Réponse au pasteur de Saiul-Étieimc, le 12 janvier
modité, des chiffres flottants et arbitraires. La proportion du sectarisme chez les protestants y apparaît véritablement énorme. Les protestants sont 500.000; et ces 500.000 donnent deux sectaires destructeurs de la religion (1 pour 250.000) ; les catholiques sont 36 millions, qui ne donnent à eux tous que sept sectaires (1 pour 5.142.857) : ils devraient en donner cent quarante-quatre si le sectarisme des hommes d'origine catholique est égal à celui des protestants originels. Le sectarisme de ces catholiques est au sectarisme des protestants d'origine comme sept à cent quarante-quatre. Le sectarisme catholique est plus de vingt fois moindre, d'après les nombres mêmes que M. Gaston Japy nous a fournis spontanément, et seule l'habitude l'a pu rendre insensible à l'énormité de la différence.
S'il avait pris garde à la question de proportion, M. Gaston Japy ne nous parlerait pas des protestants sectaires dont la majorité relative est énorme, comme d'une infime minorité.
« Quelques protestants ! » écrit-il :
N'est-il donc pas injuste de dire les Protestants, parce que quelques protestants marchent avec les hommes amenant l'anarchie et la tyrannie en France ?
Nous disons les protestants, parce que l'esprit protestant, la communauté protestante, les corps, l'intérêt, le courant intellectuel et moral du protestantisme, vont du même côté et penchent dans le même sens que la majorité des personnes protestantes. Le commandant Lauth est un héros antidreyfusien. Mais les Lauth forment une famille, une communauté, une organisation dreyfusienne. Le commandant Lauth a été ce qu'il a été, quoique Lauth, quoique protestant. Et les autres Lauth et le reste du « peuple protestant » ont été ce qu'ils furent, parce que Lauth et parce que protestants. Il me semble que notre façon de parler est conforme aux réalités, aux classifications habituelles du langage. Le système de M. Japy tendrait au contraire à nous faire prendre l'accident pour l'essence et la règle pour l'exception.
Que penseriez-vous, Monsieur le Directeur, de nous protestants, si nous disions : les catholiques sont tous des fanatiques, prêts à nous massacrer, parce que quelques exaltés, prétendant pratiquer le culte catholique, tiennent des propos inconsidérés.
Franchement, nous ne connaissons pas de catholiques « prétendant pratiquer le culte catholique » et « tenant des propos inconsidérés », c'est-à-dire concluant à massacrer les protestants : il y a eu des menaces de guerre civile : pas une n'a été motivée, même de très loin, sur une considération d'ordre religieux. Quand les protestants aidaient de toutes leurs forces au sauvetage du traître et à la désorganisation de l'armée, on les a menacés de les traiter en ennemis publics ; j'ai lu bien des outrances depuis vingt ans, je n'ai pas lu une seule fois des menaces contre les protestants en tant qu'hérétiques. S'il y a des faits, en voilà certainement un. Et si l'on répond que le fanatisme religieux se colorait d'un prétexte de politique, je répondrai simplement que l'on rêve éveillé.
Il n'y a qu'à signer les appels à la concorde auxquels M. Gaston Japy se complaît en terminant. Mais que ne prêche-t-il un aussi suave évangile aux Doumergue et aux Réveillaud ! Que n'excommunie-t-il de sa basilique chrétienne les haineux prêcheurs du Signal et les sournois brouilleurs de cartes des Débals et du Temps!
La religion du Christ dit : — Aimez-vous les uns les autres. Si donc Catholiques ou Protestants nous ne songeons qu'à semer la haine et la guerre civile, nous ne sommes pas Chrétiens, par conséquent ni Catholiques ni Protestants, ne l'oublions pas.
Il évoque ensuite le visage de la patrie. Comme autrefois Ronsard, il s'apitoie publiquement « sur ce peuple mulin divisé de courage », et, nous qui éprouvons même pitié que lui, nous le félicitons de l'éprouver si vivement, étant donné les idées maîtresses de sa doctrine et les principes de sa religion, qui tendent à l'émiettement systématique et à la division de tous les éléments sociaux. Déraciné, dissocié, décérébré même par ses doctrines, ce bon Français s'élève contre ses propres postulats historiques et philosophiques, et, s'il y met peu de logique, la vigueur de sa volonté et la force de son amour n'en apparaissent que plus magnifiquement méritoires. Quelle indignation frémissante à la pensée d'être traité de « juif », assimilé au juif!
Nous ne sommes pas de Palestine, nous Protestants, nous sommes de France.
Devant les dangers qui menacent notre chère France, n'est-il donc pas nécessaire de songer à la Patrie et de sonner le rappel de tous les bons Français, qu'ils soient catholiques ou protestants ; si ce rappel avait résonné, il y a des années, notre pays ne serait pas tombé où il est !
J'ose espérer, Monsieur le Directeur, que vous voudrez bien insérer, dans votre estimable journal, cet appel à la concorde d'un protestant de France. Je ne doute pas que votre loyauté me donne satisfaction.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération très distinguée.
Gaston Japy.
M. Japy l'oublie, ce n'est pas nous qui classons le protestant dans la juiverie : c'est lui qui se met avec elle. Mais, qu'importe, d'aussi nobles paroles doivent être entendues. On ne peut pas promettre à M. Gaston Japy d'épargner désormais la puissante communauté politique qui travaille évidemment contre les intérêts capitaux de la France. Mais on peut, on doit lui promettre de se souvenir, à chaque heure de ce combat, de sa belle et juste réclamation : « Nous ne sommes pas de Jérusalem ». Il y a chez les protestants un vieux ferment de sang de France. Comment rendre à cet élément sa suprématie profonde? Et comment le faire prédominer sur les éléments qui lai sont venus du dehors? Il me semble que ce doit être en extirpant, non pas les hommes protestants, qui sont de nos frères, mais l'esprit protestant, qui est notre ennemi et le leur.