‹ La démocratie et le travailChapitre 26 sur 46 · INTRODUCTION LUI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LUI

une série d'hypothèses non vérifiées, depuis, par l'expérience. La plupart des prédictions économiques de Karl Marx ne se sont pas accomplies : par là son système s'écroule. Les disciples reconnaissent que « les espérances révolutionnaires du mar.^isme étaient vaines, puisque les traits du tableau tracé par lui avaient perdu leur réalité ^ »

Mais tandis que les doctrines, prenant trop haut leur essor, se perdaient dans les nues, la pratique aboutissait à des résultats positifs. Les premières ébauches de l'organisation émanaient des travailleurs eux-mêmes. Le compagnonnage, les devoirs entretenaient la coutume de l'association professionnelle ouvrière ; dès que la loi de 1864 eut reconnu le droit de grève, elle prit un développement spontané : groupements d'ouvriers et groupements de patrons se multiplièrent à la surface du sol national. Ils se donnèrent le nom de syndicats.

L'opinion s'accoutuma à la lutte normale des deux éléments sur les points où les intérêts rivaux étaient en contact. A peine la République était-elle établie — sous le premier gouvernement fort qu'elle ait connue, le cabinet Jules Ferry — la loi du 21 mars 1884 donnait l'existence légale aux syndicats professionnels. Cette loi fut complétée

LiV LA DEMOCRATIE ET LE TRAVAIL

par la loi Waldeck-Rousseaii sur l'association, votée en 1901 qui abolit la loi Chapelier et rendit aux groupements ayant un objet légitime la liberté de se fonder et d'agir.

Ces points de repère historiques suffisent pour établir, en dépit des affirmations contraires, que la Démocratie moderne n'a pas perdu de vue son devoir de vigilance et de protection en faveur des classes laborieuses. Appuyée sur d'autres mesures non moins efficaces et qui forment déjà un puissant faisceau : surveillance du travail des femmes et des enfants dans les manufactures, loi des accidents, repos hebdomadaire, arbitrage obligatoire, loi des retraites ouvrières, — cette législation, œuvre de la République, a donné à tous les travailleurs de solides instruments de défense, et, en réalité, l'usage qui en a été fait sous toutes les formes, a amélioré, sans cesse, la condition des salariés.

Le syndicat a pénétré dans les administrations publiques ; peut-être, a-t-il franchi la barre quand, au nom d'un intérêt corporatif particulier, il s'est dressé contre l'autorité publique ellemême. La pierre de touche est là. Au point précis où le groupement porte atteinte à la constitution nationale, il met l'ordre en péril et l'opinion se retourne contre lui. C'est l'éternel débat sur la limite du droit de l'Etat et du droit des citoyens : « de juro magistraluum erga subditos ct^ subdi-

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