‹ La Démence PrécoceChapitre 6 sur 21 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Lorsque M. le professeur Abadie nous suggéra l'étude de la démence précoce à forme simple, nous avions craint un instant de manquer de matériaux pour mener à bonne fin ce travail. Mais si les cas purs sont peut-être plus fréquents dans les établissements privés que dans les asiles publics, nous avons pu cependant recueillir des observations typiques qui nous ont amené à élargir le problème et à rechercher d'abord la place nosographique de cette variété par rapport aux cas beaucoup plus complexes habituellement observés.

On ne nous pardonnerait pas un rappel, même sommaire, de l'historique de la démence précoce en général dont l'exposé se trouve dans tous les ouvrages classiques.

Mais puisque nous voulons arriver à découvrir si l'essentiel du syndrome existe, dépouillé du superflu, dans la forme simple, il nous paraît nécessaire de présenter une revue critique sommaire des théories très dissemblables qui servent à des écoles distinctes à défendre l'existence du syndrome.

Un certain nombre d'auteurs français ont accemmodé leur ancienne conception des démences vésaniques avec la description nouvelle. Surtout cliniciens — comme Kræpelin luimême— ils ont volontiers rapproché les stéréotypies, Les automatismes, les suggestibilités, les négativismes, etc., que ces manifestations fussent précoces où tardives, qu'elles parussent d'emblée ou qu'elles fussent précédées d'une longue période délirante.

Un lien pathogénique sembla offert par l'élément dégénératif, et la démence précoce, voici vingt-cinq ans, était considérée chez nous comme l'expression plus ou moins rapide de la dégénérescence mentale. Malheureusement, la signification du mot dégénérescence restait bien vague : porteurs de tares accidentelles de l'individu ou de ses ascendants, les dégénérés de Morel sont assez différents de ceux de Magnan qui se caractérisent par des symptômes psychologiques (vbsessions et impulsions),

Lorsque l'œuvre de Pasteur fut devenue populaire, la pathologie microbienne se généralisa en psychiatrie et à côté d'entités très solides comme la paralysie générale et la confusion mentale on voulut rattacher les évolutions dites démenticlles des psychoses à des séquelles toxi-infectieuses. Le professeur Régis s'est affirmé en l'espèce un chef d'école très écouté. Actuellement,on tend de plus en plus à distinguer Les pseudo-démences précoces post-confusionnelles d'un syndrome beaucoup plus fréquent et où cette étiologie objective manque constamment.

L'École de Bleuler semble considérer l'activité psychologique comme une énergie en sor, capable, si elle est modifiée en qualité on en quantité, de troubler les opérations conscientes ullérieures. Cette énergie, à la fois cause et effet, après avoir prétendu expliquer le refoulement de Freud, aboutit aux schitzophrénies si compréhensives qu'elles englobent toute la psychiatrie, à l'exception des maladies de l'encéphale. Cette diffluence suffit à juger une méthode. En ce qui nous concerne, nous nous trouvons exactement à l'opposé des psychanalistes, puisque nous cherchons à resserrer le problème nosographique

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à l'extrême, au lieu que les Suisses étendent leur synthèse à toutes les analogies connues ou supposées.

Une autre tendance s’est affirmée au sein de l’école de Braqueville, d'où est sortie « La psychiatrie du médecin praticien » de Dide et Guiraud. Ces auteurs, auxquels il faut joindre Minkowski, soutiennent que la démence précoce représente une maladie constitutionnelle de l'élan vital. Us s'éloignent autant que possible de ceux qui abordent le problème du côté intellectuel, ils admettent que la condition nécessaire et suffisante de l'affection réside dans une désharmonie évolutive survenant à la puberté et frappant d'abord le système nerveux végétatif dans ses ganglions et ses voies cérébro-spinales. De façon à faire disparaître un terme qui consacre une notion discutable de démence (les opérations intellectuelles sont longtemps conservées) et une nobion variable de précocité, ils ont voulu exprimer le défaut d'élan psychogénétique par le terme d'athymhormie : 4, privalif; Üvuos, esprit; oouaety, s'élancer, perte de l'élan de l'esprit. Il ne s'agit pas là d'un néologisme banal, mais d'une volonté d'expression aussi adéquate que possible.

Ce résumé succinct nous amène à une conception de la démence précoce où peuvent manquer tous les épiphénomènes psychologiques (délires hallucinatoires), moteurs (négativisme, stéréotypie, suggeslibilité, attitudes catatoniques ou parkinsoniennes (1), elc.), érophiques (pseudo-œdème, asphyxies, érythèmes, mélanodermie, troubles du métabolisme, etc.), mais où le syndrome minimum nécessaire (défaut d’aclivité spécifique et indifférence affective) permettra de retrouver l'essentiel morbide. |

Dès lors, le problème de la démence précoce simple domine toute la nosographie de l'affection, et nous nous permettons d'exprimer à notre président de thèse nos respectueux remerciements pour nous avoir placé devant un des points cardinaux de la psychiatrie.

(1) Dide, Lafage el Guiraud, Syndrome parkinsonien duns la dénen e précoce, Revue neurologique, 1921, 1er semestre, p. 692,

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