‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 23 sur 161 · Origine des espèces, p · texte numérisé non relu

Origine des espèces, p

4. La sélection naturelle, dira Weïismann, est sweckmässiy mais non zweckthätig. Le but est atteint sans avoir été visé, |

C'est en un mot sur des constatations de faits, non sur des suppositions de fins que Darwin prétend bâtir sa théorie. Si l’analogie de l’activité humaine le guide à son point de départ, il exclut, à son point d’arrivée, tout ce qui ressemble à une intervention de l’activité humaine. Comment il peut s’opérer des choix dans le monde vivant, mais sans la présence d'aucune providence opérätrice, c’est précisément ce que démontre la théorie de la lutte pour l'existence : elle ne prête, en aucun moment, aucune visée à la force des choses. Étant données, d’une part, des circonstances déterminées, — une disette de proies, une sécheresse du sol, un abaissement brusque de la température, — d'autre part certaines variations individuelles, — des pattes plus ou moins musclées, des racinés plus ou moins longues, une fourrure plus ou moins épaisse, — la sélection des plus aptes en résulte spontanément, ou, pour mieux dire, automatiquement.

Huxley avait donc raison: «L'originalité du darwinisme est de montrer comment peuvent s'expliquer sans l’intervention d’une volonté intelligente des harmonies qui paräis- Saient impliquer avant lui l’action d’une intelligence et d’une volonté.» Et après qu'on a renforcé les idées de Milne- Edwards par celles de Lamarck, et celles-ci par celles de Darwin, le mouvement enveloppant du mécanisme parait achevé : il n’y a plus de place désormais, dans notre conception de la nature, pour les conjectures d’un finalisme anthropomorphique: c’est du sein même des faits que nous avons enfin dégagé, semble-t-il, les lois objectives du progrès des êtres.

On comprend quel prestige devaient revêtir, aux yeux de ceux qui se défient de la métaphysique, des lois ainsi pré-

Sentées. Ce ne sont plus, pense-t-on, des aprioristes qui les

promulguent, ce sont des observateurs qui les enregistrent, gravées qu'elles étaient au cœur même de la nature. Jaillissant des faits comparés, et non plus de fins imaginées, comment ces vérités scientifiques ne transmettraient-elles pas, aux prescriptions pratiques qui en découlent, une valeur impersonnelle et universelle ? Quel plus sûr moyen, par suite, si l’on veut estimer les avantages ou les dangers de telle organisation sociale, que de rechercher si elle se ple ou non aux conditions inéluctables du progrès, telles que les a révélées l'étude impartiale des organismes ?

Tel est l’espoir qui a présidé aux diverses lentatives de Ja sociologie naturaliste. Et comme nous avons distingué, dans les théories biologiques contemporaines, trois idées mattresses, ainsi pouvons-nous y faire correspondre trois tendances principales de cette sociologie. T'antôt elle appelle notre attention sur la nécessité de laisser faire en toute liberté,

entre les membres des sociétés humaines, l’universelle con-

currence ; elle peut prendre alors le nom de darwinisme social. Tantôt elle compare directement ces sociétés ellesmêmes à des organismes, et rappelle que celles-là comme ceux-ci doivent, sous peine de déchéance, se différencier de plus en plus; c’est la théorie organique proprement dite.

Tantôt enfin on met en relief la toute-puissance de l’hérédité,

et on mesure ce que les sociétés perdent lorsqu'elles oublient |

ou refusent de séparer et de hiérarchiser leurs éléments sui-

vant les races ; c’est ce que démontre surtout l’ antkroposocio-|

loge.

Quelles sont donc les critiques scientifiques que la socio- |

logie ainsi comprise adresse, au nom des lois de l'hérédité,

PE ntm

de la différenciation, et de la concurrence au mouvement |

démocratique ? Nous nous proposons de les rappeler et de. les discuter les unes après les autres.

Page 1