‹ La démenceChapitre 76 sur 92 · LE PUCEAU DE · texte numérisé non relu

LE PUCEAU DE

Metz.

Je-Pie-Dix-je.

Fais défense à tout Français baptisé, sans exception aucune, de Tun comme de Tautre sexe, d'oser à partir de ce jour, cinq mai 1889..., antipatriotiquement et sataniquement faire encore usage de ce mot*^ lugubre, sinistre, néfaste..., infâme à jamais, infâme, proscrit et maudit, — Paris, — imperavit ventes et mors et facta est iranquillitas magna, maxima magna.

Quiconque en France... et à Tétranger... en sa qualité de Français de cœur et d*âme, désire déterminer le retour de Strasbourg et de Metz au giron de la Grande Patrie navrée, oui, de jour en jour de plus en plus navrée de sa mutilation — mutilation qui ne serait que Ta vaut coureur mérité de son démembrement imminent — d'après l'étranger ennemi ;

Se fasse un inviolable devoir de ne plus jamais prononcer le mot proscrit et maudit qui jusqu'à ce jour, depuis la disparition du mot Lutèce, a désigné la capitale de la R. F.., et que toujours, quant il devra. prononcer le mot Paris, il lasse entendre Apiqa, lequel n'est pas autre (il incombe à chacun de savoir le démontrer à à tous) que ce nom même, Paris, transflgure, mais transfiguré, je dis transfiguré par le chimiste au langage, devant rester le plus légendaire de ses contemporains en paraissant à toutes les générations futures... le plus... sagement sage. . . de tous l^s grands législateurs passés, présents et à venir... ayant été... l'instaura teur au soriège et l'organisateur du remanat dans les cinq parties de ce monde sublinaire.

A mon... Carnot en élection et en action dans son Elisée principalement et princirougement.

4l4 LA DÉMENCE

Il y aurait aussi à envisager le cas de démence survenant chez un élu après l'élection, le cas ne serait pas nouveau et il paraît que les parlements ne sont pas toujours à l'abri de la présence, dans leur sein, d'élus frappés de troubles mentaux plus ou moins démentiels.

On conçoit les inconvénients d'une telle présence dans un groupe chargé d'assumer des responsabilités directrices capitales.

La démence du roi Lear aurait ainsi son pendant dans les gouvernements démocratiques et parlementaires ; mais la comparaison serait à l'avantage de ces derniers où la démence d'un seul est du moins tempérée par la pluralité des gouvernants.

L'accession aux droits électoraux prend un caractère particulièrement délicat lorsque les déments sont assistés en liberté.

C'est ainsi que dans les colonies familiales d'aliénés de la Seine de nombreux déments ont réclamé leur inscription sur les listes électorales et même sur la liste des candidats. Les conseils d'arrondissement avaient dû l'autoriser, mais les maires l'ont évitée en se basant sur l'absence de domicile acquis au lieu d'assistance et la conservation du domicile parisien.

On tourne ainsi la difficulté en reconnaissant au dément ses droits électoraux ailleurs alors qu'il réclame leur exercice au lieu de la colonisation qui l'assiste.

Au point de vue juridique le dément peut être appelé en témoignage, inculpé comme prévenu ou au contraire victime de délits que son inconscience a pu faciliter.

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Dans le second cas, le dément peut au premier abord être pris pour auteur d'un délit que des complices, auteurs principaux en réalité, ont trouvé moyen de lui faire endosser.

C'est ainsi qu'un dément de mon service était utilisé par des escrocs pour aller toucher des coupons falsifiés par eux, son arrestation leur permit d'échapper et lui ne put fournir de renseignements sur une escroquerie dont il était inconscient.

Mais il arrive que le dément bien qu'inconscient ou demi-conscient est seul auteur du délit que son affaiblissement psychique rend possible.

Il ne faudrait toutefois pas imputer scientifiquement tout délit de dément à la maladie et il est des démences commençantes qui coexistent avec des tendances vicieuses antérieures ; c'est ainsi qu'un voleur de profession continuera à voler après être entré en démence sans que son vol soit imputable à la démence.

Mais la démence entraîne une tendance au vol par méconnaissance du « mien » et du « tien » qui rend le dément kleptomane.

Il dérobe alors les objets les plus inutiles, les plus dépourvus de valeur et les plus difficiles à dissimuler, pris sur le fait il ne peut l'expliquer, oubliant bien vite l'origine même de l'objet qui se trouve en sa possession.

