‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 84 sur 161 · Loc. cil., p · texte numérisé non relu

Loc. cil., p

sociale. Les deux ne marchent point du même pas. Entre le développement de l’un et le développement de l'autre il y a bien plutôt opposition que parallélisme’. 11 faut que les sociétés cessent d’être sectionnées à la manière des organismes supérieurs en parties rigoureusement fermées et nettement tranchées, pour que, dans l’entre-croisement même des associations partielles, ressorte la figure propre de l’indi-

vidu.

Il semble donc que la démonstration générale que nous cherchions nous soit fournie par l'examen du problème particulier qui nous était proposé : l'exemple de la différenciation prouve suffisamment à quels mécomptes, on s'expose lorsqu’on veut assimiler les sociétés aux organismes. Si ce rapprochement permet de réagir contre l’abus de certains postulats familiers à l’ancienne économie politique, et s’il pose heureusement certains problèmes, il ne nous met nullement sur la voie des distinctions nécessaires à leur solution ; il tend, tout au contraire, à nous faire négliger la spécificité des formes sociales. On se trouve alors amené à conclure, au mépris des constatations de l’histoire, que l’évolution des sociétés reproduit l’évolution des organismes.

Or, de fait, entre le progrès des uns et le progrès des autres, s’il n’est pas vrai qu’il y ait opposition totale et absolue, il se se manifeste du moins des divergences profondes. Si par certains côtés les transformations de notre civilisation occidentale imitent celles dont la série animale donne le modèle, — puisque dans nos sociétés aussi la spécialisation augmente, — par d’autres côtés les deux évolutions se contrarient, — puisque dans nos sociétés seules la différenciation

RLS Simmel, loc. cil., p. 137.

décroit. Des phénomènes nouveaux, qui restaient inconnus aux organismes, où qui du moins n’apparaissaient chez eux qu'à l’état rudimentaire, prennent leur plein développement dans notre civilisation et lui impriment une orientation spéciale. Parce que la théorie organique laisse systématiquement ces phénomènes dans l’ombre, il n’est pas étonnant que l’idéal qui s'impose de plus en plus à la conscience publique scandalise beaucoup d’adeptes de cette théorie, et leur fasse l'effet d’un paradoxe dangereux. L’équivoque dissipée, le paradoxe disparaît.

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