‹ La Démence PrécoceChapitre 13 sur 21 · OU · texte numérisé non relu

OU

chalance. Irritabilité. Affaiblissement du sens moral. Antipathie pour

sa famille. -

Certificat de quinzaine. -- Même état.

Anlécédents héréditaires. — Mère cécédée. Père vivant et bien portant.

Antécédents collatéraux. — Deux frères en bonne santé. Trois sœurs.

Antécédents personnels. — Ajourné plusieurs fois au conseil de

revision pour anémie suspecte.

Interrogatoire le 95 avril 1996 :

— Comment vous appelez-vous ?

= Ad. M:

— Quel âge avez-vous ?

— Je suis né en 1898. Je ne me rappelle pas exactement le jour et le mois.

— Célibataire?

— Profession de journalier.

— Domicile?

— Plagne-sur-Garonne.

— Croyez-vous avoir des ennemis, des gens qui vous veu ent du mal, qui vous insultent, qui vous font des grimaces? — Non, je ne me suis jamais aperçu de rien.

— Avez-vous jamais songé à vous détruire?

— J'ai toujours été malheureux, mais jamais je n'ai songé à me faire du mal, j'estime qu'il vaut mieux souffrir que mourir. Je n'ai - jamais eu l’idée de supprimer la vie à quelqu'un. J’ai ma conscience nette. Si les gens racontent des mensonges, je n'y peux rien. — Avez-vous vos parenls ?

— J'ai mon père et ma mère.

= Avez-vous de l'affection pour eux?

- 2 Ils me sont indifférents, ils n’ont jamais été bons pour moi. D'ailleurs, ça dépend du moment, j'ai un caractère très bizarre. J'ai été à l'école jusqu'à 11 ans 1/2, j'ai mon certificat d’études. J'ai toujours eu une santé fragile. À l’âge de 20, aus j'ai élé gravement malade, ça a été mauvais, mais ça n’a pas été long, ca a duré quinze jours, j'ai eu une bien mauvaise fièvre, une chaleur très suflocante

ErGe.

qui m'a fait perdre connaissance. Chez moi j'étais faible, mais jamais je n’ai dû me reposer. Depuis l'année dernière, je sens que j'ai beaucoup maigri. Je n'ai jamais fait grand’chose depuis que je suis ici. Il y a un mois que j'ai dû me mettre au lit.

Le malade ne sail s’il y a eu excès de boisson ou troubles mentaux chez ses ascendants.

État physique précaire.

Anémie suspecte, amaigrissement, toux, transpiration nocturne.

— S'il y avait un dieu, comme le dit le cléricalisme, je ne serais pas si malheureux que je le suis. Je n’ai jamais rien fait à personne. Si on porte de fausses plaintes, je n’en peux pas davantage, je ne peux pas empêcher les gens de parler et d'agir.

— Croyez-vous qu’on ait porté de fausses plaintes contre vous?

— On m'a ramassé, je n’en sais rien, j'ignore tout.

— Qui aurait fait cela?

— Vous m'en demandez beaucoup.

— Dans quel but l’aurait-on fait?

— Jene connais pas leur prétention, je n’ai jamais porté préjudice à personne.

— Quel âge avez-vous ?

— Ça doit faire (réflexion, compte sur ses doigts, puis’, ça doit faire 28 ans.

— Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

— En 22, je suis rentré; il me semble que ça fait la quatrième année.

— Qu'est-ce que c’est que cet établissement?

— Je n’en sais rien, je n’ai pas vu les fiches, il n’y a rien d’inscrit sur la devanture d’entrée.

— Que sont toutes ces personnes qui sont dans cette pièce ?

— Qu'est-ce que c'est ? Personne ne me Fa dit ce qu'ils sont.

— Pourquoi croyez-vous qu'ils sont là ?

— Je crois que ce sont des ouvriers sans ressources qui sont tombés malades; l'Administration, si elle a fait des enquêtes, ne peut avoir que de bons renseignements sur moi.

— Vous.avez travaillé dans plusieurs endroits ?

— Oui, longtemps à Cazères, comme ouvrier agricole pendant

quatre ans, de 1915 à 1918; puis à Béziers pendant un an, Je travaillais les vignes avec un cheval. J'en suis parti parce que je devais passer un conseil de revision. J'ai subi cinq conseils de revision, j'ai été classé dans le service auxiliaire pour faiblesse de constitution. Je demeure à Plagne depuis 1920; chez moi je travaillais dans les forêts à faire des fagots.

— Quelle année sommes-nous?

— 1926, je crois.

— Quel mois ?

— Avril.

— Quel quantième ?

— 26 (exact).

— Quel jour ?

— Lundi (exact).

— Quelle saison ?

