‹ La Dent de Six AnsChapitre 8 sur 26 · DE L'ÉVOLUTION ET DE L'ÉRUPTION DE LA PREMIÈRE GROSSE · texte numérisé non relu

DE L'ÉVOLUTION ET DE L'ÉRUPTION DE LA PREMIÈRE GROSSE

MOLAIRE. GINGIVO-STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE

Ces accidents seraient rares. La lecture des publications françaises et étrangères autoriserait à le croire. Le silence des auteurs sur ce point laisserait supposer que la seconde dentition effectue son éruption dans des conditions normales, bien différentes de la première ; en un mot, rien ne viendrait en troubler les phénomènes évolutifs. | |

[l'est loin d'en être ainsi. Cette évolution suit d'ordinaire son cours régulier. Mais les exceptions ne sont pas rares et elles méritent d’être connues. Toute la série des grosses molaires, la dent de six ans, la dent de douze ans et la dent de sagesse, bien qu’à des titres différents, présentent des accidents d’éruption.

Nous laisserons volontairement de côté les autres a dres provoqués par la seconde dentition, pour nous oceuper exclusivement des phénomènes morbides auxquels donne lieu l’éruption de la dent de six ans.

Magitot (1) ne veut y reconnaître que des phénomènes

(1) Magitot, Dictionnaire encyclopédique.

Ur CS

purement muqueux, résultant de la compression dans les manœuvres de la mastication. Pour Coleman (1), au contraire, il n'est pas rare de voir les enfants se plaindre de souffrir en mangeant. Leurs gencives sont tellement tuméfiées au-dessus des premières grosses molaires, prétes à sortir, que les membranes muqueuses de chaque mâchoire sont mordues dans l'ocelusion de la bouche. Quant aux maîtres de la médecine infantile, ils décrivent tous les accidents de cette période de l'enfance, ils sont presque unanimement d’aecord pour en noter l'étendue et la gravité. Nommer Guersant et Blache, Barrier, Barthez et Rilliez, Roger, Baumel, ete., c’est attribuer à ces désordres morbides une valeur indiscutable.

Pour les bien étudier, à notre avis, il y a lieu d'adopter la classification suivante :

l° Accidents locaux ; 2° accidents généraux.

[. ACCIDENTS LOCAUX. — Ces accidents sont muqueux, osseux ou nerveux, peuvent être mécaniques, mécaniques et infectieux ou infectieux.

l° Accidents muqueux. — Ce sont les plus nombreux et les plus importants. Ils se manifestent surtout à la mâchoire inférieure et donnent lieu à des stomatites qui mériteraient d’être appelées gingivo-stomaliles de denlilion, car elles ne se produisent guère que sous cette influence ; ce qui écarte toute crainte d'erreur, c’est leur caractère d’unilatéralilé.

Cela nous amène naturellement à aborder l'étude de

(1) Coleman, Manuel de chirurgie dentaire. Londres, 1880.

la gingivo-stomatite ulcéro-membraneuse, qui est la lésion concomitante de l’éruplion de la dent de six ans et la complication la plus ordinaire etaussi la plus classique.

GINGIVO-STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE

En 1855, les nécessités de la guerre ayant appelé sous les murs de Sébastopol les médecins militaires attachés aux hôpitaux, ils furent remplacés par des médecins des hôpitaux civils. Bergeron, médecin d'enfants, fut du nombre.

« Or, dit:il, en rapprochant les faits que j'avais sous les yeux de ceux que j'avais observés précédemment à l'hôpital des enfants et de la description que les auteurs qui se sont spécialement occupés des maladies de l’enfance ont donnée de la stomatite ulcéro-membraneuse, J'acquerrais la conviction que la stomatite spécifique des soldats etla stomatite spécifique des enfants ne sont qu'une seule et même maladie.

