‹ La Démence PrécoceChapitre 14 sur 21 · OURS · texte numérisé non relu

OURS

Antécédenis héréditaires. — Mèr2 aurait eu deux fausses couches

Antécédints collatéraux. — Pas de renseignements. Antécédents personnels. — Rougeole à 5 ans.

Interrogatoire. — Quelle est votre profession ?

— Je travaillais chez moi à des travaux de couture.

— Pourriez-vous nous dire ce qui vous amène ici ?

—- Ah! pourquoi m'a-t-on mise ici, pourquoi m’a-t-on mise dans un autre hôpital, je viens de Gardouch, j'étais souffrante, je ne mangeais pas, je ne dormais pas, je me faisais du mauvais sang parce qué j'étais malade, j'avais des ennuis, j’en ai toujours eu.

— Quelle maladie pensiez-vous avoir?

se Je ressens toutes les:maladies, toutes celles qu’on voulait que j'aie; on m'a menée partout, on m'a fait examiner par plusieurs médecins. Je pleure depuis un an. Mon père ne m'a jamais adressé la parole, ma mère me grondait beaucoup. J'ai eu des crises de nerfs, je pleurais. |

— Pensiez-vous avoir des ennemis ?

— Non; d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi j'en aurais, je n'ai jamais rien fait de mal à personne.

—. Pourquoi êtes-vous triste ?

— Je ne sais pas, C'est depuis que je suis malade.{Pourquoi le doceteur a-t-il voulu m'ouvrir le nez avec un caoutchouc (fait allusion à un gavage à la sonde qu’elle a subi à la Clinique des maladies menlales, à l'Hôpital de la Grave). J’ai eu des moments atroces, je n'ai jamais eu l’idée de vouloir me tuer, mais si à ce moment-là on m'a\ait tuée, cela m'aurait été égal. Tout ce que les docteurs veulent que j'attrape, je l'ai; ils racontent ma vie à loutes les personnes qui élaient là (fait allusion aux éludiants de l'Hôpital de la Grave).

— Avez-vous eu l’idée de vous marier ?

— J'étais comme lout le monde, j'ai connu beaucoup de jeunes hommes, mais personne ne m'a jamais de:nandée en mariage ; j'en ai peut-être parlé pendant ma maladie, mais ce n’est pas vrai. J'ai perdu la lèle depuis quelque temps, mais il me semble que je vais un peu mieux. Je n'ai pas d'instruction, j'ai été simplement à l’école communa'e où on m'a appris ce que c'était que le devoir,

Ayasse 3

— Qu'est-ce que le devoir ?

-- Depuis que je suis malade, je sens que j'ai un peu perdu mes idées. Depuis que je suis à Gardouch, je voyais un va-et-vient; je voyais des gens qui semblaient se moquer de moi. Je ne me suis jamais crue plus qu’une autre, je me sentais humiliée, je m'humiliais moi-même. Tout le monde me questionne, je me demande pourquoi.

— Vous souriez, pourquoi ?

— Quelquefois je ris, mais ça ne dure pas longtemps.

— Pourquoi parlez-vous si lentement et si doucement ?

— Autrefois je parlais fort et plus vite. Ma vie n’a pas été heureuse avec mes parents, ils ne font que me faire de la peine depuis que je suis malade. Mes parents, par moments je les aime, d’autrefois ils me sont indifférents.

— Est-ce que vous dormez bien ?

— J'ai des rêves et c'est ce qui me fatigue.

La malade, malgré toute notre insistance, ne veut pas avouer la nature de ses rêves.

A l’occasion du retour de ses règles qui auraient été suspendues pendan t plusieurs mois, la malade a, vers la fin du mois de janvier, le 28, plusieurs crises de larmes. Interrogée sur la provenance de ses - pleurs, elle se renferme dans le mutisme le plus complet.

Dans le courant de l’après-midi de cette même journée, la malade tombe; pas d’écume aux lèvres, pas de convulsions, pas de relâchement des sphincters. Cris inarticulés; durée de la crise, dix minutes.

Vingt-quatre heures après, nouvelle crise dans la nuit.

… La malade crie et urine dans son lit.

Depuis son entrée jusqu'à l'apparition des crises que nous signalons, la malade est inerte, apathique, indifférente, complètement inactive. Pas d'initiative ni de spontanéité.