— Printemps.

— Quel est le nom de votre quartier? Comment s'appellent les infirniers, le chef de quartier ? |

— Le chef de quartier, quand j'ai besoin de lui, je l'appelle caporal.

— Avez-vous vos parents ?

— Je ne sais pas s'ils sont morts, je ne leur ai aucune affection, ils m'ont élevé dans la misère; ce sont des parents, mais pour moi ce sont des cochons. Ils sont venus plusieurs fois, mais il y a bien longtemps que je ne les ai pas vus. Ils ne m'écrivent pas, ni moi non plus. Ils ne m'envoient pas de colis; d’abord, je ne leur aï pas demandé non plus. |

—.: Auriez-vous de la peine si vous appreniez qu'ils sont gravement malades ou en danger de mort?

Le ton de la réponse est lel que nous avons la sensation très nette que l'expression du sentiment ne correspond pas au sentiment luimême.

Mots inducteurs : Réponse nulle.

OBsERvATION III (personnelle et résumée).

Démence précoce à forme simple. Début à la puberté. Paradoxalisme de l’affectivité et de l’activité : désadaptation sociale. Pas de délire.

J... P..., 15 ans. Entrée : le 2 janvier 1926.

Certificat d’internement. — Le jeune J... P... présente :

a) De la dépression; il est mélancolique, ne répondant pas ou peu aux questions ;°

b\ A force d'interrogations, on apprend qu'il a des hallucinations auditives et visuelles; il voil des voisins aux fenêtres qui se moquent de lui ou le menacent;

c) Il se croit coupable et demande pardon;

d) Enfin il est pris d’excitalion pendant laquelle brusquewent il s’anime, s’agite, renverse les objets qui sont à sa portée ou les brise en injuriant el en menaçant toutle monde (docteur Botala (Cami!k), d'Oran).

: Certifi al, de vingt-qua're heures. — Présente une aclivité paradoxale variable d’un moment à l’autre; tantôt tout à fait normal, ce malade se livre parfois à des scènes étranges. Pronostic réservé.

Certificat de quinzaine. — Même état (docteur Dide).

Antécédents héréditaires. -— Grands-parents décédés. Père et mère vivants.

Antécédents collaléraux. — Pas de renseignements.

Antécédents personnels. — N'a jamais été malade. A 5 ans, a fait une chute dans la rue et s’est blessé au crâne.

Renseignements fournis par l'Hôpital civil d'Oran. — Périodes de dépression mélancolique et d’excilation. Démence précoce.

Renseignements puisés dans le dossier. Déclaration du père. — Mon fils, élève, est devenu soudainement mélancolique. Il se renferme dans un mulisme complet, devient méchant, hargneux, et menace tout le monde. Il faut tout cacher, couleaux, fourchettes, ete. Il se donne des coups de tête contre les murs et les meubles. À plusieurs reprises, il s'est livré à mon égard à des violences consistant en coups de pieds et de tête.

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Déclaration des voisins. — a) Le malade se livre à toutes sortes d’excentricités. Paraît à une fenêtre armé d’un marteau qu'il veut lancer sur les passants,

A plusieurs fois cassé la vaisselle de ses parents et s’est livré sur eux à des violences.

b) Le malade court, menaçant les passants, leur crachant dessus. Se montrant agressif à l'égard de son père et de son frère, il leur crie : « Ils le savent bien ce qu'ils me font. »

Interrogatoire. — J'ai été à l’école communale jusqu’à l’âge de 12 ans, puis j'ai suivi les cours de l’école supérieure, j'avais l'intention de préparer les postes.

Je suis malade depuis un an environ (mois d'avril ou mai 19925). C'est la croissance qui m'a faligué; sur les murs de notre maison j'écrivais partout : « Assassin ». Je me mettais souvent et facilement en colère. Un jour, au cours du repas, sans que personne ne m'ait rien dit, j'ai renversé la table; tout ce qui se trouvait dessus (assiettes, verres) s’est brisé sur le sol.

Sous prétexte d'aller consulter un médecin, mon père m'a conduit à l'hôpital civil de la ville, il m'a fait admettre en disant que j'étais fou.

Je suis resté un mois, puis on m'a fait venir ici, où je suis depuis quatre Mois. |

Je reconnais que chez moi j'ai été malade, mais ici je sens que ça va mieux.

Le malade a travaillé pendant quelques jours avec le peintre de l'établissement; très actif au début, est devenu assez rapidement indolent et apathique.

Actuellement, il passe la plus grande partie de son temps dans l’inertie, allongé sur un banc ou à même le sol.

S'isole et parle peu aux autres malades.

Explosions de rire fréquentes.

Inaffectif, a besoin d’être pressé pour répondre aux lettres de ses parents.