» La stomatite ulcéreuse des soldats est une maladie spécifique, contagieuse, caractérisée anatomiquement par des ulcérations de forme et d’étendue variables, qui peuvent se développer sur tous les points de la muqueuse buccale. Elle ne diffère pas, selon moi, de celle qui a été observée particulièrement chez les enfants et décrite sous les noms de stomacace, gangrène scorbutique des gencives, érosion gangréneuse des joues, stomatite gangréneuse. Elle n’est ni une affection gangréneuse, ni une diphtérie, ni un scorbut.

» Dans la flotte, la maladie est à peu près inconnue, et ce n’est pas un des faits les moins singuliers de son histoire. »

Bergeron et tous ceux qui ont eu à s'occuper de cette question ont attribué son étiologie et sa prophylaxie à l'encombrement, aux variations atmosphériques ; ils sont partisans de la contagion médiate.

Colin, Perrier, Laveran la considèrent comme une affection locale due à l'encombrement, aux fatigues et à La malpropreté.

L'encombrement est donc une opinion généralement admise. Malheureusement elle ne peut satisfaire un observateuraitentif, et, on peut le lui reprocher, elle n’est pas d'accord avec l'observation. |

: Pourquoi, en effet, dit Maget (1), sur un personnel de plus de mille hommes, ayant une alimentation absolument identique, avons-nous vu la maladie ne frapper que les jeunes gens en général vigoureux, que leur service appelle constamment sur le pont au grand air, alors que les quatre cents condamnés sontenfermés dans la batterie, si souvent àérée d'une facon insuffisante à cause du mauvais temps ?

L'infection et la contagion de cette affection sont-elles mieux étayées ?

« est difficile, dit Catelan, de comprendre le mode d'action d’un principe infectieux qui, imprégnant l’économie entière, s’y traduit par des manifestations sur un tissu indifférent par lui-même, simple moyen de revêtement, et cela par des lésions nettement circonserites de nature destructive consistant en des modifications superficielles, à la limite desquelles les parties similaires immédiatement adjacentes restent tout à fait indemnes. »

(1) Maget, Stomatile ulcéreuse des soldats et des marins. Thèse de Paris. 1879.

Enfin, 95 fois sur 100, les lésions siègent d'un seul côté : l'unilatéralité est la règle. Or, qui dit maladie miasmatique, dit maladie générale, et l’on n’en vit encore aucune procéder aussi réguhèrement, par localisation aussi peu en rapport avec l'idée qu'on se fait habituellement d’une mfection de l’économie entière.

Si la maladie, dit Laveran, se transmettait par les bidons, verres, cuillers, pipes, etlc., c'est sur les lèvres qu'on devrait observer les ulcérations comme dans la syphilis ; or la stomatlite siège rarement sur les lèvres, bien plus souvent sur les gencives, ou tout au fond de la cavité buccale au niveau de l'angle intermaxillaire.

L'inoculation n'est pas démontrée. Elle est jusqu'ici négalive. On a accusé tour à'tour la chaleur, le froid, les pluies, la sécheresse, elc., elc.; à notre avis, il n’est aucun de ces agents qui, pris isolément, doivent être invoqués à l'exclusion des autres.

La gingivo stomatite ulcéreuse au point de vue de l'âge ne frappe que les enfants de 5 à 10 ans ou les jeunes gens de 18 à 25 ans, tous les auteurs le reconnaissent.

La plupart des médecins qui ont observé et étudié la gingivo-stomatite chez les enfants paraissent attacher une grande importance à la poussée des premières grosses molaires et à la fréquence des stomatites se manifestant à ce moment-là au fond de la bouche.

Mais dans l’éruption de la dent de sagesse, on éprouve de la peine à admettre le lien étroit rattachant cette affecion au travail éruptif. On préfère la considérer comme simple cause prédisposante banale, telle que la carie dentaire ou l’usage du tabac.

Le travail physiologique donne seul la véritable raison d'être de la gingivo-stomatite chez les soldats, les marins

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