‹ La démocratie autoritaire aux États-Unis: le général André JacksonChapitre 16 sur 31 · J.-Q. Adams, by John Morse, p · texte numérisé non relu

J.-Q. Adams, by John Morse, p

J.-Q. Adams ressentit douloureusement Tingratitude de ses concitoyens; et, au moment de quitter le pouvoir qu'il avait si dignement et si sagement exercé, il traça dans son journal ces lignes empreintes d'une mélancolie profonde :

€ Dans trois jours, je serai rendu à la vie privée et condamné dans ma vieillesse à une vie de retraite, mais non certes de repos. Je succombe sous une coalition de partis et d'hommes politiques attachés à détruire ma réputation et à diffamer mon caractère, telle que je ne crois pas qu'il s'en soit produit depuis que l'Union existe. La postérité aura peine à croire, quoique ce soit la vérité, que cette coalition qui s'est formée contre moi et qui est aujourd'hui dans l'enivrement du triomphe, n'a eu autre chose à me reprocher que d'avoir consacré ma vie et toutes les facultés de mon âme au service de l'Union, et du progrès physique, moral et intellectuel de mon pays . »

Il avait alors soixante-deux ans : il sortait de la vie publique sans espoir d'y rentrer, avec une fortune modeste qu'avait amoindrie son passage

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au pouvoir, et plus inquiet encore de la marche des événements publics qu'affligé de ses propres mécomptes. L'heure de la retraite n*élait cependant pas venue pour lui : deux années après sa sortie de la Maison-Blanche, les électeurs du Massachusetts l'envoyèrent siéger à la Chambre des représentants. L'ancien président ne s'en trouva pas diminué, et pendant dix-huit années qui furent la période la plus glorieuse de sa vie, il défendit avec un intrépide courage contre le parti esclavagiste la cause de l'Union et les vrais principes de la constitution américaine. La mort surprit à son banc comme sur un champ de bataille ce vaillant défenseur de la liberté humaine et de l'honneur national, et la fière devise qu'on grava sur sa tombe lAlteri sœculOy semble le suprême appel du vieux lutteur trah par la fortune, à la justice de la postérité et aux promesses de la vie future.

L'éclatant triomphe de Jackson fut bientôt troublé par un profond chagrin domestique. Sa femme mourut à l'IIermitage le 22 décembre 1828, au moment où elle s'apprêtait à l'accom-

pagner à Washington. Cette femme, simple d'esprit et d'allures, sans éducation, d'un extérieur négligé et d'uae apparence vulgaire, suppléait à tout ce qui lui manquait par la bonté de son cœur et inspirait autour d'elle l'affection et le respect *. Son mari lui avait constamment témoigné une confiance sans bornes et un tendre attachement : il ressentit toute sa vie la douleur de sa perte. Mais, par un trait caractéristique de cette étrange nature , la vivacité même de sa douleur ne fit que raviver l'ardeur de ses ressentiments et de ses rancunes. Le souvenir des attaques qui, pendant , la lutte électorale, n'avaient pas épargné la compagne de sa vie, obsédait son esprit, et il lui semblait honorer et venger sa mémoire en poursuivant d'une haine impitoyable les hommes politiques auxquels il persistait à faire

1. Elle s'effrayait non sans raison du changement que sa situation nouvelle allait apportait dans ses habitudes, (c Je suis bien aise pour le général, avait-elle dit en apprenant son élection, mais non pour moi. » On Tensevelit ditns la robe de satin blanc qu'elle venait de se faire faire pour présider aux réceptions de la Maison-Blanche {Réminiscences of Washington. Atlantic Monthlyy avril 1880).

remonter la responsabilité de ces attaques.

Ce fut dans ces dispositions d'esprit qu'il se rendit à Washington. Dès son arrivée, la foule se pressa à THôtel National, oii il était descendu pendant que le vide se faisait à la Maison- Blanche. Rompant avec un usage de courtoisie constamment suivi, Jackson s'abstint de rendre visite à son prédécesseur. Adams, justement blessé, refusa d'assister à la cérémonie d'inauguration, et se retira la veille chez un ami qui habitait un faubourg de Washington.

L'inauguration eut lieu, le 4 mars 1829, par une splendide journée de printemps, au milieu d'une prodigieuse affluence. Le Capitole était comme battu par les flots d'un océan humain que dominaient la haute taille et la tête grisonnante du nouveau président. « Je n'ai jamais vu pareille foule, écrivait Webster; il y a des gens qui sont venus d'une distance de 500 milles pour voir le général Jackson et ils paraissent convaincus que le pays vient d'échapper à quelque effroyable danger. » La cérémonie affecta un caractère militaire inaccoutumé : une troupe

de vétérans de la révolution escortait le héros de la Nouvelle-Orléans comme une sorte de garde d'honneur : la musique militaire et les salves d'artillerie se mêlaient aux bruyantes acclamations de la multitude. La foule suivit le président jusqu'à la Maison-Blanche et s'y précipita avec lui. Chacun voulait contempler ses traits et lui serrer la main. Emporté par le torrent populaire, Jackson se trouva jeté contre un mur et y eût été littéralement étouffé si quelques amis ne l'eussent protégé contre ces manifestations d'un enthousiasme indiscret en lui faisant un rempart de leur corps. Ces courtisans d'une nouvelle espèce laissèrent sur les meubles de soie de la demeure présidentielle les empreintes de leurs bottes crottées, mirent en pièces la porcelaine et les cristaux, et vidèrent à la santé du président des tonneaux de punch qu'on apporta dans le vestibule.

Jamais la Maison-Blanche n'avait été le théâtre de semblables scènes. C'était la prise de possession du pouvoir par les nouvelles couches sociales qui fêtaient leur avènement : c'était,

suivant l'expression d'un des plus nobles esprits et d'un des meilleurs patriotes de ce teinps,le juge Story, t l'intronisation de la populace, le triomphe du roi Mob » !

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