‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 21 sur 161 · Vorträge über Descendenztheorie, I, p · texte numérisé non relu

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vation : ce monde artificiel leur semblait sans doute incapable de révéler les lois naturelles. Darwin a le mérite de ne rien négliger au contraire de ce que lui révèle l'expérience des cultivateurs ou des éleveurs, et en ce faisant, il n’est pas étonnant qu'il ait renouvelé la science naturelle : ïl la mettait ainsi à l’école de la méthode expérimentale.

Qu’y a-t-1l donc, dans les enclos de l’homme, qui frappe l'attention des naturalistes? C’est la présence de variétés de plus en plus divergentes et de plus en plus perfectionnées, descendues d’une souche commune. Par exemple les races de canards ou de lapins, de pigeons ou de chevaux vont chaque jour se différenciant, et 1l semble que cette différenciation puisse, au gré de l’éleveur, porter sur tous les organes, et jusque sur la conformation du squelette et du cerveau *. D'où vient cette « baguette magique » qui semble permettre à l’homme d’appeler à la vie la forme qu’il lui plaît?

L'homme ne crée rien, mais 1l peut choisir partout. Aucun des individus que produit la nature n’est absolument semblable aux autres. En retenant, pour en multiplier les exemplaires, ceux qui présentent à quelque degré le caractère ou la forme que son intérêt ou ses goûts demandent, l’homme devient capable de façonner les races. Son pouvoir sélectif tient à ce qu'il sait accumuler, pendant des générations, des variations de mème sens. La sélection résulte donc ici d’une collaboration de la nature et de l'intelligence. La nature fournit les types que l'intelligence trie, conformément à l'idéal qu'elle s’est fixé.

Mais là où il n’y a personne pour fixer l’idéal, comment le tri peut-il s’opérer ? Comment cette sélection artificielle peut-elle, par suite, nous aider à comprendre le processus de la sélection naturelle? On voit bien que la nature n'attend pas l’homme pour produire des individus différents

1. Darwin, Origine, p. 20-29. Weismann, Vorträge, p. 36-406..

les uns des autres; elle multiplie sans doute à chaque instant des variations indiscernables pour nous. Mais d’où: viendra, sans nous, le signe de rédemption: ou: de: condam:nation qui doit retenir les uns pour la survie et rejeter les autres à la mort?

C'est encore, comme l’on sait, une idée dictée: par l’observation de l'humanité qui devait ici guider Darwin. La population croît plus vite: que les: subsistances, avait dit Mäalthus. « Un: homme qui naît dans un:monde déjà occupé, si sa famille n’a pas le moyen de le: secourir et'si la société n'a pas besoin de son travail! n’a pas le moindre droit à ré: clamer une portion quelconque de nourriture :: il est réellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la: nature, il n'y à point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s’en aller, et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. » Malthus indiquait déjà que la même loi se vérifie chez tous les êtres vivants. Ils manifestent tous «une tendance constante à accroître leur espèce plus:que ne le comporte là quantité de-nourriture qui est à leur portée. La nature à répandu d’une main libérale les germes de la vie dans les deux règnes, mais elle x été économe de: place et d'aliments ».

« L'idée me frappa, écrit Darwin', que dansces circonstances les variations favorables tendraïent À être: préservées, tandis que d’autres moins privilégiées seraient détruites. » La loi de Malthus, « appliquée à tout le règne animal et végétal? », le conduisait donc naturellement à la théorie de la concurrence vitale. Résultant de la disproportion: entre la quantité des aliments et la’ quantité des’ êtres, la lutte universelle apparaissait comme une nécessité bienfaisante.

Et en effet si la nature n’enrayait leur progression, les

1. Vie et Correspondance de Ch. Darwin, I, P- 86. 2. Origine; p. 4.

j espèces même les moins prolifiques auraient vite fait de

remplir le monde de leur postérité. Sans parler des animaux remarquablement féconds, comme les carpes, dont une seule suivant Weismann procréerait jusqu'à 100 millions d'œufs, Wallace a calculé, en mettant les choses au minimum, que la postérité d’un seul couple d'oiseaux s’élèverait en 15 ans à presque 10 millions d'êtres. Darwin démontre de même que les descendants d’un couple d'éléphants ne seraient pas moins, au bout de 5oo ans, de 15 millions. C’est cette prodigalité même de la nature qui lui fait de la cruauté une loi. Un milieu limité ne saurait nourir un nombre illimité d'êtres. L’élimination est le contrepoids fatal de la surproduction. Mathématiquement, « la formation d’un nouvel individu, dit M. Le Dantec?, est subor donnée à la mort d’un ou de plusieurs individus préexistants »

Mais si cette nécessité est bienfaisante, c’est que cette lutte universelle doit tirer fatalement hors de pair et assurer le triomphe des types les mieux doués, des plus forts, des meilleurs. Parmi les dispositions variées que les individus apportent en naissant, les unes sont utiles, les autres nuisibles ; le mauvais sort tombera naturellement sur le plus faible. D'une troupe de louveteaux, les plus agiles, en temps de disette, raviront les premiers la proie fugitive, et les autres périront d’inanition. D'une portée de COqS écossais, ceux dont les couleurs se confondent le moins facilement avec celles des bruyères seront les plus vite aperçus par lœil perçant du faucon : ils sont les victimes désignées. Ainsi les races s'épurent et se perfectionnent. Væ victis! Pour le plus grand bien de lespèce les individus les plus aptes doivent survivre seuls.

C'est par cette considération que Darwin se rassérène :

1. Wallace, Sélection naturelle, p. 91. Haeckel, Création naturelle, p- 227. Weïismann, Vorträge, p. 51.

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