maladie comme une autre : pourquoi, dit Toulouse, ne pas autoriser le divorce pour cause de maladie lorsqu'il s'est écoulé un temps suffisamment long pour que la curabilité soit infiniment peu probable ?
L'expérience elle-même fournit ce délai. Lorsqu'une maladie aura duré cinq ans au maximum, elle pourra être considérée comme incurable et par suite autoriser le divorce.
La plupart des maladies curables le sont en effet dans les six premiers mois.
A Paris, sur loo malades qui guérissent, 91 guérissent la première année : 4 guérissent la deuxième année; 2,68 guérissent les troisième, quatrième et cinquième années; 1,82 guérissent après la cinquième année. A Londres, la statistique fournil à peu près les mêmes chiffres. La loi paraît donc une loi générale.
Maintenant, le divorce peut être prononcé sans délai contre le conjoint qui, atteint d'une maladie mentale et connaissant sa maladie, l'aurait cachée. Inutile de répondre que l'autre conjoint devait prendre ses renseignements, le mariage doit être, avant tout, un acte de bonne foi.
Si, au contraire, les cas de folie antérieure avoués, le conjoint l'a accepté, c'est tant pis pour lui : il en subira les conséquences.
4o8 LA DÉMENCE
D'ailleurs, tout cela peut se résumer dans ce dilemme conjugal : si le conjoint aime, il n'aura pas besoin de loi pour soigner son conjoint malade ou fou ; la question du divorce ne se posera même pas car il ne demandera pas le divorce. Si le conjoint n'aime pas, pour se dérober à ce qui sera pour lui non plus un devoir mais une corvée il demandera le divorce. Ne vaut-il pas mieux le laisser libre de s'en aller? A l'époux ou à l'épouse garde-malade qui n'aime pas, je préfère de beaucoup l'infirmier public. Celui-ci, au moins, n'est pas dangereux; il a même intérêt à bien soigner son malade; l'époux gardemalade qui n'aime pas a un intérêt contraire et est suspect (Toulouse). A cela les ripostes n'ont pas manqué et les arguments de sentiments les plus divers ont été invoqués au cours des polémiques.
On a rappelé le cancer et la tuberculose qui parmi tant d'autres maux terribles pourraient aussi bien que la démence servir de prétexte au divorce.
On invoque l'erreur possible du pseudo-dément qui guérit et leperd sa raison en trouvant sa femme remariée à un autre. On proteste enfin contre cette nouvelle atteinte à l'indissolubilité de l'union matrimoniale et contre ce relâchement d'un lien moral qui doit comporter assistance aux cas des pires catastrophes comme la perte de la raison, au lieu de l'abandon légal que semble constituer ce divorce pour cause de démence.
En fait j'ai eu occasion à diverses reprises d'établir des certificats médicaux relatifs à des déments dans des cas de divorce et voici comment. Il s'agissait de paralytiques généraux internés contre lesquels le con-
CONCLUSIONS GÉNÉRALES ^OQ
joint intentait une action en divorce, mais au lieu de baser l'action sur la folie on la fondait sur des sévices et injures graves, contemporaines du début de Taffection.
Il est fréquent qu'au cours de la phase de conscience incomplète qui précède l'internement, les déments paralytiques se livrent à des écarts divers, des actes immoraux ne sont pas rares alors, et souvent des accès d'excitation amènent des scènes de violence et d'injures bien constatées ; c'est sur elles que le divorce en pratique s'élaie et s'obtient ; d'autant mieux que le conjoint incriminé est hors d'état de ^contredire et ne paraît que sous forme d'attestation médi cale de sa démence.
Mais il arrive aussi que deux vieillards réellement affaiblis par l'âge se jettent mutuellement à la tête l'épithète de démence et après une longue vie conjugale parlent de divorce sur le tard par suite d'une incompatibilité d'humeur prédémentielle.
Enfin le vieillard est décédé, mais il laisse après lui des dispositions testamentaires, qui peuvent être entachées de démence et ont parfois pour bu t de frustrer ses héritiers naturels, qu'il a pris en antipathie sous linflucnce de ses idées délirantes. Le rôle du médecin consulté sur de pareils cas ne consisté pas à démontrer la validité ou la non validité d'un testament, mais à démontrer cliniquement que le testateur était ou non dans un état démentiel au moment où il a fait cet acte. Dans son expertise, le testament lui-même devra être étudié comme un des documents pouvant déceler par sa teneur, son texte, ses caractères graphiques même, un certain état d'affaiblissement démentiel.
4lO LA DÉMENCE
Après la mort d'un individu, dit l'article 5o4 du C. C, les actes par lui faits ne pourront être attaqués pour cause de démence qu'autant que son interdiction aurait été prononcée ou provoquée avant son décès à moins que la preuve de la démence ne résulte de l'acte même qui est attaqué.
Au point de vue social général les déments peuvent encore être considérés dans l'exercice de leurs droits civils de citoyen et d'électeur ou éligible. On peut à ce point de vue distinguer selon que le dément est interné ou non. Interné, le dément non interdit reste électeur et éligible, et cela explique que des déments placés à l'asile mais ayant bénéficié de congés justifiés par leur état de tranquillité inoffensive ont pu prendre part aux élections au dehors et même se porter comme candidats.
Un dément vésanique de ce genre obtint six voix aux élections de Paris contre Joffrin et Boulanger. Il avait adopté une façon singulière de faire connaître sa profession de foi et l'avait manuscrite sur 2 placards qu'il promenait lui-même en homme sandwich. Nous donnons la reproduction d'un de ces placards visiblement délirant. Il serait curieux de voir réussir aux élections un dément de ce genre et de voir se poser la question de l'intemement. C'est la loi de i838 en face de la loi électorale.
D'autres vésaniques non internés plus ou moins avancés vers la chronicité et la démence secondaire s'excitent à l'occasion des luttes politiques et entrent dans l'arène, ainsi s'expliquent certains placards et affiches émanant évidemment de malades de ce genre.
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4l2 LA DÉMENCE
ÉLECTIONS DU i6 OCTOBRE 1887