AVANT-PROPOS
La Suêde a commencé de bonne-heure à introduire un
‘ensemble de réformes qui l'ont placée longtemps à l’avantgarde des progrès sociaux. Les coopératives sont arrivées dans ce pays à une telle puissance qu’elles se sont rendues maîtresses
de tout. un secteur du marché après avoir vaincu des monopoles privés particulièrement bien établis. Les contrats collectifs y datent de 1908, et l’organisation du marché du travail en matière de conflits et d’arbitrage a introduit une paix
sociale et une sécurité du travail tout à fait remarquables.
A la suite de l’évolution sociale rapide de nombreux pays au cours des dernières décades, beaucoup de ces réformes ont perdu de leur originalité première, certaines même ont été dépassées, mais la Suède est certainement plus intéressante par l'esprit de ses réformes que par leur technique. Les institutions suédoises ont comme toutes les institutions, leurs bons et leurs mauvais côtés; ce qui est remarquable c’est l’esprit, le climat dans lequel elles fonctionnent. Cet esprit, fait de beaucoup de discipline, voire même de réalisme, quand il s’agit
-des intérêts généraux, a toujours conduit à une collaboration
étroite des organisations syndicales, patronales et ouvrières. Ce n’est pas que les luttes soient moins âpres ou moins nombreuses qu'ailleurs, — la Suède est un des pays qui a eu le plus de journées de grèves, — mais elles sont plus loyales, moins spectaculaires que dans certains pays, et les lutteurs
savent s'arrêter quand un intérêt supérieur est en jeu, ils
savent, se soumettre à la décision d’un arbitre, et le conflit terminé, la collaboration reprend entre les parties, aussi franche
qu'avant.
Quelques traits rendront mieux cet esprit de coopération et de modération : — chaque année, un représentant de S. A.F.
(Confédération patronale suédoise) fait des cours à l’école syn-
y LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE EN SUÈDE
ke
dicale ouvrière de Brunsvik; — depuis 1938 il existe une com-
mission d'étude permanente, et un tribunal arbitral commun à S. A. F. et L. O. (Confédération ouvrière) ; — depuis dix ans,
les principales questions relatives au marché du travail ont
échappé à la législation d'Etat, et été réglées par convention entre les organisations centrales ouvrières et patronales; — il arrive souvent, que dans les milieux syndicaux ouvriers, on
refuse temporairement une offre de réforme sociale, alléguant
que les ouvriers ne sont pas encore assez mûrs pos cette réforme. ! |
A une époque où la France fait a des comités d'entreprise, il est extrêmement intéressant de voir ce qui a été fait dans un pays depuis longtemps habitué à une collaboration entre patrons et ouvriers. La réussite des comités d’entreprise est en effet essentiellement fonction des rapports entre la direction et le personnel, du désir de travailler ensemble, de la loyauté et de la profondeur .. contacts; elle HÉCIORES un climat préalable.
Les comités d'entreprise ont été introduits en Suède par une convention passée entre S. À. F. et L. O. le 30 août 1946, mais il existait déjà depuis un certain nombre d'années d’assez nombreux exemples de comités dits de collaboration, édifiés spontanément au sein des entreprises; de sorte que les nouveaux comités ont bénéficié à leur arrivée d’un certain nombre d'expériences acquises et se sont insérés dans une tradition.
Le caractère conventionnel, et par conséquent facultatif des comités, la possibilité de modifier les termes de la convention
lors de son acceptation, la survivance d’un certain nombre des
anciens comités de collaboration, donne à l'institution suédoise un aspect assez complexe. Si l’on ajoute que les comités d’entreprise ne sont pas les seuls organismes de coopération patronale et ouvrière au sein de l’entreprise, et qu’il existe des organismes spéciaux en matière d'apprentissage et d'hygiène du travail, on voit facilèment que ce système est davantage le fruit de l'expérience pratique que le développement d’une théorie.
L'ensemble de ces institutions de coopération ouvrière et patronale sur le plan local, constitue ce ch on appelle en Suède
{AVANT-PROPOS for de
« Frs démocratie industrielle ». Cette expression un peu imprécise — nous essayerons de la délimiter au début de cet ou-
|. vrage — est beaucoup plus ancienne que l'expression « comité d'entreprise », qui ne date que de 1946. Elle est plus large aussi; dès maintenant nous pouvons dire qu’elle désigne tous
rs
les organismes ayant pour but la collaboration ouvrière — à la
marche de l'entreprise sur le plan technique et sur le plan éco-
nomique; — à la sécurité et à l'hygiène des ouvriers de l’en-
treprise; — à la formation professionnelle de la main-d'œuvre; — à l'information du personnel sur la marche de l’exploitation; — aux décisions prises en matière d'embauche et renvoi de main-d'œuvre. de
Etant donné les liens’ extrêmement étroits qui existent entre ces activités de coopération, nous n'avons pas pensé pouvoir les séparer en étudiant exclusivement celles d’entre elles qui sont de la compétence des comités d'entreprise. Nous nous sommes donc proposé l'examen de toute la démocratie industrielle, en insistant particulièrement sur les comités d’entre- -
prise qui en constituent le centre.
La principale difficulté qui se présenta à nous, lors de notre arrivée en Suède fut une difficulté de documentation. A part une traduction en français du texte de la convention de 1946, il n'existait que des ouvrages en langue suédoise. Encore, ces ouvrages étaient-ils extrêmement peu nombreux, étant donné la date relativement récente des comités. Les principaux
étaient des publications syndicales explicatives à l’usage des
adhérents de S. A. F. ou de L. O.:; la plupart d’entre eux étaient
trop récents pour faire partie de la collection « Carolina » de l’Université d’'Uppsala, et il nous a fallu nous procurer une documentation personnelle. La documentation historique a été beaucoup plus facile.
Pour compléter ces ouvrages, nous avons utilisé au maximum les articles de revues syndicales ou économiques, ce qui
nous à permis, à la fois, de suivre l’institution dans son déve-
loppement et de noter le point de vue des diverses parties. Nous avons aussi envoyé un questionnaire détaillé à un certain nombre d’entreprises qui nous ont toujours répondu avec une