‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 123 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ea lutte pour la vie n’est pas toujours ouvrière de progrès: en tous cas elle n’est pas l'unique ouvrière du progrès. C’est ce que nous a démontré une rapide revue des résultats récents de la biologie.

Cette démonstration ébranle déjà le pessimisme naturaliste qu’on oppose aux aspirations démocratiques; nous avons constaté que, sur le terrain par lui choisi, dans le monde animal même, les faits sont loin de justifier en tout et pour tout ses conclusions décourageantes.

Mais en outre, et indépendamment de ces restrictions préalables, la méthode du darwinisme social, qui consiste à transposer pour les appliquer à notre histoire les lois dégagées de l’évolution animale, n'est-elle pas sujette à caution ? Nous avons déjà vu, en examinant l'apologie naturaliste de la différenciation, combien il était dangereux d'oublier les phénomènes propres aux sociétés humaines et les modifications qu'ils imposent à tous les termes des problèmes. L’apologie naturaliste de la concurrence ne prète-t-elle pas aux mêmes équivoques P

Nous savons bien qu'ici l’on ne se paie plus de métaphores et que le darwinisme atteint l’homme, pour le réintégrer dans la nature, plus directement que la théorie organique. Il a systématiquement diminué la distance que la philosophie

spiritualiste maintenait entre l’animal et nous. Pour rabattre notre orgueil il a repris à son compte la parole de l'Évangile : : « Celui qui est abaissé sera relevé, celui qui est élevé sera rabaissé. » ILa montré par exemple ue, bien loin que les animaux fussent de purs automates, les facultés mentales développées chez l’homme apparaissaient déjà, au moins sous une forme rudimentaire, chez certains d’entre eux, et qu'inversement, sous une forme rudimentaire, certains organes développés chez les animaux survivent encore chez l’homme. D’une manière plus générale, l’homme n'est-il pas construit sur le même plan que ses prédécesseurs ? C’est après les mêmes processus qu'il est né, et après les mêmes qu’il mourra*. C’est par la même sélection des variations favorables que sa race se perfectionne. La même loi de progrès lui impose donc la même nécessité de souffrance. Ce « dieu tombé » n'est en vérité qu'une. brute qui monte, et il ne saurait se soustraire à la dure pression qui seule détermine l’ascension des brutes. Il est soumis, nous dit Darwin?, « aux mêmes maux physiques que les autres animaux ; il n’a donc aucun droit à l’immunité contre ceux qui sont la conséquence de la lutte pour l'existence ».

Combien 1l était opportun de réagir ainsi contre le splendide isolement où le spiritualisme risquait de confiner l’humanité, personne ne le conteste aujourd’hui. C’est par le succès, c'est par les conquêtes de toutes sortes, scientifiques et pratiques, que ce mouvement enveloppant de l’évolutionnisme a prouvé sa légitimité ; et ces conquêtes ne sont encore que des points de départ. Toutefois, à quelles confusions aussi de pareilles « réintégrations » exposent, c’est ce qu'on peut dès maintenant pressentir:. À voir les conséquences que quelques-uns en dégagent, il est permis de

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