Un dément paralytique du service a été arrêté pour avoir volé une caisse de fusin à la terrasse d'un café en plein jour, il appelait même l'agent de police pour lui aider à raison du poids de la caisse, et parut très étonné d'être arrêté par lui.

4l6 LA DÉMENCE

Un autre est accusé d'avoir vole une voiture à bras; il l'avait louée, puis s'en étant servi pour un transport, l'avait oubliée sur la voie publique.

Les délits fréquents amenant les déments devant la justice sont ceux contre les mœurs et les attentats à la pudeur.

L^irritation des centres nerveux prémonitoire de la démence amène souvent une excitation génitale éphémère qui pousse les déments à l'exhibitionnisme ou à des attentats variés que leur inconscience rend plus ostensibles et choquants.

Mais il arrive aussi que Ion prend pour attentatoires des actes automatiques incohordonnés des négligences graves de tenue et des exhibitions inconscientes et accidentelles comme celles d'un dément hémiplégique que nous observons qui, incapable de se rhabiller, perdait ses culottes sur la voie publique.

Des crimes même sont parfois l'œuvre des déments hors l'asile comme à l'intérieur, c'est ainsi qu'un infirmier de Villejuif a été étranglé il y a quelques mois par un dément paralytique.

Si les déments peuvent exceptionnellement se livrer à des attentats actifs complexes d'autant plus dangereux qu'ils sont plus coordonnés, c'est en général les déments vésaniques et, surtout parmi eux, ceux dont le délire chronique ancien était de teinte mystique qui peuvent offrir les réactions les plus violentes. L'homicide est alors possible et on cite des déments mélancoliques qui se suicident sur le tard arrivés au dernier degré de la déchéance mentale et de la cachexie mélancolique alors que leur fin naturelle était proche.

D'autres déments nombreux meurent par pseudosuicîde, s'étranglanl avec leurs aliments qu'ils enfoncent dans la gorge en trop grosse quantité et avalent de travers.

On cite aussi des déments vésaniques longtemps internés et mis en liberté comme devenus inoffensifs par les progrès de la démence qui une fois élargis ont tué un des leurs, tel ce dément mis en liberté par le parquet contre l'avis des médecins, et qui fut trouvé peu après chez lui jouant aux boules avec la tête de son petit-fils.

Des déments non délinquants enfin s'accusent néanmoins de délits et de crimes dont ils entendent parler, ne distinguant plus ce qui a été entendu, de ce qui a été réellement fait par eux.

Il n'y a ni crime ni délit, dit l'article 64 du Code pénal, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l'action.

Mais l'involution sénile est souvent lente, le vieillard n'arrive à la décrépitude complète que peu à peu, progressivement, et il y a là toute une longue phase de son existence pendant laquelle il ne saurait être considéré comme complètement irresponsable.

Beaucoup d'apoplectiques frappés d'hémiplégie, avec ou sans aphasie, conservent leur intelligence à un degré très suffisant pour que leur responsabilité persiste ; dans la démence apoplectique complète, la responsabilité disparaît au contraire ; il en estde même dans les démences alcooliques, épileptiques et vésaniques.

Pour éviter les méprises et l'envoi en prison et en justice, de déments irresponsables, des expertises

médico-légales seraient nécessaires dans bien des cas où le dément est actuellement méconnu et condamné par les tribunaux. Ces cas ont été relevés par M. le D' Pactet dans sa thèse ; pour une période de 20 ans, dans le département de la Seine, ils s'élèvent à près de 600 suivant Magnan.

Dans leurs études sur les aliénés dans les prisons MM. Pactet et Coun signalent la fréquence des déments paralytiques dont ils citent 6 cas (vqI, escroquerie, faux et attentats à là pudeur) à propos des aliénés devant la justice.; ils relèvent aussi des condamnations pour vagabondage, mendicité, etc., par suite de méconnaissance de la démence. Sous l'influence, disent-ils (p. 96) de la dégradation de l'intelligence et de la déchéance des facultés morales, l'activité du paralytique général présente une allure caractéristique ; toutes ses actions sont marquées au coin de l'inconscience et de l'imprévoyance.

Il ne faudrait cependant pas croire que dès le début de l'afiection, l'affaiblissement intellectuel ne put passer inaperçu ; il est même alors souvent masqué par une suractivité fonctionnelle des facultés mentales qui fait paraître l'individu plus intelligent et plus brillant qu'il n'a jamais été. Qu'un homme, qui semble encore remplir strictement tous les devoirs que lui impose sa situation sociale, s'acquitter avec distinction des fonctions qui lui sont confiées, se laisse aller, à cette période de la maladie, à accomplir un acte d'indélicatesse ou d'improbité, le magistrat ne pourra voir en lui qu'un coupable ordinaire, alors que le médecin, frappé d'un léger trouble dans l'articulation des mots, d'une inégalité des pupilles, saura

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déjà discerner un malade que doivent épargner les sévérités de la loi.

