Macpherson's Manual for 1867, p
70 LA DEMOCRATIE AUTOKITAIRË
la législature, à faire occuper militairement la salle de ses séances.
Sous celte rude dictature militaire, la ville prit tout à coup l'aspect d'un camp. Les hommes valides de toute condition et de toute couleur furent appelés à servir comme soldats ou comme marins; les vieillards et les infirmes formèrent un corps de vétérans affectés à un service d'ordre et à la garde des forts. Les rues retentissaient du chant de la Marseillaise el du Yankee Doodle. Les femmes applaudissaient de leurs balcons au passage des troupes ; on remarquait particulièrement les cavaliers de l'Ouest qui venaient d'arriver à marches forcées de Balon-Rouge : le général Goffee, qui les commandait, attirait les regards, d'après le témoin que nous avons déjà cité, par son aspect martial, sa stature herculéenne, et la bonne grâce avec laquelle il montait un pur sang du Tennessee.
Le 18 décembre, le général en chef passa toutes les troupes en revue et leur adressa une proclamation rédigée par Livingston et dans laquelle il faisait appel au patriotisme de tous :
« Enfants des États-Unis! disait-il, ce sont les oppresseurs de votre nouvelle exislenco politique que vous avez à combattre; ce sont les hommes que vos pères ont vaincus... Enfanls de la France ! ce sont les Anglais, les ennemis héréditaires et éternels de votre ancienne patrie, les envahisseurs de votre patrie d'adoption, qui sont aujourd'hui vos ennemis... Espagnols!
souvenez-vous de la conduite de vos alliés à Saint-Sébastien et dernièrement à Pensacola, et réjouissez-vous d'avoir une occasion de venger les brutales injures que vous ont infligées des hommes qui déshonorent la race humaine... i
Il s'adressait spécialement aux hommes de couleur que, par une première proclamation datée de Mobile, il avait appelés sous les drapeaux :
« Je vous ai appelés, disait-il, à partager les périls et la gloire des blancs vos concitoyens. J'attendais beaucoup de vous; car je connaissais les qualités qui doivent vous rendre si redoutables à l'ennemi qui vous envahit. Je savais que vous étiez capables de supporter la faim, la soif, et toutes les fatigues de la guerre. Je savais que
It LA DÉMOCRATIE AUTORITAIRE
VOUS aimiez votre terre natale et que, comme nousmêmes, vous aviez à défendre ce que Thomme a de plus cher. Mais vous surpassez mes espérances. J'ai trouvé en vous, uni à ces qualités, le noble enthousiasme qui enfante les grandes actions.
» Soldats! le président des États-Unis sera informé de votre conduite dans l'occasion présente et la voix des représentants de la nation applaudira à votre valeur comme votre général applaudit aujourd'hui à votre ardeur.
» L'ennemi est proche. Ses voiles couvrent les lacs : mais les braves sont réunis; et, s'il existe entre nous des rivalités, ce sera pour mériter le prix du courage et la gloire qui en est la plus noble récompense ! »
Pendant ce temps, les troupes anglaises avaient péniblement achevé leur débarquement sur un sol marécageux et sous une pluie glaciale*. Le
1. Un des documents les plus intéressants à consulter sur c siège de la Nouvelle-Orléans est le récit très sincère et très complet qu'en a fait un des officiers de Tarmée anglaise. The Campaign of the British army at Washington and New- Orléans in the year 1814-15, by a subaltern. London, J.Marray, 1827.
