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La Démocratie devant l'enseignement catholique Cas de conscience. Seconde série

Dans le cours de l’année 1 847 , uous avons publié des (as de conscience à propos des libertés exercées ou réclu ruées par les catholic/ues. Dans cet ouvrage, nous avons dit à la royauté constitutionnelle ce que nous croyions être la vérité. Nous ne lui avons dissimulé ni ses devoirs, ni ses torts, ni les dangers vers lesquels elle se précipitait.

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Nous avons surtout alors signalé , comme le plus imminent, un péril que l’on croyait généralement être encore fort éloigné. Nous avons annoncé l’invasion prochaine du communisme. « Il s’agit, disions-nous, « d’un système bien arrêté , bien complet , et très-bien « compris de tous ceux qui en poursuivent l'exécute tion : système dont presque tous les journaux irré- « ligieux sont le programme , dont presque tous les a romans modernes sont le tableau (I) , dont toutes les « mauvaises passions sont le mobile , dont l’orga- « nisation du travail est le mot d’ordre , dont le foute riéristoe est l’utopie , mais dont le communisme , « en ce qui regarde surtout les propriétés, est le but « réel, distinct et pratique.

« On chercherait vainement à se le dissimuler, ce « système est vivant dans les entrailles de la France : « chaque jour , on sent qu’il s’accroît, qu’il se déve- « loppe , qu’il passe de l’obscurité des théories dans « la région des faits , qu’il marche enfin , personnifié « dans des millions d’hommes, comme une armée « formidable contre toutes nos institutions. Voilà l’é- « tat des choses. »

Cet état de choses, dont l’expérience a fait voir l’effroyable réalité , les pouvoirs d’alors le méconnurent; ils dédaignèrent nos avertissements; ils per-

(t) Nous mettons an' nombre de ces romans certaines histoires récentes de la révolution française , qui n’ont de réel que les noms propres et les événements matériels, mais dont tonte la morale et tous les portraits appartiennent évidemment au romantisme du plus mauvais genre. (Cas de consc., 1847, Appendice sur le communisme.)

sévérèrent dans une voie aussi coupable devant Dieu qu’imprudente devant les hommes, jusqu’au moment où l’ouragan populaire vint les saisir dans la sécurité de leurs forces, et les emporta comme une feuille desséchée.

Une situation nouvelle nous étant faite, de nouveaux devoirs nous sont imposés.

Nous avons dit, dans nos premiers Cas de conscience, ce qu’étaient nos institutions constitutionnelles au point de vue de l’enseignement chrétien. Nous avons dit ce que les catholiques pouvaient faire et ce qu’ils devaient éviter, dans ce système de libertés civiles auquel l’Eglise se trouvait mêlée, non pour la première fois, mais dans des conditions nouvelles.

Maintenant, nous avons à dire ce qu’est, en présence du même enseignement, notre état républicain ; ce que, nous catholiques, nous devons penser de Certains mots et de certaines choses; ce que les pouvoirs du jour nous doivent, et ce que nous leur devons; dans quelles limites enfin , au milieu de ce débat entre un passé compromis et un avenir inconnu , nous pouvons et nous devons nous mêler au mouvement social.

La révolution do février s’est faite en vertu du principe de la souveraineté du peuple ; et c’est encore uniquement d’après ce principe que tout se constitue et se gouverne depuis cette époque. On a dit que cette souveraineté était de droit divin , qu’elle était abso-

lue , qu’elle était au-dessus de toutes les autres. Qu’y a-t-il de vrai dans ces allégations? Qu’estrce que la souveraineté du peuple au jugement de l’enseignement chrétien ? qu’est-elle considérée comme un droit ? quelles sont ses conséquences légitimes? quelles sont ses limites?

Cette révolution a pris pour sa devise trois mots originairement empruntés à l’Évangile. Le sens politique qu’on leur donne est-il toujours évangélique? n’est-il pas souvent tout le contraire de ce que l’Évangile a dit et voulu ?

Nous ne parlerons pas de l’abus évidemment sacrilège et grossièrement scandaleux que l’on fait quelquefois des noms les plus sacrés , même dans les orgies les plus dégoûtantes. Dans cet écrit, comme dans le précédent, nous nous adressons aux catholiques que nous croyons sincères, mais que nous soupçonnons abusés.

Un des premiers devoirs de l’apostolat catholique, c’est de conserver intact le dépôt de la foi ; et le grand Apôtre , en nous le recommandant , nous avertit que ce qui est surtout à craindre pour la saine doctrine, ce sont moins les blasphèmes formels et les impiétés grossières , sur lesquels personne ne se méprend , que certaines interprétations et certaines nouveautés qui, tantôt sous des dehors de science, tantôt sous des motifs de perfection, détournent les esprits et les cœurs de la véritable voie.

Aussi , ce que le Fils de Dieu signale dans les faux

prophètes, c'est qu’ils se couvrent de peaux de brebis, bien qu’i!s soient au fond des loups ravissants (1); et ce qu’il veut que nous sachions spécialement sur l’ange des ténèbres , c’est qu’il se transforme en ange de lumière (2).

Assurément, plus que personne nous rendons justice à la pureté d’intention des catholiques qui ont , depuis la révolution de février, identifié le christianisme avec la démocratie; ils ont cru sincèrement que c’était une bonne fortune pour la religion. Leur plus grand tort est peut-être d’avoir pensé que l’Église de Jésus-Christ avait besoin, dans nos temps modernes, d’être appuyée sur le système politique auquel ils présument qu’appartient l’avenir des peuples, oubliant que l’Église, divinement fondée, n’a besoin pour se soutenir d’aucun système humain ; qu’elle ne peut pas plus vouloir désormais s’appuyer sur la démocratie , qu’elle n’a pu vouloir autrefois s’appuyer sur la monarchie ; que les républiques aussi bien que les rois seraient coupables si elles pensaient que c’est sur elles que la religion repose, puisque, même sous la loi figuiative, Dieu punissait, en le frappant de mort , celui qui voulait de son bras de chair soutenir l’arche sainte (3).

(1) AUendile a falsis prophète, qui veuiunt ad vos in v estimante ovium, intrinsecus autrui sunt lupi rapaces (Matth., vu, 15).

(2) Ipse uni in Salamis transfigurât se in angelum lucis (2 Cor., xi, 14).

(3) Extendil Oza manum ad arcain Dei... iratiisque est indignatione Doniiuus contra Ozam , et percussit eum super temeritate : qui morluns es! ibi juxta arcam Dei (2 Reg., vi, 6, 7).

Quoi qu’il en soit, au milieu du fracas de tant de ruines, du soulèvement de tant de projets, dq tumulte de tant d’opinions opposées dans lesquelles l’Évangile est invoqué si hautement et si contradictoirement , nous avons cru entendre le grand Apôtre nous adresser ces paroles : O Timothee , depositurn custodi, devitans profanas vocum novitates et opposiliones J'alsi nominis scientiœ ; et c’est pour cela que noue élevons la voix.

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