‹ La Démence SénileChapitre 23 sur 37 · PR TRE · texte numérisé non relu

PR TRE

Errie

D. Quel âge avez-vous ?

R. Je ne peux pas vous le dire, j'ai oublié de le demander à mes parents.

Dites-le à peu près.

Je suis surprise... Je ne sais pas.

En quelle année êtes-vous née ?

Je n’en sais rien.

Quel âge a votre père?

. Je n'en sais rien. Mon Dieu!... Mon Dieu!!

Est-il bien portant ?

Oui, pour le moment.

Mais il est mort.

Mais non, on ne me l’a pas dit.

Est-il vieux ou jeune ?

Il n’est pas jeune, il est entre les deux âges. [l a 90 ans au moins ?

Il n’a pas plus de 60 ans.

Et votre mèré ?

Elle est morte, je ne l'ai pas connue.

Quel âge pensez-vous avoir ?

Trente ans.

Vous plaisantez, vous en avez 60 au moins!

Je ne le pense pas.

. Vous avez les cheveux gris!

Mon père les avait aussi.

Mais vous êtes une vieille femme !

Mais non, je ne suis pas vieille (et la démente s’excite un peu, parce qu'elle croit que nous voulons l'insulter ; elle est toujours coquette).

D. Quand avez-vous quitté vos parents ?

RH: ya 6 mois.

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Êtes-vous mariée ?

Je ne vis pas avec mon mari.

Comment cela ?

Il m'a quittée.

Il y a combien de temps?

Il y a 6 mois.

Les jours suivants, la malade nous dit qu'elle a habité avec ses parents les villages de Belleau et de Villers, qu’elle n’a plus que son père et sa tante, qu'elle irait ces jours-ci à Villers pour demander de leurs nouvelles ; elle y serait allée plus tôt, mais elle a peur de se salir, vu le mauvais temps. Elle n'a rien à reprocher à son mari, mais 1l ne s'est pas conduit envers elle comme 1l devait le faire. « Je ne lui faisais pas de mal, ajoutait-elle, je ne sais pas ce qu'il voulait de moi ; il gagnait passablement, mais ne me donnait rien; je ne lui en veux pas de ce qu'il ne vient pas vivre avec moi. » Il ne peut cependant venir ici! répliquions-nous. « Mais si, répondait la démente, c’est un homme, il a la responsabilité du loyer. »

Comme on le voit, l'amnésie progressive a détruit chez la démente les souvenirs des faits qui se sont passés depuis le départ de son mari; elle revoit ces faits tels qu'ils existaient à cette époque et conforme ses idées au milieu dans lequel elle vivait alors.

Des notions acquises dans sa jeunesse, il en reste très peu. Elle ne se souvient plus du nom de la capitale de la France. La faculté arithmétique est diminuée; seuls les calculs simples sont possibles. La malade compte jusqu à 100 et au-delà ; elle sait encore combien font 2+2,2<2, 3+43,3><3,4 +4, 4><4 et ainsi de suite jusqu'à 8, mais, et ce fait nous

Le RER

QUES En

l'avons constaté chez les autres déments, elle additionne ou multiplie difficilement, quand elle ne se trompe pas, les nombres simples et différents comme 4 +5 ou 4x<5 ou 7 <6, etc …; cest que dansle premier cas, la mémoire a peu d'efforts à faire puisque les deux nombres sont les mêmes ; dans le deuxième, tout en répétant souvent ces nombres pour réveiller dans son cerveau l'association qui se rapporte à eux, la malade en a oublié le premier, pendant qu'elle rappelle le second. Nous en avons la preuve, parce qu'à certains jours ces opérations sont possibles, alors que la mémoire est plus vive.

La lecture est encore possible : la malade lit ou plu- {ôt suit sur son livre les prières que, depuis son enfance, elle récite tous les jours par cœur. Elle ne peut plus écrire ; le tremblement prononcé de ses mains l'empêche, comme on le voit par le spécimen que nous en donnons dans la description de la démence sénile.

Les souvenirs des fait récents ont disparu les premiers ; elle ne sait, malgré tous nos efforts pour exercer sa mémoire, ni le nom, ni le but de la maison qui l’abrite, elle ignore l’année et le jour où nous sommes. Nous donnons à ce sujet les réponses qu’elle nous fait.

Quel jour sommes-nous ?

. Je ne sais pas, n'est-ce pas mercredi ?

Mais non, c'est lundi.

Ah ! oui, c’est lundi.

Et demain ?

Mardi.

Et aujourd’hui ?

Mardi.

nENSHURS

Et demain ?

Mercredi.

Et aujourd'hui ?

Mercredi.

Et demain ?

Jeudi.

Et aujourd'hui ?

R. Jeudi.

Là s'arrêtent ses souvenirs ; elle ne se rappelle ni le vendredi, ni le samedi. Ses réponses, qu'expliquent l’amnésie des paroles proférées quelques instants auparavant et le souvenir du dernier mot prononcé, nous montrent le triste état de sa mémoire.

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