CHAPITRE PREMIER
Avant d'entrer dans l'exposé des réformes qui font l'objet de ce livre, je crois devoir rappeler les principes du gouvernement monarchique, tels que je les ai résumés dans les études publiées dans le Correspondant sous les trois titres suivants : démocratie, aristocratie et monarchie. Je n'y ai rien changé, parce que ces principes ne varient pas avec les circonstances. S'ils sont vrais, et si la nécessité de les appliquer à la politique de notre pays s'impose de
plus en plus, ils n'ont rien perdu de leur actualité.
Je comprends l'absolu en morale et en religion, parce que Tune a des dogmes, et l'autre des axiomes. Je ne le comprends pas dans la politique, laquelle est bien plutôt un art qu'une science. Je n'aurais jamais dit, avec un orateur de la Révolution : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe. » A moins que ce ne soit un de ces principes sans lesquels nulle société ne peut vivre. La politique est chose d'expérience, non de conscience ni de foi. On peut en changer sans remords ni regrets, pourvu que la passion ou le calcul n'entre pour rien dans ce changement. C'était l'opinion du républicain Littré qui, dans'sa sagesse patriotique, réservait à son pays la monarchie de Bourbon comme dernière ressource, si l'expérience républicaine ne devait point réussir! Il semble qu'il en ait eu le pressentiment, avant de mourir; et il n'est pas sûr que la politique de son parti n'ait pas assombri ses derniers jours *.
Je ne suis pas né républicain. J'étais doctrinaire à vingt ans, avec Royer-Gollard, de Broglie, Guizot et de Rémusat. En fait de souveraineté, je ne croyais qu'à celle de la raison, plus ou moins bien représentée par les classes supérieures de notre société française. J'ai gardé de la Révolution, dont la doctrine était, en cela, l'héritière, le respect absolu de ces droits de Vhomme si vainement proclamés par nos pères de 89. Je n'ai pas vu avec joie la révolu-