INTRODUCTION LI
qu'ici, l'édifice s'est élevé, pour ainsi dire, de lui-même. Les changements se sont produits dans les mœurs avant de s'inscrire dans les lois.
A l'aube de la Révolution, Turgot proclamait le droit au travail, et c'est une des paroles les plus fécondes qui aient jamais été prononcées. Mais la Révolution elle-même, occupée surtout à maintenir l'indépendance et l'unité nationales, à détruire, dans les maîtrises et jurandes, les asiles (lu privilège et des tyrannies corporatives, ne comprit pas les mérites de l'association. Elle fit, du peuple, une poussière délibérante au lieu de le laisser s'ordonner en une ruche laborieuse. Elle périt dans l'anarchie verbale.
Le mot de Napoléon fut « organisation ». Mais, cet officier élabora son système national d'après des profils militaires : il rebâtit la pyramide pour en occuper le sommet. Sa conception des besoins populaires fut toute romantique, avec des mouvements de sensibilité et de bonhomie à la Rousseau : « Parlez-nous de lui, grand'mèro î » Il ne prenait au sérieux que la guerre.
Le véritable mouvement propulseur partit des saint-simoniens, se prononça dès la Révolution de Juillet et se manifesta en 1848. Cette fois, c'est l'organisation du travail qui est sur le tapis. Mais, les uns veulent faire table rase, ce sont les révolutionnaires, les blanquistes. Les souvenirs de la Terreur les hantent. Ils battent le tambour
devant la misère exaspérée : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant. »
D'autres, les théoriciens, ceux que Ton appelle les « professeurs de paix sociale », cherchent, dans des mesures préventives, un meilleur aménagement des conditions de la vie laborieuse. Le point de vue de ces pacifiques est précisé dans la phrase de F. Vidal : « Les socialistes ne poussent pas à la guerre sociale ; ils voudraient, au contraire, la prévenir; ils demandent des réformes pour conjurer les révolutions. Loin de provoquer à la haine entre les diverses classes de citoyens, ils prêchent la concorde et l'association. »
L'association, c'est la grande pensée du temps. Mais, on ne sait comment la réaliser. Les sociétés de production, les coopératives ouvrières, la participation aux bénéfices donnent, parfois, des . résultats heureux, mais contre-balancés, le plus souvent, par des échecs lamentables. La tradition de la loi Chapelier pèse sur l'esprit des gouvernements. Il y eut le terrible malentendu des journées de juin et le formidable échec des ateliers nationaux.
Napoléon III qui voulait, sans doute, le bien du peuple, embrouilla tout par la faute de sa situation ou par la faute de son personnel. La guerre, la Commune prolongèrent les souffrances et les mésintelligences réciproques.
Le marxisme est une utopie qui repose sur