garde de seii* «Bt* Incisifs r-c-^ffirr^iitû:'* pii 1* général K^^ie -êlail à df^izi ifcrss 3f TL:i!--:i>: alla TÎUe n îif jicuti axHkxxD"! 'Telk* i 'ii :è:r àt dem miU^ Ijommef réscuTis. ri. lf•^ê^ "aae îutie acharnée qoi $<* f*rc»îoii^et jiisqTi'aii mi.irïi de la Duil, il refoola TenDenji dans les l^ois qm aToisinaieDt la TÎlle. I>ès le lendemain matin, ii prit position sur une sorte d'îlot, situe entre le OeuTe et les marais, et fit établir une ligne de retrandiements qui s*élendait sur une longueur d*un mille enviri^n. L'eitrème humidité du sol ne permettait pas d'élever des remparts de terre; Jackson fit apporter, pour en tenir lieu, des balles de colon à Tabri desquelles il plaça ses troupes. De fortes batteries d'artillerie protégeaient cette ligne de défense, tandis que deux navires de guerre, qui parcouraient le fleuve, tenaient le camp ennemi sous un feu incessant. C'était dans de telles circonstances que Jackson se plaisait à déployer son énergie el sa merveilleuse activité. Il était partout, dirigeant les travaux de défense, observant les mouvomenls
74 LA DÉMOCRATIE AUTOR ITAI R K
de l'ennemi, relevant le courage de ses soldais. En même lemps qu'il pressait le secrétaire de la guerre de lui faire parvenir sans retard des armes, il demandait des fonds à la législature de la Louisiane pour l'entretien et l'équipement des renforts que venaient de lui envoyer les États de rOuest. Fidèle d'ailleurs à ses habitudes autoritaires, il refusait à cette assemblée, dans un langage ironique et hautain, toute explication sur ses plans de défense :
« Si je supposais, disait-il aux membres du comité chargés de conférer avec lui, que les cheveux de ma tête pussent savoir ce que je me propose de faire, je les couperais. Portez celle réponse et dites à votre honorable assemblée que, si un désastre vient me surprendre et que le destin des armes m'oblige à abandonner mes lignes pour rentrer dans la ville, elle pourra compter sur une session assez chaude. »
La situation de l'armée anglaise était difficile : elle campail sans abri el presque sans vivres, au milieu d'un marécage, exposée à toutes les intempéries d'une saison rigoureuse, harcelée à
ftsvte îiior* iwc Ji^ uiiua:ie*.is."5^ r •^'*•»ilI^i^^^sla•:^ï' reeûDoaîirp^ ^"il aurai: i «i^r'fc- r»*ii«ir\* ;:a Têritabie âêçe pcrar :or:er rAr:iife« iiivrlrjiiîie dans ses retranehemeiiLS îr:ipcorî<ès. U $\ prépara actrrement, àt amener de Li Qo4(e (nente pièces de gros calibre et les fit lueUre en batterie; il employa à cet effet, à défaut de tern?. de grosses barriques de sucre ti'ouvêes dans les plantations voisines et représentant une valeur de plusieurs milliers de livres sterling» l/inven* lion n'était pas heureuse ; ces bizarres matériaux n'offrirent aucune résistance aux projectiles do Tennemi * : les batteries furent presque iiumé-
1. L'emploi des balles de coton dans les retranohomoutn do Tarmée américaine ne réussit pas beaucoup luioux : lo ooloii prit feu aux premières décharges et enveloppa le» lignoM do défense d'un épais nuage de fumée : mais les romparli Ué-
diatement démontées et les troupes, dont elles devaient couvrir la marche, forcées de battre en retraite. Elles se replièrent en désordre, épuisées et découragées, et reprirent, une fois la nuit tombée, leurs anciennes positions.
Repoussé dans deux attaques successives, le général anglais résolut de tenter un effort décisif. Son plan était hardi : l'une de ses colonnes devait attaquer une batterie d'artillerie que Jackson avait fait dresser sur la rive gauche du fleuve pour couvrir sa position. Une fois maîtresse des canons, elle devait les tourner contre l'armée américaine, tandis que le corps d'armée principal dont Packenham s'était réservé le commandement donnerait l'assaut sur toute la ligne de défense. Le signal de l'attaque fut donné dans la nuit du 8 janvier, mais les ordres reçus furent mal compris ou incomplètement exécutés : la colonne chargée, sous le commandement du colonel Thornton, de surprendre la
truits par Tincendie furent presque immédiatement relevés et Ton fît usage pour les reconstruire de la terre noire et spongieuse du delta du Mississipi.
