V. Huxley, L'’Évol., p
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traire, par l’action des variations individuelles données dès la naissance et triées par la lutte. En étendant ce concept de lutte non plus seulement aux rapports des organismes entre eux, mais aux rapports des parties et même des germes de l'organisme, on se faisait fort d'éclairer tous les apparents caprices de l’évolution. Le principe de Darwin prenait ainsi le premier rôle, au détriment des principes de Lamarck.
Mais le reflux ne s’est pas fait attendre. La critique s'est exercée sur l’idée même de sélection, et les objections se sont multipliées. On a observé que la sélection naturelle n’agit pas, ne saurait agir seule, et que nombre de forces collaborent avec elle pour lui permettre d’être efficace, ou pour la rendre moins nécessaire. « Une grande obscurité, disait Cope, est née de cette croyance que la sélection naturelle peut créer quelque chose. » Elle ne peut jamais que conserver des variations antérieurement données. Son action est donc négative plutôt que positive, limitative plutôt que productive. Il faut la classer, dira M. Giard, parmi les facteurs secondaires, non parmi les facteurs primaires de l’évolution.
Et, en effet, on se rend compte que l’action spécifiante et améliorante de la sélection reste, dans le système de Darwin, malaisée à concevoir. Suffit-il, pour qu’elle opère, que sur le champ des petites variations insensibles ou indéterminées, produites dans tous les sens par les hasards de la naissances, passe le vent des forces aveugles de la nature ? On nous assure qu'elles sauront choisir, éliminer les mauvais germes et retenir les bons.
N'est-il pas à craindre bien plutôt qu’elles n’éliminent sans distinction et par grandes masses toutes sortes de germes bons où mauvais ? En fait, c’est surtout dans le jeune âge, et
avant qu'ils aient pu développer leurs puissances diverses que
1. Cf. Cope, Fittest, p. 15, 174. Thomson, art. cité, p. 23. Giard,
art. cité, p. 646, Cuénot, art. cité, p. 267.
les êtres sont exposés aux coups de la nature. Elle ne tient nul compte alors de ce qu’ils promettent. C’est sans dislinction qu’une nuit de gelée inattendue brûle les jeunes plantes. C’est sans distinction que les cétacés engloutissent les œufs de morues. Ici encore le hasard règne en maître, et il n’est pas vrai que, par les coupes sombres ainsi opérées, seuls les moins aptes soient exterminés ‘,
De même, il n’est pas vrai que les plus aptes soient toujours spécialement respectés. Si la variation est très petite, elle a toutes les chances de rester inutile : elle ne protège nullement son porteur. Nœgeli a montré depuis longtemps qu’un infime allongement du cou, tel qu’en suppose la théorie darwinienne, ne saurait constituer pour les girafes aucun avantage sérieux. En temps de disette, ce ne sont pas celles qui auront le cou moins long de quelques centimètres, ce sont les plus Jeunes, indistinctement, qui sont les plus exposées à périr ?. De même, quand la célérité du faucon est si démesurée par rapport à celle des grouses, soutiendra-t-on qu’un vol un peu . plus rapide fera survivre, parmi celles-ci, quelques échantillons privilégiés ?
Au vrai le rôle de la sélection naturelle n’est pas de trier ces petites variations insensibles, il est seulement d’éliminer les variations extrêmes. Seuls les originaux, Ceux qui ne présentent pas à un degré suflisant les caractères adaptatifs de l'espèce, tombent presque sûrement au rebut. Suivant la théorie de Pfeffer *, les espèces sont dans un état d’équilibre stable, tant pour le nombre que pour les caractères de leurs représentants. La concurrence et la sélection n'ont d’autres effets que de rétablir cet équilibre dès qu'il tend'à se déranger. La majorité des biologistes serait ainsi convain-
1. Cf. Coe, Nature, p. 58. Conn, Method, p. 72. Headley, Problems, 113. |
FS Delage, op. cil., p. 377.