La malade lit, mais s'intéresse surlout aux gravures du livre. A fait, à deux ou lrois reprises du refus d'alimentation, mais tout à fait passager.

Actuellement, état de torpeur avec mulisme complet et explosions de rires.

Mots inducteurs : Mutisme complet.

OBSERvATION VI (personnelle et résumée).

Démence précoce à forme hébéphrénique. Maniérisme. Impul:ions. Délire incohérent. Paradoxalisme sentimental.

A... J..., 26 ans. Entrée : le 4 avril 1993.

Certificat de vingt-quatre heures. — Est atteint de délire à base d'illusions cénesthésiques et sensorielles. Tendance à la systématisation. |

Certificat de quinzaine. — Même état.

Antécédents héréditaires d’après interrogatoire. — Père et mère décédés. ;

Antécédents collatéraux. — Trois frères et une sœur vivants et bien

porlants.

Antécédents personnels. — Pas de maladies antérieures.

Renseignements puisés dans le bulletin médical. pour l'admission à l'asile. — Aurait été commotionné pendant la guerre. Hallucinations de l’odorat : sent des gaz. Voit partout des postiches. Idées de tristesse, croit qu'on veut l’empoisonner tous les jours et qu’on mel de la poudre dans son nez. En veut à ses parents, mais pas aux élrangers. Se livre à des actes de violence. Brise des portes, brutalise sa grand'mère. Frappe les gens de son entourage.

Intlerroyatoire. — Le malade parlant spontanément dit :

Ça commenrse à être mür, Monsieur a-t-il encore quelques désirs? Je veux quiller ce principe de distance pour entrer dans le p'ein populaire. Je ne peux demander que toule mon expansion mainlenant avec toute votre bienveil ance de donner en bonne forme.

— Êtes-vous marié?

— Je suis célibataire, maintenant je ne serais pas constamment dans le célibat. J'ai toutes chantes heureuses d’épouser. Que voulezvous? Tailler mon sentiment ça vous fait de la garniture.

— Avez-vous vos parents?

— Ma mère est morte il y a quelque temps, à l’âge de 32 ans, j'avais 5 ou 6 ans. Mon père s’est remarié.

— Avez-vous des frères et des sœurs?

— Üne bonne demi-douzaine, quatre frères et une sœur.

— À quelle époque êtes-vous venu ?

—- Le 4 avril 1923.

— Où êtes-vous?

— J'ai entendu qu'on l’appelait Braqueville, c'est une maison de fous. C'est le grand rouage du gouvernement de Paris qui m'a fait venir. Chez moi, dans mon pays, j'ai trouvé les mœurs chavirées pendant un an. Il y a trois ans que ça fait poids, alors je m’impatiente, Si j'aimais la circonstance, je serais heureux jusqu'à la saint Glin-Glin. Il vaut mieux dire quelques charades. :

Le malade faisant allusion à une dispute survenue dans le quartier dit :

Les petites séances que vous voyez par là ne m'encouragent guère. Je suis prêt le plus tôt possible. Je passe dans l'inexactitude, je ne demande pas de certitude, des Las de nécessités d’approvisionnements, des principes de couvertures. Je me retire sur mon lot, je ne cherche pas de difficulté, je ne suis pas belliqueux. Je vivais dans ma famille avec ma grand'mère, mon père et mes frères. Je travailiais la lLerre. Vous êles dans ma raison, vous êtes dans l'inexac- - lilude du fait. Je me suis battu avec quelqu'un qui portait l'efligie de mon-frère. Ce sont les députés de la France qui m'ont fait venir ici je ne sais pas dans quel but. Tout le monde était dans un va-et-vient assez onduleux, c'élait assez visible, c'étaient des mouvements honnêtes, très polis, plus polis que les anciens, et puis ils font ma conquête assez brutale et me déposent prisonnier là.

— Comment vous trouvez-vous ici?

— D'un sens c’est parfait, d'un aulre c'est étriqué, surveillé, espionné. Ma santé est d’aplomb, aucun maçon n'a fait la nomenclature. Je suis émerveillé des sensations des profils de lon. Je rêve la nuit; j'aperçois de out, des images qui défilent devant mes yeux et qui représentent l’Académie médicale, L'Académie médicale, c’est mon physique, face, dos et prolil. IIs me transforment en féminin. — Quel mois sommes-nous ? ; — 1 avril (en réalité le 19).

