Mort le 12 décembre 1833, archevêque de Besançon
que VOUS offrez pour mon bonheur. Puisse avant tout le ciel entendre celles que vous inspire voire patriotisme pour notre bien-aimé pays ! Puisset-il également accueillir ceKes que je lui adresse pour votre bonheur individuel aussi bien que pour la prospérité de la congrégation confiée à vos soins! S'il en est ainsi, la prospérité, la richesse, le bonheur de cette ville seront à la hauteur du courage et des grandes qualités de ses habitants. »
La nouvelle de la défaite et du départ de l'armée anglaise arriva le 4 février à Washington, où l'anxiété était à son comble. Les dépêches rédigées par Livingston contenaient un récit détaillé des événements et mettaient habilement en lumière l'immense service que Jackson venait de rendre au pays. La foule se précipita à la Maison-Blanche pour y recevoir la confirmation d'un bruit auquel on osait à peine ajouter foi. La ville fut illuminée; le nom du vainqueur fut bientôt dans toutes les bouches; on l'acclamait comme le sauveur de l'indépendance nationale. Le Congrès se fit l'interprète de la reconnais-
sance publique en votant des remerciements au major-général Jackson et, par son intermédiaire, aux officiers et soldats de Tarmée régulière des corps de volontaires et de la milice placée sous ses ordres et en ordonnant qu'une médaille d'or, frappée en son honneur pour symboliser ce glorieux fait d'armes, lui serait offerte comme un témoignage de la haute estime du Congrès pour sa judicieuse et belle conduite dans cette mémorable occasion.
Une nouvelle plus importante encore ne tarda pas à suivre celle de la défaite de l'armée anglaise. Le gouvernement fédéral apprit le 13 février la conclusion du traité signé à Gand le 24f décembre précédent. La guerre qui avait un moment mis en question l'existence même des États-Unis était terminée, mais c'était grâce à la victoire de la Nouvelle-Orléans que l'honneur national sortait intact de cette crise. Un courrier partit de Washington, le 13 février, pour porter à la capitale de la Louisiane la nouvelle officielle de la signature du traité. Le bruit s'en était déjà répandu et avait donné lieu à
l'un des incidents les plus caractéristiques de la vie de Jackson.
Edward Livingston, qui avait été chargé de se rendre à la flotte anglaise pour négocier un échange de prisonniers, en était revenu le 15 février, annonçant, d'après un journal que venait de recevoir l'amiral Malcolm, la conclusion de la paix. Jackson en fit part à ses troupes; mais, en leur faisant connaître l'origine de cette information, il crut prudent de leur recommander la patience et de les mettre en garde contre le danger des fausses nouvelles. Cet ordre du jour provoqua des murmures dans la population, et la législature profita de cette disposition des esprits pour manifester son mauvais vouloir ordinaire en s'abstenant de mentionner le nom du général en chef dans les remerciements qu'elle adressait aux principaux officiers. Les troupes elles-mêmes avaient peine à se résigner à l'attente d'une confirmation officielle et aspiraient à leur libération, qui devait être la conséquence de la paix. Quelques soldats d'origine française imaginèrent, pour hâter le moment
8i LA DÉMOCIUTIE AUTORITAIRE
de cette libération, de s'adresser au consul de France et de se faire délivrer des certificats de nationalité française. Ce subterfuge exaspéra Jackson qui ordonna, en vertu de la loi martiale, au consul et à tous les Français non citoyens des États-Unis de quitter la ville dans un délai de trois jours et de s'en tenir à une distance de 12 milles jusqu'à la publication officielle de la ratification des préliminaires de paix. Il déclarait considérer comme citoyens des États-Unis et comme soumis au service militaire tous ceux, quelle que fût leur origine, qui avaient pris part aux dernières élections.
Cet acte arbitraire et violent souleva, comme on peut le supposer, de très vives protestations. Le Courrier de la Louisiane publia une lettre écrite en français et signée : un Citoyen de la Louisiane d'origine française, dans laquelle l'auteur s'attachait à démontrer l'illégalité de la mesure et s'étonnait que le général se fût arrogé à l'égard d'étrangers am^'s un droit que le président des États-Unis lui-même n'aurait pu exercer qu'à l'égard d'étrangers ennemis. L'au-
leur ajoutait qu'il était temps de rendre aux lois leur empire et de mettre un terme à des actes d'autorité qu'avaient pu justifier les nécessilés de la défense, mais qui, depuis la retraite de l'ennemi, n'étaient plus compatibles avec la dignité des citoyens ni avec le respect de la constitution.
Jackson considéra cette discussion de ses actes comme une intolérable rébellion. Il fit venir l'éditeur du journal et exigea de lui le nom de l'auteur de la lettre. C'était un membre de la législature, nommé Louaillier, qui s'était particulièrement distingué par son patriotisme et par son zèle pour la défense. Le 5 mars, Louaillier fut arrêté et conduit en prison. Il fil aussitôt présenter par son avocat au juge de la cour de district des États-Unis, Dominick Hall, une requête tendant à obtenir un tvrit d'habeas corpm pour faire cesser une détention illégalement ordonnée. Le juge fit droit à la requête et ordonna que le prisonnier lui fût amené le lendemain malin . A cette nouvelle, la fureur de Jackson ne connut plus de bornes : il adressa le soir
même à l'un de ses colonels un ordre daté du quartier général et ainsi conçu :
(( Ayant acquis la preuve que Dominick Hal a aidé, provoqué et excité la révolte dans mon camp, vous donnerez à un détachement l'ordre de l'arrêter et de le détenir en prison et vous me rendrez compte de l'arrestation dès qu'elle sera opérée. Soyez vigilant; les agents de nos ennemis sont plus nombreux qu'on ne le supposait ; gardez-vous des embûches.