‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 41 sur 43 · LL · texte numérisé non relu

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dans sa propre demeure, Jean ouvrit les yeux et se redressa un peu, retenu par ses deux fidèles gardiens.

— On m'a dit que vous n’étiez pas très bien, monsieur Jean ? dit le métayer, et je suis venu vous faire une petite visite...

Jean était tout à fait réveillé, et le regardaït sans comprendre.

Tout à coup la lumière se fit en lui.

Vous êtes venu, maître Gaudens ? C'est donc qu’elle est là ? Oh ! laissez-moi : ir Mariette ! Je vous en supplie ! Je ne remuerai pas, je ne m’agiterai pas... Mais laissez-moi voir Mariette, et lui parler.

Julienne ouvrit la porte, et la jeune fille entra.

Pareilles aux filles du roi, dans les antiques légendes, elle s’approcha, très calme, très digne, les yeux pleins d’une lumière divine.

— Mariette ! fit-il. C’est vrai alors qu'on vous donne à moi ?

__ Si vous venez la réclamer en temps voulu ! fit Gaudens, se détournant pour cacher son émotion.

Elle était debout, tout contre le fauteuil. Jean avait pris sa main, et personne ne disait rien. Une présence auguste régnait sur les âmes de ces cinq personnes, si différentes par l'éducation et les habitudes, mais que le maître suprême, l'Amour, venait de réunir par un lien plus fort que tous ceux de la terre.

Aymery approcha une chaise, pour que la jeune fille pât s'asseoir auprès du convaiescent.

— Allons-nous-en, dit tout bas Gaudens. Ils seraient plus heureux si nous les laissions seuls,

L'un après l'&uitre, ils disparurent sans bruit, comme ils ét::cut, entrés. .

Tu ne pensais donc pas à moi, quand tu t'es battu ? fit Mariette au bout d’un moment, lorsque sa gorge trop serrée laissa sortir ses paroles. Tu ne pensais pas que, si tu mourais, je mourrais aussi ?

— J'y ai pensé, ma bien-aimée, répondit-il de sa voix blanche et faible de convalescent. Mais avant d’avoir contracté des devoirs envers toi, j'en avais d’autres beaucoup plus anciens. Ceux là remontaient au jour où ma tante Julienne renonÇa à son bonheur pour assurer mon éducation. A elle, je dois tout, vo’s-tu ! Et je lui devais, si je le pouvais, de rompre la chaîne d’Aymery, afin qu’il pût épouser celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer, ni tant aimée que depuis qu’il l’avait revue.

Mariette se pencha sur le front de Jean et le baisa dévotement, ainsi que dans les églises on baise les châsses sacrées.

— Et pour avoir fait cela, mon Jean, je te remercie, et je suis fière de toi. Je ne croyais pas pouvoir t’aimer davantage, mais je vois bien que c’est possible... Le temps me paraîtra court, maintenant. Je penserai à toi en t’aimant de plus en plus...

Julienne rouvrit la porte et les retrouva tels qu'elle les avait quittés ; seulement leurs visages avaient une expression de félicité presque surhumaine.

— Pour vivre, tante, et pour mourir ! fit Jean, en l’appelant du regard.

— Nous avons le temps d’y penser! répondit paisiblement la protectrice de ses ieunes années. Il faut apprendre à vivre, d’abord. M.

Gaudens consent à amener sa fille ici trois fois par semaine, jusqu’au jour où tu pourras lui rendre ses visites.

Le temps passa — il passe toujours — et trois ans après, dans la petite église de Puygarrou, Jean épousa Mariette. Depuis deux années déjà Julienne était mariée à Aymery de Morillac; des deux couples, malgré la différence des âves, on n’eût pu dire, en verité, lequel se sentait: le plus heureux. C'était sans doute le. ué, car ceux-là avaient épuisé les douleurs ue avant de goûter à ses joies.

Ils en connaissaient aussi les félicités, car un beau petit garçon remplissait l’orgueil et de contentement l'âme et les yeux du père d’Aymery.

— Ils sont trop jeunes !. dit une mauvaise langue au sortir de l’église, en voyant passer Mariette triomphante sous son voile de mariée.

— Ils ont déjà vu bien des peines, repondit Casherine, prête à défendre l'enfant qu’elle avait nourrie ; ce n’est pas l’âge qui rend vieux, c’est l'expérience. Nos jeunes maîtres en savent déjà plus long que bien d’autres, allez ! Et, pour leur bonheur, ils l’ont bien gagné !

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