‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 3 sur 161 · PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION

Dans quel état la grande guerre a-t-elle laissé les idées démocratiques, dont nous essayions de défendre les droits, dans la première édition de ce livre, contre le verdict d’une prétendue « science » ?

Il est trop tôt, sans doute, pour apporter à cette question une réponse positive et précise. [l y faudrait du recul. Il y faudrait des enquêtes, diverses et convergentes. On devrait passer en revue, dans les pays que la guerre a touchés directement ou indirectement, toutes sortes d'institutions, tant politiques qu’économiques, et noter en quel sens elles s’infléchissent, pour décider si, après la tourmente, le souffle de la démocratie est plus fort ou moins fort qu'avant.

En attendant, le champ est ouvert aux échanges d’opinions. « Les gouvernements, répètent les uns, n’ont pas manqué, pour mobiliser l’enthousiasme des peuples, de déployer tout grand le drapeau de l'idéal démocratique. » « Il est vrai, remarquent les autres. Mais il faut ajouter qu'ils ont bien vite mis ce drapeau dans leur poche. Tant pour la conduite de la guerre que pour l'élaboration des traités eux-mêmes on les a vus user sans scrupules des méthodes d’autorité. » « On a gagné la guerre pour et par la démocratie. » « Malgré la démocratie voulez-vous dire... »

Ce dialogue peut durer longtemps. Les adversaires aux

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prises trouveront toujours, dans un des aspects de l'immense expérience qui a fait trembler le monde sur ses bases, de quoi justifier leurs préférences. Il y eut un tel échange d’actions et réactions, tant de méthodes ont été essayées, on a fait flèche de tant de bois que les théories les plus opposées trouvent toutes au moins un fait où s’appuyÿer.

Les grandes lignes apparaissent pourtant. Les grands mouvements d’ensemble se font sentir. Et l’on n’a pas tort de nous avertir que dès à présent, sans attendre les précisions qu'apporteront les enquêtes de détail, 1l est possible de discerner les voies où, par la force des choses, l'Europe etle monde se trouvent engagés. é

Ces voies ne les détournent pas de l'idéal vers lequel, avant la guerre, elles s’acheminaient plus où moins wite: bien loin de là. La direction est la même : l’allureseulement est précipitée ; on est poussé en avant et.comme bousculé par la crise. Ceux à qui on a tant demandé et tant promis, les peuples, sont plus qu'auparavant impatients des jougs : pour faire mieux respecter des droits devenus plus évidents, ils exigent, sous quelque forme que cesoit, une pluslarge:part de contrôle. Moins que jamais la démocratie n’est disposée à se laisser museler.

Le gain le plus frappant qu’elle ait pu enregistrer, c’est sans doute la libération de tant de nationalités opprimées. Le principe des nationalités peut être entendu, à vrai dire, de façons bien différentes. En tire-t-on cette conséquence, commeles Allemands aimaient à le faire: « La race.com-

1. V. G. Guy-Grand, La Démocratie et l'après-guerre (Bibliothèque d’information sociale).

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