A côté des troubles de l'intelligence, qu'elle soit surexcitée ou, au contraire, déprimée, il convient de faire une place importante aux modifications de l'humeur, du caractère, des habitudes et des sentiments ; tel qui était patient devient irritable, tel qui était économe devient subitement prodigue et dissipateur.

Celui-ci jusque-là sobre et rangé perd toute retenue, se met à faire des excès de boisson, s'affiche en de mauvaises compagnies ; celui-là réputé pour sa bonne éducation commet les infractions les plus graves aux règles de la politesse, se présente en société dans une tenue négligée ou indécente, se sert d'expressions grossières et étonne par l'inconvenance de ses manies. Les sentiments affectifs s'émoussent, puis finissent par disparaître, l'amitié fait place à l'indifférence, les événements les plus importants de l'existence, la mort d'un proche ou d'un ami ne déterminent que froideur et impassibilité ; les délits commis par les paralytiques généraux, au premier stade de leur maladie, sont si fréquents qu'on avait proposé de donner à cette période de l'affection le nom de période médico-légale.

Au point de vue social le plus général se pose la question d'assistance des déments. Elle offre des aspects divers, et c'est à son sujet surtout que se pose le problème de l'accroissement en nombre des aliénés à assister et des moyens d'assistance spéciaux à ces catégories particulières.

Mais d'abord un peu de statistique :

Les rapports généraux détaillés du service des

aliénés de France ne sont pas publiés depuis 1876, mais nous avons les rapports généraux de la Seine où nous pouvons relever des chiflFres intéressants :

C'est ainsi que pour le département de la Seine qui possède un contingent de i5ooo malades aliénés, en chiffre rond nous trouvons un chiffre annuel d'entrées par démence de i 122 en 1904 ainsi décomposées: Démences séniles 483,

— paralytiques 679,

— vésaniques 60.

Or le total des entrées de tous genres est de i 325 dans la même année. On voit de là la proportion énorme des démences internées.

En revanche les sorties durant la même année ne mentionnent que 6 séniles, quant aux paralysies générales on sait que leur issue est généralement fatale et les démences vésaniques si elles vivent longtenaps ne sortent pas des asiles ou de leurs annexes. Aussi relevons-nous i 352 existants internés au-dessus de 60 ans (368 hommes, 974 femmes) et d'autre part I 279 chroniques et déments divers hospitalisés en coloniesfamiliales (soit 371 hommes et 908 femmes). Enfin si les déments sortent peu, leur quantum dans la mortalité est énorme. C'est ainsi que la mortalité

des déments séniles au-dessus de 60 ans en 1908-4

pour la Seine donne , la mortalité des dé-

1 4- 5oo .. 881

ments paralytiques , soit comme mor-

talité générale des déments, alors que la mortalité

totale fut de Comme nous n'avons pas tenu

compte des déments portés décédés pour autres causes que la démence (pneumonie, hernie étranglée, hémorragie cérébrale, etc.), ni des déments précoces il s'ensuit qu'on peut compter les décès de déments comme représentant les 3/4 de la mortalité annuelle des asiles de la Seine ; or leur proportion dans le nombre des entrées est encore plus fort, il y a donc un stock de déments divers qui tend à envahir les asiles et à leur donner le caractère d'établissements de chroniques au lieu d'hôpitaux de traitements pour maladies mentales curables.

Et ce n'est pas là un caractère particulier au département de la Seine.

LuNiER, commentant les statistiques générales des asiles de France, constatait, en 1876, que le chiffre prévu des aliénés à interner tendait à passer de 20000 (i838) à 80 000, et se demandait si cette progression effrayante qu'on retrouve partout à l'étranger, d'ailleurs, décelait un véritable accroissement du nombre des aliénés ou seulement un accroissement apparent.

« On a qualifié, dit Foville, les asiles de fabriques d'incurables ; s'ils en contiennent tant, c'est d'abord parce qu'on leur en envoie de tout fabriqués ; c'est enfin parce que tous ceux qui y existent, qu'ils y soient entrés, ou qu'ils y soient devenus tels, sont l'objet de soins hygiéniques et médicaux qui prolongent leur existence et augmentent d'autant la durée de leur séjour. »

Parmi les moyens propres à diminuer cet encombrement, Foville admet les placements familiaux directs.

b' Makie. a4

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