batterie de la rive gauche, ne put s'embarquer à l'heure prescrite sur les bateaux plats qui devaient la transporter, et la colonne d'assaut n'était munie, au moment de se mettre en marche, ni d'échelles, ni de fascines. Sir Edward Packenham n'en donna pas moins l'ordre du départ et conduisit les troupes placées sous ses ordres au point des lignes ennemies qu'il supposait le plus faible. Les assaillants, accueillis par le feu nourri de trois batteries américaines, trouvèrent en face d'eux les ri/lemen du Tennessee et du Kentucky, renommés pour leur bravoure et pour la précision de leur tir. Le désordre se mit dans leurs rangs : le général en chef, qui s'efforçait de les rallier, fut tué en les ramenant à l'assaut; le général Gibbs tomba à ses côtés, mortellement blessé, et le général Keene fut mis hors de combat. Le corps d'élite des Sulherland Highlanders, qui avait tenté sans échelles et sous la mitraille l'escalade du rempart, perdit cinq cents hommes ; le reste se dispersa.
En l'espace de vingt-cinq minutes, l'armée
anglaise avait été rcpoussce sans que le quart de l'armée américaine eût pris part à Taction. Les Anglais avaient perdu sept cents hommes et comptaient quatorze cents blessés et cinq cents prisonniers; ils laissaient sur le champ de bataille trois généraux, huit colonels, vingtquatre officiers, tandis que les pertes des Américains ne s'élevaient qu'à huit morts et treize blessés. La colonne de quatorze cents hommes, commandée par le colonel Thornton, avait seule réussi dans son attaque tardive : elle s'était rendue maîtresse de la batterie dont la possession aurait pu, un peu plus tôt, changer l'issue de la journée; mais, au moment où il venait d'obtenir ce succès partiel, le colonel reçut la nouvelle de la déroute de la colonne principale et de la mort de sir Edward Packenham, et le général Lambert, qui venait de prendre le commandement en chef, donna le signal de la retraite. Il ne restait après ce désastre, aux chefs de l'armée anglaise, qu'à assurer dans le plus court délai le départ et rembarquement de ces troupes décimées, démoralisées, affaiblies par
ics ÉaligTies el les priTÊiicns. U*:-n:repri>e offrait des difùcultès de plus run f i-rire. Li di>:Ance qui séfarait le camp de la flotte rîait cvn>idt^ rable ei les chemins iirjpraticaMes, Il fallut, en quelques jours et sans attirer ratîenlion de Fennemi, créer une route au milieu dos maix^cage5. Le général Lambert prit, avec une activité et un sang-froid remarquables, toutes les dispositions nécessaires. Dans la soirée du 18 janvier, il fît, comme d'ordinaire, allumer les feux el placer les sentinelles à rentrée du camp; et, sans que rien i'ùt changé à Taspect intérieur, l'évacuation s'opéra pendant la nuit, au milieu du plus profond silence.
La nouvelle ne fut connue des Américains quo dans la matinée du lendemain : uu uïédocin anglais vint apporter au quartier général une lettre dans laquelle le général Lambert recommandait à rimmanité de Jackson les blessés qu'on n'avait pu transporter. Ce dernier se rendit aussitôt au camp anglais, (il conduire les blessés dans les ambulances et laissa un détachement pour garder la position et prévenir un
retour offensif. Le reste de l'armée rentra aussitôt à la Nouvelle-Orléans, où Jackson fit demander àl'évêque catholique, M. Dubourg*, de chanter vuxTe Deum.
La cérémonie fut fixée au 23 janvier. L'armée victorieuse traversa la ville au milieu des acclamations enthousiastes de la foule qui se pressait sur son passage. Un arc de triomphe s'élevait devant la cathédrale; le sol était jonché de fleurs; des jeunes filles, rangées des deux côtés, représentaient les étals et les territoires de l'Union et en portaient les couleurs. Le général, entouré de son état-major, passa sous l'arc de triomphe, reçut une couronne de laurier que portaient des enfants et, après avoir été complimenté par l'évêque, fut conduit à un siège qui lui avait été préparé auprès de l'autel.
Il répondit aux félicitations qui lui étaient adressées en y associant l'armée et la population de la Nouvelle-Orléans.
€ Je vous rem ercie, dit-il au prélat, des prières