Part de grands éclats de rire à la lecture des lettres de sa famille.

f Mots inducteurs :

Fete ee en Feuillette.

ÉHOLA RSS EE Se Froideur.

HLÉDEMSE oRRrCNT Ami (réflexion prolongée).

CLACHECE EEE SAS Crachat.

Garcon tre. 0 taGarconnet.

BANCAIRES TA AANTE Blanche.

PÉTER AR Er tete Crâne.

SOIxAN LE re er Soixante-dix.

COUSINE CPE Cousine.

ROUDÉ ENCRES TEE Rouge-gorge.

Chatte re cre Palie.

BASSE ET ee ee Fainéant.

Chasser. mms ... Chasseur.

CaTaVre MN eee Mort.

HALLE EEE Hauteur.

CUTÉS ee. A Cureur.

SN EME PNR Se Deux.

NOIR em ane Voyant.

GRAMPPENN RENTE Chambrette.

DECO RENOM CURE Raide.

CTIET ES RTE A la criée.

Douloureusement .... Douloureux.

Penteméntiers situe. Pas vite.

Dégoûtant ....... me Goûter DÉTENU ee Indésirable.

Bourgeonnement.. .. Bourgeon.

ITR ART AR ER .... Deux mille.

Batiré tes Enee * Battu. BRUIANES ER RER RE Vif.

LAC ee ce nee Laitier.

Beaune Te Laid.

Conscience rence Inconscience.

Lars ementreCretten Large, MORLE LATE PRET CAE Immortel.

Chatouillement....... Chatouiller.

Femelle sise © Mâle.

PO etant Impur.

FEMME ES reves .. Homme.

HAnatIQUe nee Infanatique.

CHAPTFRE HI

Diagnostic.

Un certain nombre d'aliénistes français, dominés par des notions de clinique doctrinale, n'admettent l'existence de la démence précoce qu'autant qu'elle se caractérise par des manifestations hébéphréniques, catatoniques ou paranoïdes.

Ces syndromes, pour Dide et ses élèves, représentent au contraire des phénomènes surajoutés, malgré leur importance et leur fréquence.

Nous avons prié notre maitre actuel, le docteur Lafage, de choisir dans son service des malades pouvant se rapprocher de la démence précoce à forme simple. Il nous a signalé les deux cas suivants quiappartiennent, l’un à la forme hébéphréno catatonique, l'autre à la forme catatonique après un début à forme mélancolique simple. Nous n'avons pas constaté, dans la division des femmes, de cas pouvant être rangés nettement dans le cadre de la démence précoce à forme simple.

OBSERVATION IV (personnelle et résumée).

Délire mal systématisé avec troubles psycho-sensoriels. Hallucinations et interprétations. Idées vagues de grandeur et de persécution. Érotisme, Maniérisme. Irritabilité; bouffées d’excitation. Début à forme de psychose : maniaco-dépressive; manifestations mélancoliques Agitation. Fugues. Refus d'aliments. Crises de sommeil.

A... [..., 20 ans. Entrée : le 29 octobre 1925. Antécédents héréditaires. — Père alcoolique. Mère en bonne sauté. Ni frères ni sœurs.

Antécédents personnels. — Pas de maladies antérieures,

re

Certificat d'internement. — Est atteinte d’aliénation mentale caractérisée par des crises de délire érolique, des crises de sommeil, des fugues, la rendant dangereuse pour elle-même et pour autrui et nécessitant son internement (Docteur Rémond, professeur de clinique psychiatrique à la Faculté de médecine de Toulouse).

Certificat de vingt-quatre heures: — -Esi atteinte de dépression mélancolique. Appoint confusionnel léger.

Certificat de quinzaine. — Est atteinte de troubles mentaux caractérisés par des accès intermit'ents, où l’on observe tour à tour des manifestations mélancoliques avec idées de suicide, de lagitation avec menaces et fugues, des crises de sommeil, avec refus d'aliments, suivies de léger état d’obnubilation intellectuelle. Ces accès, assez courts, sont séparés par des intervalles lucides de plus longue durée.

Renseignements puisés au procès-verbal d'enquête. — Depuis sept mois, ma fille présente des signes d’aliénation mentale. I] y a deux mois environ, je l’ai amenée à l’Hôtel-Dieu, puis elle a été placée en observation à la clinique des maladies mentales où elle est restée une vinglaine de jours,

Depuis son retour chez moi, son élat s'aggrave de jour en jour. Elle tient sans cesse des propos incohérents, menace son entourage et veut partir de chez elle.

