PROUDHON
L 'europe s'en mêle. Une suffragette ardente que je me plais à supposer jeune et jolie, car elle m'appelle « a young man of high culture and abilily l » et qui tient avec éloquence et autorité la rubrique Lego el penso à la revue The New Freewoman, de Londres, M"c ou M"c Benj. R. Tucker, s'écrie au numéro d'octobre 1913 en brandissant une page révolutionnaire de Proudhon :
« Ceci en main » nous pouvons « démolir l'audacieuse prétention des néo-royalistes », et les « anarchistes peuvent répondre à Charles Maurras ainsi qu'à tous ses suiveurs : — Non, l'auteur de Y Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, notre grand Proudhon, il n'est pas à vous ; il n'appartient qu'à nous ! »
Le bruit de nos usurpations aura donc passé le détroit comme il a franchi les montagnes, depuis la fondation du « Cercle Proudhon ». Qu'est-ce que le Cercle Proudhon ?
Écoutons, comme nous l'avons fait, l'abbé Pierre, et nous lirons ensuite les pièces du procès.
1. Les dieux me gardent de rectifier des erreurs aussi gracieuses ! Mais je dois avertir ma critique anglaise, au cas où sa pensée ne serait point totalement affranchie de la tyrannie de la vérité, qu'il n'est point vrai de dire que « le néoroyalisme » de l'Action française se distingue de l'ancien royalisme par ce fait que « ses chefs (c'est-à-dire, si je comprends bien, tousses chefs) sont privément des « athéistes ». J'ose enfin soutenir que si M""> ou M"0 Tucker nous eût fait l'honneur d'approcher les camelots du roi, les ligueurs d'Action Française ou même les membres de nos Comités directeurs, elle ne se serait jamais permis de les appeler thèse impudent young rascals, et peut-être conviendrait-elle que ce sont ses informations de Paris qui lui sont arrivées par d'audacieux garnements qui appartiennent, jeunes et vieux, au plus usé, au plus méprisé de tous les groupements politiques français.
l' « ACTION FRANÇAISE » ET LA RELIGION CATHOLIQUE 477
Au contraire de notre contemptrice de Londres, M. l'abbé Pierre ne pense pas du tout que nous ayons voulu associer le nom de Proudhon ou son œuvre aux intérêts de la réaction ; non, non, assure-t-il, le cercle Proudhon a été fondé à Y Action française pour avilir le catholicisme et corrompre les catholiques en les abêtissant. Tel étant notre « but caché mais toujours présent », la réalisation de ce « plan de campagne habilement organisé » ne peut être signée que de moi. Je suis le fondateur et l'âme du Cercle : mon « fertile génie » a nécessairement conçu et mis sur pied la machine nouvelle appliquée à une fin abominable, mais certaine : n'ai-je pas présidé la séance inaugurale du Cercle ? et le premier des Cahiers du Cercle Proudhon ne commence-t-il pas par un article de moi ? Si l'on doutait, voici le troisième et dernier argument qui correspond à merveille aux habitudes de mon esprit : pendant que je donnais ainsi mon patronage, je m'attachais à m'en dégager et m'efforçais de tirer mon épingle du jeu !
« Prudemment », dit M. Pierre, l'article commençait par ces mots : « Les idées de Proudhon ne sont pas les nôtres... » Simple, mais satanique précaution de langage destinée à tromper les humbles. Elle ne trompera point notre Argus. Pourtant qu'eût-il pensé s'il eût ouï les autres précautions plus subtiles encore dont mon discours inaugural était émaillé!
Il ne me reste rien de cette conférence moitié lue, moitié parlée, d'après des notes que je n'ai plus ; mais l'article a été heureusement conservé. En le relisant aujourd'hui, je dois convenir tout de suite que ma rouerie a si bien dépassé la mesure des habiletés concevables que je m'y trouve pris. Les lignes que voici expriment bien les idées que je me connais sur Proudhon :
Les idées de Proudhon ne sont pas nos idées, elles n'ont même pas toujours été les siennes propres. Elles se sont battues en lui et se sont si souvent entredétruites que son esprit en est défini comme le rendez-vous des contradictoires. Ayant beaucoup compris, ce grand discuteur n'a pas su tout remettre en ordre.
Il est difficile d'accorder avec cet esprit religieux, qu'il eut vif et profond, sa formule « Dieu, c'est te mal », et dans une intéressante étude du Correspondant ', M. Eugène Tavernier nous le montre fort