— Quelle saison?

— Printemps.

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— Quel jour?

— Vendredi (en réalité lundi).

— Quelle année?

— 1926 (exact).

Le malade, à son entrée, ne veut pas manger parce qu'il craint que les aliments soient empoisonnés.

S'évade deux jours après et retourne dans sa famille.

Réintégré à l'asile, refuse toute alimentation pendant plusieurs Jours.

Taciturne, calme, docile, s'occupe à quelques menus travaux dans l'intérieur du quartier. À besoin d’être commandé, aucune initiative, aucune spontanéilé.

— Êtes-vous marié?

— Non, célibataire. Moi tout seul je suis dans le bon argument, frais, dispos, apte, mais à deux on ne s'entend pas toujours bien parce que le premier qui se dévoue ne sait pas si le second en est exempt à sa gracieuselé. |

— En quelle année êtes-vous né?

— Le 28 juin 1896.

— Our

— À Mazères du Salat, mais je demeurais à Montsannes.

— Avez-vous encore vos parents?

— Ma mère est morte en 19092, à l’âge de 32 ans, j'avais 5 ans.

— Avez-vous des frères et des sœurs? |

— Nous sommes cinq, quatre frères et une sœur, je suis l'aîné. Spontanément : Je mé trouve assez coquet pour faire ma sortie, Ça va devenir de plus en plus pressant pour moi.

: — Depuis quand êtes-vous ici?

— Je suis sorti une fois, je me suis échappé, mais ils sont revenus

me chercher. J'ai mis toute une journée pour arriver chez moi, j'ai pris un pas de fourmi, j'aurais pu faire à moins, mais c'est pour ne pas être fougueux de la longueur du chemin.

— Ce que vous dites est bien incohérent? ,

— C'est l'embarras des idées qui ne viennent pas bien défilées, elles s’accouplent. Je voudrais bien pouvoir me survivre moi-même, me besogner tout mon nécessaire, ça deviendrait ce qu'on appelle

Jo

citoyen libre, maintenant je ne le suis pas, je suis pensionné, loujours en République, ça je l'ignore. (Faisant allusion au lemps couvert et brumeux.) C'est un dimanche bien sombre les voies de circulation doivent êlre libres avec ce temps sombre.

— Savez-vous où vous êles?

— J'ignore total, je ne cherche pas à apprendre la ligne de connaissance parce qu’on est bien mieux au privé indiscret. Je suis non loin de Braqueville; ici, c’est Portet; Braqueville, c’est un bâliment plus près de Toulouse. lei, je ne fais rien, un coma primitique et c'est tout, je ne possède pas la dévotion humaine, je n'ai pas les habitudes de les entraîner, souvent de les faire vibrer, je suis toujours arrêté, je suis un mauvais perroquet, Sur Ça je suis toujours assez prêt, décision énergique. C’est un symbolique musée mouvant, et puis après c'est une pharmacie allant qui se déplace, qui doit être capable afin de guérison, moi au lieu de me faire guérir, ils vont me rendre malade, c'est ce qui est de plusinconvenant. Enfin, je ne fatigue pas beaucoup, les secondes sont longitudinales, elles se doublent, elles se triplent, je ne mc considère pas très effaré du temps.

— Vous nous avez dit que vous avez trouvé chez vous les mœurs chavirées pendant un an; qu’entendez-vous par là?

— Les mœurs à moi dans ma pensée doit être rancies au début majorées de ces trois ans d'établissement en ce lieu. Chavirées, anormales par double identité, par symptômes de traces d’allures, les invariables, les compléments, les superflus. Je ne cherche pas à savoir qui m'a fail mettre ici, c'est la Madeleine, c’est la conscription départementale. ; :

Le malade donnant des signes nombreux d’impatience et devenant irrilable, notre interrogatoire doit être interrompu.

Mots inducteurs :

Feullle Eee, .. Buvard.

rod. > A Frais.

Pierre serie Il n’y en a aucun.

CAC ELA EN ENEE Bruiner.

GATCON RER ANE .. Fillette.

Blancs ET Res blanc.

MÉRITE t Je ne sais pas.

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