Déclaration des voisins. —- a) La malade est complètement démente, tient des propos incohérents, veut se suicider et fuir le domicile paternel;

b) Présente périodiquement des symptômes d'aliénation mentale. Dans ses moments de crise devient tout à fait inconsciente, prononce des propos incohérents, veut se suicider. Quand la crise est passée, tombe dans un profond sommeil.

Interrogatoire. — Quelle est votre profession ?

— Je suis couturière. Je travaille chez moi el vis auprès de mes parents. J'ai quitté mes parents parce que j'étais malade. J'ai eu du chagrin à Cause d’un jeune homme. Je suis restée à La Grave trois ou quatre jours. Quand j'en suis sortie, je croyais rentrer à la maison.

La malade ne répond pas aux questions qu’on lui pose. Elle

pleure pendant toute la durée de l’interrogatoire, dit simplement : Je ne mange pas, je m'ennuie, je voudrais relourner à la maison. — Quel jour sommes-nous?

Pas de réponse.

— Quel mois ?

Néant.

— Quelle saison ?

— Plutôt en hiver.

— Quel mois ?

— Octobre (exact).

— Quel quantième?

— 24 (en réalité 30). La nuit, j'ai peur; je vois en rêve des choses, des homines. On parle beaucoup, je ne sais pas ce qu'on dit, on - entend tellement.

— Avez-vous eu des idées de suicide?

es Jamais, ce n’est pas vrai, je n'ai jamais voulu me tuer. La ma:ade se met spontanément à sourire.

— Qu'est-ce qui vous fait rire ?

Pas de réponse.

— Depuis quand êtes-vous ici ?

— Depuis trois ou quatre jours (en réali é depuis La veille). — Quel âge avez-vous ?

— 21 ans.

— En quelle année êtes-vous née ?

— En 1905.

—- Quel mois? quel jour? :

Pas de réponse.

— Depuis combien de temps êtes vous ici ?

Mutisme.

— Ah! je retrouve mes pensées, je ne suis pas pour rester ici, tant que je n’aurai pas reçu mes papiers. Moi aussi je sais faire de la comptabilité, je ne suis pas reine pour rien, je dois partir quand j'aurai ma carte. Maintenant (s'adressant à l'interne), je parle

pour vous. Vous me parlez et j'ai d'autres idées. Mon fiancé, le connaissez-vous ? Il y a six mois que je le connais et j'ai des lettres. J'ai trop souffert et je ne veux pas recommencer, J'ai un dieu en

moi, j'ai un bébé, j'ai une alliance, je suis mariée, vous n'avez qu'à aller le voir à la mairie. J'ai un beau soldat ici.

— Qu'est-ce que vous regardez ?

— Je regardée que j'ai beaucoup changé. Tant que ça durera comme ça (rire explosif). Il y a une infirmière qui est sortie et qui doit me porter des nouvelles. Elle: doit me porter des nouvelles... Je dois partir bientôt. Si ce n'était pas vous, je ne serais plus ici. Je suis infirmière, je puis le montrer. Vous avez des infirmiè-es qui sont originales, elles s’en vont comme un coup de vent (A l’interne) : C’est vous qui écrivez ça, moi j'écris. Ce soir, pour la Mi-Carême, aller au bal et habiller mon petit. Vous y trouverez mon fiancé et vous lui direz bonjour. Je ne sortais jamais. A l'Oasis (dancing toulousain). Qu'est-ce que c'est que l’Oasis? Il n’y a pas de belles filles comme moi. J'ai un dieu. J’ai des croix sous les pieds. J'ai manqué mon coup. J’ai une idée, il faut qu'elle s’en aille, aller me noyer. La femme qui parle (fait. allusion à une malade agitée) est plus que moi.Je ne suis pas innocente.Je n'aurais pas mon diplôme. J'ai la médaille militaire. Le soleil n’éclaire pas pour rien. Si je ne peux pas vivre en France... Vous trouvez que je suis bien, c’est des folies. Il faut que j'aille trouver M. Fage, non pas M. Lafage. Mon père a été cou... une fois, il ne le sera pas deux fois. Chez moi, on me laisse trop courir, je suis toujours à point, mais Dieu me le pardonne.

A ce moment, la malade se lève, puis, après un salut prétentieux et maniéré, quitte la pièce.

Épreuve des mots inducteurs : Réponses incohérentes et absurdes.

OBsERvATION V (personnelle et résumée).

Négativisme, mutisme, refus d'alimentation, gâtisme. Stupeur. Indifférence émotionnelle. Inactivité. Crises hystérimorphes. Rire explosif. Début par état dépressif.

Certificat de vingt-quatre heures. — Est alteinte de dépression psychique avec conscience de son état morbide.

Cerlifical de quinzaine. — Est alteinte de mélancolie ; ralentissement de l’activité intellectuelle et physique.

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