‹ La dent et l'évolution: De la place de l'homme dans la natureChapitre 26 sur 43 · Théorie de la concrescence : s · texte numérisé non relu

Théorie de la concrescence : s

Cette théorie d’abord émise par GAUDRY, G1EBEL et quelques autres, à été reprise plus récemment par D’ETERNOD et BoLk qui lui ont apporté de nouveaux arguments.

Les recherches de D’Erernop s'appliquent essentiellement à l'Homme. Partant du fait que, chez les Reptiles, la dentition est composée de plusieurs rangées concentriques de dents coniques simples, cet auteur admet que la dentition de l'Homme résulte de la fusion de deux rangées, l’une Zinguale, l’autre vestibulaire. Ainsi se seraient formées des dents bicuspidées. Tandis que les é#ncisives, les canines et les prémolaires restent à ce stade, les molaires, elles, proviennent de la fusion, par leurs faces en contact, de deux ou plusieurs biscuspidiennes. D'où, les quatre cuspides de la plupart des molaires humaines représenteraient les sommets de quatre dents primitivement indépendantes. Les tubercules supplémentaires que l’on trouve au sommet de certaines molaires, correspondraient à autant de dents reptiliennes en voie d’atrophie : c’est ainsi que la première molaire inférieure, au maximum de son développement, a six tubereules; d’où, elle résulterait de la fusion de trois dents bicuspidées,

mais un processus de régression entraînerait la réduction, totale ou partielle, de la dent externe (Voir fig. 33).

lg Sn ds Valeur morphologique SD D base,

d'ahés & Mionx de D'Eternod

Dans l’ensemble, D’ETERNOD considère la dentition humaine comme formée de cent-cinquante (au maximum) dents elémentaires, dont soixante pour la première dentition et quatre-vingtdix pour la seconde.

L'auteur appuie sa théorie sur des arguments tirés essentiellement de la morphologie des dents adultes : présence d’un sillon le long des faces latérales des couronnes et des racines des dents uniradiculaires; forme des cavités pulpaires; réapparition, à titre anormal, de la cuspide et même de la racine linguale au niveau des incisives et des canines. À ces arguments morphologiques l’auteur ajoute cet argument embryologique que les follicules dentaires élaborent, pour chaque dent, autant de chapeaux dentaires qu’il y a de dents coniques primitives.

Bozr n’admet pas, comme D’ETERNO»D, que les dents des Mammifères proviennent de l’union de dents appartenant à deux rangées voisines; elles résulteraient de l’union de dents de la même rangée, mais de deux générations successives. Chez les Reptiles, il existerait, fondamentalement, deux rangées de dents, l’une labiale ou exostichos, l’autre linguale ou endostichos, chacune comprenant un certain nombre de générations. Le raccourcissement des mâchoires aurait contraint ces deux rangées, primitivement équivalentes dans le temps, à n’émerger que successivement; l’exostichos sortant le premier, formera la dentition lactéale; l’endostichos naissant plus tard formera la dentition

permanente,

Chez les jeunes Reptiles, on voit parfois une dent de remplacement pousser si vite qu’elle perce la gencive en même temps que la dent qu’elle devrait remplacer; on assiste alors à la sortie d’une formation géminée, faite de deux dents accolées, dent la plus jeune est toujours linguale par rapport à l’autre. Üe serait l’accentuation de ce processus qui, d’après BoLk, aurait produit, dans chaque rangée, les dents des Mammiferes. D’où, toutes celles-ci sont doubles, mais il n’y a jamais accolement dans le sens longitudinal ou proximo-distal comme le croit D'ETER- NOD : c'est une simple modification secondaire de la surface triturante, qui produit les molaires multituberculaires des Primates.

Les arguments de Bozk sont surtout d’ordre embryologique. Il remarque que la crête dentaire, au point où elle va donner une dent, émet d’abord deux bourgeons, l’un labial, l’autre lingual, qui ne se réunissent que secondairement pour former l’organe adamantin. De plus, la pulpe naît par deux centres, et l’on a au début deux masses pulpaires que sépare une :laison cellulaire d'épaisseur variable, le « septum de l’émail ». Formation temporaire, ce septum s’atrophie en un cordon (à ce stade, il avait été vu par PRENANT et nommé « cône adamantin directeur ») qui disparaît bientôt.

Malgré son intérêt, la théorie de la concrescence n’a cependant pas entraîné la conviction de la majorité des anatomistes. On a objecté à BoLx que, si sa thèse expliquait l’existence de plusieurs cuspides et racines dans le sens linguo-génien, elle n’expliquait pas leur existence dans le proximo-distal; si, en effet, on fait intervenir là un phénomène secondaire de diiférenciation, on ne voit pas pourquoi le même phénomène n’agirait pas également dans le sens linguo-génien. D’autre part, si la formation des dents mammaliennes par concresvence de deux dents reptiliennes doit expliquer le caractère multicuspidé de nos molaires, c’est maintenant la forme simple de nos incisives et canines qui se comprend mal, car les traces de bifidité primitive signalées par D’ÊTERNOD et BoLk sur ces dents sont loin d’être apparentes. La thèse de ces deux auteurs ne fait, au fond, que retourner la difficulté : elle éclaircit, et encore pas totalement, le problème des molaires, mais elle crée pour les invisives et les canines un problème qui n'existait pas (VALLOIS).

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