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IX. — L OLIGARCHIE REPUBLICAINE

Oh! sans doute, les choses pourraient se passer autrement, si elles étaient autres. Avec des idées républicaines qui ne seraient ni protestantes ni libérales, avec un personnel qui ne serait pas protestant, avec des intérêts qui ne seraient pas juifs, on pourrait faire une République bien différente... Dans la lune, peut-être. En France, ces idées républicaines et catholiques nul homme vivant ne les a ; ce personnel n'existe pas. Toutes les idées républicaines qui circulent chez les catholiques, de M. Piou à M. ïmbart de la Tour et à M. Marc Sangnier, sont de fabrique huguenote et, quant au nombre, les vrais catholiques libéraux tiendraient à l'aise dans une travée d'académie.

Rien n'est plus significatif que la superstitieuse vénération que prodigue ce petit monde au personnel opportuniste et progressiste dont les trois quarts pourtant, entre Aynard et Siegfried, confinent à Genève et à Jérusalem. Le goût très vif que marquent certains catholiques pour cette compagnie ne vient

laïque, sous ce tilre : « Avec le catholicisme, la démocratie sera toujours instable...»

Une démocratie en France ne peut vivre qu'appuyée sur des tempéraments républicains qu'il faut chercher surtout dans la minorité protestante et juive. Il y a douze ans que nous répétons la formule complète : juifs, protestants, maçons, métèques.

pas seulement du sentiment de la faiblesse de leur effectif ou de leur solitude, ni de cette illusion qu'en appuyant à gauche, ils auront davantage ce qu'ils appellent bonnement Voreille du public, ces catholiques libéraux ont aussi un instinct très juste : ôtés ces Juifs et ces Protestants, ces Métèques et ces Maçons, ôtée leur clientèle, ôtée l'oligarchie étrangère ou demiétrangère aujourd'hui maîtresse de tout, et la République actuelle se trouve décapitée de tous ses grands et petits chefs ; le personnel de la République s'évanouit! Aynard est peu de chose sans Siegfried et Reinach ; mais Piou diminué d'Aynard n'est plus rien qu'une âme sans corps. La bonne République a besoin des pires républicains, juifs, protestants, maçons, métèques ; en les caressant, en s'alliant à eux ou à leurs alliés, la bonne République avoue son sentiment secret que l'oligarchie étrangère ou demi-étrangère doit aussi demeurer son ossature, comme elle est déjà l'ossature de la République de Reinach et de Steeg.

Encore si l'on pouvait penser que la mauvaise République aura toujours besoin du concours, des suffrages ou même de l'argent de ces républicains de droite ! Mais elle ne s'adresse jamais à ces Messieurs que dans les jours difficiles et quand il s'agit de la soustraire à un péril pressant. Une fois le pas franchi, serviteur! Ceux qui ont tendu la main la retirent, ceux qui ont ouvert la porte la referment en ayant soin de rejeter les intrus au dehors. Les protestants de l'espèce des Spuller et des Pressensé, qui avaient tant parlé de l'esprit nouveau en 1894, furent les plus prompts en 1898 à dénoncer le pacte, en criant que les catholiques antidreyfusards le rompaient.

Et ces cris n'étaient même pas soufflés par la mauvaise foi. En voyant des conservateurs adhérer à la République, ces vieux républicains avaient facilement prêté aux nouveaux venus leurs vieilles rêveries contre la patrie ou l'armée et sur le primat de l'individu : lorsque quatre ans plus tard, ils virent l'état d'esprit nationaliste et traditionnel, l'état d'esprit vieille France, de néo-républicains tels que M. de Mun, les Spuller ou les Pressensé purent se croire trahis. Leur scandale, parfois sincère, était ressenti et manifesté avec d'autant plus de vivacité et de force qu'il s'accordait avec l'intérêt. L'intérêt du vieux parti républicain en 1894, après Panama et l'Anarchisme,

avait été de s'ouvrir et de s'étendre, mais, en 1898, à l'affaire Dreyfus, il était de se resserrer et de s'épurer.

Depuis, selon l'expression d'un publiciste libéral (Junius de YEcho de Paris), qui voit le phénomène et ne l'explique pas, il arrive que les plus braves gens du monde, quand ils s'affirment et se croient bons républicains, s'entendent répondre par les membres du Vieux Parti : — Non, pas du loul, vous n'en êtes pas... Et le ton même de la réclamation de Junius indique bien que les républicains de sa sorte ne sont pas des sectateurs bien farouches du gouvernement collectif ni du régime électif:

Vainement, ces exilés de l'intérieur s'interrogent, s'examinent. S'ils ne sont pas, peut-être, des républicains d'enthousiasme, ils sentent bien qu'ils sont des républicains de raison ou de résignation. S'ils ne le sont pas tous parce qu'ils sont convaincus que la République est toujours, quels que soient le temps et les hommes, le meilleur des gouvernements, ils le sont parce qu'il leur semble qu'en ce temps-ci et dans ce pays-ci, ils n'ont pas beaucoup de choix et que le meilleur des gouvernements est le gouvernement possible, un gouvernement. S'ils ne proclament pas la forme républicaine supérieure à toutes les autres, ils ne sauraient lui contester cette espèce de supériorité que la dernière des haridelles a, en définitive, sur la jument de Roland, d'être en vie lorsque l'autre est morte1.

Ce sophisme du gouvernement existant peut échapper parfois à l'étourderie de quelques bons Français, inattentifs à cette vérité évidente que la bonne République, restant à établir, n'est pas plus en vie que la Monarchie. Mais un Français normal ne saurait pas plus jurer la haine des rois, qui ont fait la France, que la haine de l'Église, qui a civilisé la patrie. Un Français normal ne nourrit pas contre les rois les passions historiques, les rancunes héréditaires ou traditionnelles du Vieux Parti Républicain — juif» protestant, maçon, métèque. En ce sens, le ministre Chaumet a eu raison de dire, selon le mot de Gambetta, que c'était là question de « tripe » et « de tripe démocratique ». N'entendons point : tripe populaire ou populacière. On a tripe démocratique et, avec elle, les autres viscères, et le sang qui y circule, dûment prédisposés à la démocratie quand on n'a participé à l'histoire de France que depuis 1789, ou quand on s'en est séparé entre 1560 et 1685, ou quand

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