‹ La démocratie autoritaire aux États-Unis: le général André JacksonChapitre 17 sur 31 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Le cabinet ofliciel du président Jackson et le Kitchen cabinet. — Le système des dépouilles. — Les fonctions publiques aux États-Unis. — Le message de 1829. — Le privilège de la banque nationale. — Opposition du Sénat.

Le discours d'inauguration de Jackson, que Benlon qualifie, avec son enflure habituelle, de € charte des principes démocratiques », n'était en réalité, qu'une œuvre insignifiante et banale. On y remarqua toutefois une adhésion publique donnée par le nouveau président aux doctrines du parti dont il était l'élu, sur la question des améliorations intérieures et sur celle du tarif;

un passage assez inattendu dans lequel il proclamait la nécessité de subordonner l'autorité militaire au pouvoir civil; enfin une phrase pleine de menaces pour tous ceux qui occupaient des fonctions publiques, dans laquelle il insistait sur les droits du pouvoir exécutif et sur € la tâche réformatrice » qu'il \\f\ appartenait d'accomplir.

Le choix des membres du nouveau cabinet n'était pas de nature à jeter une bien vive lumière sur la politique qu'ils allaient servir. Le poste le plus important, celui de secrétaire d'État, c'est-à-dire de ministre des afiaires étrangères, fut donné à l'habile politicien de New- York qui avait si bien conduit la campagne électorale. Martin Van Buren, qui n'était ni un orateur ni un homme d'Etat, avait, à défaut de talents supérieurs, tous les dons secondaires qui assurent le succès dans les coulisses de la pohtique. Ce petit homme, d'une politesse exquise, d'une rare correction de tenue et de langage, d'un tact qui ne se démentait jamais, attirait et tenait sous le charme ceux dont il

recherchait le concours ou l'appui. 11 joignait à une grande finesse d'observation une merveilleuse connaissance des côtés faibles de la nature humaine et possédait au suprême degré l'art de les exploiter au profit de ses idées ou de ses intérêts. On l'avait surnommé le Petit MagicieUy et il ne lui déplaisait pas de s'entendre appeler par ses flatteurs le Talleyrand américain. Ses collègues étaient des hommes sans notoriété et de médiocre valeur, assez habilement choisis d'ailleurs au point de vue de la répartition des grands emplois publics entre les différentes parties de l'Union. Les fonctions de secrétaire de la trésorerie, les plus importantes après celle de secrétaire d'État, furent confiées à Samuel Ingham, homme d'affaires expérimenté, mais membre peu marquant du congrès, dont Jackson voulait récompenser les services électoraux dans l'état dePensylvanie.Deux sénateurs du Sud, choisis comme Ingham parmi les amis perisonnels et poHtiques de Calhoun, John Branch, de la Caroline du Nord, et John M. Berrien,delaGéorgie,furentnommés,run secrétaire

de la marine; Taulre attorney gênerai. Le président donna le portefeuille de la guerre à l'un de ses familiers, le major Eaton, riche propriétaire venu de la Caroline du Nord dans le Tennessee. 11 compléta le cabinet en y faisaat entrer le postmaster-general^ qui jusque-là n'en avait pas fait partie. Mac Lean, qui occupait ce poste important sous l'administration précédente, s'était, malgré sa situation officielle, déclaré ouvertement en faveur de la candidature de Jackson. iMais la répugnance qu'il manifesta pour une épuration du nombreux personnel placé sous ses ordres détermina le nouveau président à lui offrir un siège à la cour suprême et à lui chercher un successeur moins scrupuleux. Son choix se porta sur William Barry qui, après avoir été le partisan de Clay, était devenu, au moment de l'élection présidentielle, un de ses adversaires les plus acharnés dans Tétat de Kentucky.

Sous le régime américain, qui n*admet pas la responsabilité ministérielle, le cabinet n'a ni rôle constitutionnel ni existence légale. Toutefois

les rapports du président des États-Unis avec leurs ministres ont varié suivant les époques et suivant les hommes. Washington, encore pénétré des traditions de la mère patrie, réunissait fréquemment les membres de son conseil, les consultait sur des questions de politique générale et se conformait à l'opinion de la majorité. Jackson adopta une ligne de conduite tout opposée. Il réduisit les ministres au rôle de chefs de services administratifs, cessa de les réunir, et traita avec chacun d'eux individuellement les affaires de son département.

Mais, à côté de ce cabinet dépourvu d'autorité et d'unité, il avait constitué un véritable gouvernement occulte, qui est demeuré célèbre dans l'histoire politique des États-Unis sous le nom de kitchen cabinet (cabinet de cuisine). Les membres de ce comité dirigeant, qui exerça sur la marche des affaires publiques une influence prépondérante, étaient des politiciens ou des journalistes, auxquels Jackson attribuait à bon droit une large part dans la victoire électorale qu'il venait de remporter. C'étaient le major

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Lewis, DuffGreen, Ames Kendall et Isaac Hill. Lewis avait, ainsi que nous l'avons dit, déployé pendant cette campagne une science consommée de la tactique électorale et une rare habileté dans le maniement des hommes. Sincèrement attaché à Jackson et médiocrement ambitieux, il s'apprêtait à retourner dans sa propriété du Tennessee, lorsque le président insista pour le retenir à Washington et l'y fixa en le nommant second auditeur de la trésorerie. Duff Green était le rédacteur en chef du Télégraphe des États-Unis, Il était particulièrement dévoué à Calhoun, auquel il resta constamment fidèle, mais son journal avait soutenu avec autant d'énergie que d'éclat la candidature de Jackson et était devenu l'organe officieux de la nouvelle administration. Amos Kendall était la personnalité la plus brillante de ce petit cercle. Il avait été autrefois précepteur dans la famille deClay; il lui avait des obligations d'argent et l'avait payé d'ingratitude. Ce fut pour Jackson une raison de se l'attacher, et Kendall, qui rédigeait l'Arjfiw de Frankfort, contribua plus que personne à lui

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conquérir la majorité dans l'état de Kentucky. C'était un politicien dépourvu de tout scrupule, mais d'un incontestable talent. Miss Martineau, qui le rencontra en 1836, le représente comme un des hommes les plus remarquables de l'Amérique : « On le regarde, dit-elle, comme la cheville ouvrière de l'administration : on croit que c'est lui qui pense, qui projette et qui fait tout, mais tout cela dans l'ombre... C'est incontestablement un homme supérieur. Il réunit à son grand talent pour le silence une prodigieuse audace*. » Isaac Hill était, comme Kendall, originaire de l'état de Massachusetts. Son enfance s'était écoulée dans un atelier d'imprimerie. 11 s'était établi dans le New-Hampshire, y avait tour à tour tenu une table d'hôte et dirigé un journal, et avait conquis pied à pied aux doctrines démocratiques cet état qui avait été longtemps la forteresse du fédéralisme. C'était un personnage jaloux et haineux, indifférent au choix des moyens, uniquement préoccupé du succès et prêt

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