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Chapitre Il : De la denture des Hominidés

ARTICLE [® : Je la denture de l'Homme actuel :

Ce sont, comme nous l’avons vu, les modifications du premier arc viscéral, conditionnées par le développement du système dentaire, qui ont donné naissance à la partie la plus importante de la face dans laquelle allaient s’inclure les capsules olfactives, optiques et otiques.

D'où, chez les Mammifères, l'organe masticateur fournit le substratum qui conditionne la morphologie de la face. Chez l’Æomime, les dents concourent à fonder l'esthétique spécifique. Le système dentaire est, chez lui, hétérodonte. Les dents sont au nombre de 16 à chaque mâchoire, subdivisées en quatre dents préhensives (incisives), deux iacératrices (canines), dix masticatrices dont quatre prémolaires et six molaires. Elles se distribuent suivant une ligne parabolique chez les Brachycéphales, en formant des arcades dentaires elliptiques chez les Dolichocéphales.

Celles-ci séparent la cavité buccale en deux parties, le vestibule et la cavité buccale proprement dite, cavités virtuelles communiquant entre elles par les interstices interdentaires et par l’espace rétromolaire.

On divise les groupes de dents, comme nous l’avons vu, en

jugales. comprenant les prémolaires et les molaires, en rapport avec les joues,

labiales, comprenant les incisives et les canines, en rapport avec les lèvres.

À l’examen des dents sur un crâne, nous constatons qu’elles décrivent une ellipse continue, sans diasteme, contrairement à ce qui existe chez l’Anthropoide, ni barre, contrairement à ce que l’on observe chez le Cheval, les Ruminants et les Rongeurs.

Cette série continue est un caractère primitif, comme nous l’avons déjà mentionné.

Les dents du maxillaire supérieur sont plus volumineuses que celles de la mandibule, ce volume n’étant pas nrogressif pour les dents du haut, alors que pour les dents du bas, la progression est graduelle de l’incisive centrale à la première molaire. — Les dents, chez | Homme, ne se correspondent pas une par une, mais s’engrènent deux à deux, chaque dent d’un maxillaire

ayant deux antagonistes au maxillaire opposé, ce qui permet une trituration meilleure des aliments; l’incisive centrale inférieure et la troisième molaire supérieure font seules exception.

L’alvéole n’arrive pas jusqu’au collet de la dent, région où se rencontrent normalement les tissus protecteurs de l’ivoire, l’émail de la couronne et le cément de la racine; celle-ci reste à découvert sur une hauteur de un à deux millimètres environ, recouverte, chez le vivant, par la filbro-muqueuse gingivale.

Si l’on examine l’arcade dentaire intérieure par sa face linguale, on constate que les molaires ne sont pas dans le prolongement de la branche horizontale du maxillaire ni parallèles à son bord inférieur, elles sont situées en encorbellement, fait qui à une importance considérable en pathologie et qui explique que les fusées purulentes qui peuvent émaner les racines des dernières molaires, gagnent plus difficilement. l’espace situé audessus de la gaine du mylo-hyoïdien (phlegmon de Gensoul) que l’espace situé en-dessous de cette même gaine (phlegmon sousangulo-maxillaire).

Macroscopiquement, la dent se compose d’une nartie extériorisée dans la bouche, la couronne, revêtu: d’émail et d’une partie enfoncée dans les maxillaires, la racine, recouverte de tissu osseux, le cément; le point de jonction de ces deux parties est le collet.

L’extrémité de la racine est l’apex; la partie libre de la couronne est dite, comme nous l’avons déjà mentionné, « bord ancisif » pour les dents antérieures, « face triturante » pour les dents jugales.

Les dents se développent selon une courbe affectant la forme d’une ellipse caractéristique de notre espèce et qui est l’aboutissement d’une longue évolution. En effet, chez les Zémuriens de l’Eocène supérieur, les arcades se présentent comme un V à sommet antérieur dirigé vers la région incisive, qui s’arrondit chez Parapithecus de l’Oligocène du Fayoum d'Egypte, pour dessiner chez les Simiens un tyne spécial à bords évasés que l’on retrouve encore chez le G'orille actuel.

L'Homme d’'Heidelberg ayant perdu les bases >sseuses énormes que conditionnaient les volumineuses canines des Anthropoïdes, son arcade s’arrondit légèrement, mouvement qui se précisa chez l'Homme de Néanderthal pour arriver, chez Homo sapiens à l’ellipse typique spécifique. Toutefois, si l’ellipse est la forme la plus répandue en Europe chez les dolichocéphales nordiques ou méditerranéens, la tendance parabolique se montre chez les mésocéphales, pour s'affirmer nettement en parabole chez les Alpins brachycéphales.

Les dents permanentes ne sont pas implantées perpendiculairement dans chaque maxillaire, elles affectent normalement une certaine inclinaison.

Au maxillaire supérieur, les prolongements de chaque axe se rencontreraient en un point situé sur le plan sagittal, à deux centimètres environ en arrière de la glabelle, De ce point pris pour centre, on peut décrire une circonférence qui passe par les

surfaces d’occlusion des dents : ia courbe de Spse. On matérialise cette courbe en plaçant une plaque à plat sur les surfaces triturantes des dents jugales inférieures; elle ne porte qu’à ses deux extrémités sur la canine et la dent de sagesse: le point déclive correspond à la premiere molaire. ce qui permet de penser que lors de la mastication la première molaire inférieure est hyperfonctionnelle.

WaADSWORTH a établi que si l’on tire une ligne du condyle du maxillaire inférieur au bord mésial de la couronne de l’incisive centrale inférieure, on peut, avec cette longueur servant de base, construire un triangle isocèle à sommet supérieur et si, avec cette longueur comme rayon et le sommet du triangle pour centre, on décrit une circonférence, celle-ci trace exactement la courbe de Spee. Si du sommet du triangle ainsi construit, on abaisse la bissectrice, celle-ci passe par la face distale de la 3° molaire inférieure, séparant la base du triangle en deux parties, l’antérieure comprenant toutes les dents de l’hémi-mâchoire, la postérieure comprenant l’espace rétromolaire et la branche montante de la mandibule.

Les surfaces d’occlusion des molaires ne demeurent pas dans le même plan horizontal; celle de la seconde jrémolaire supérieure étant à peu près horizontale, cn constate une légère inclinaison linguale du plan de la surface triturante de la 1°° molaire supérieure, mouvement progressivement accentué jusqu’à la 3° molaire qui est nettement basculée du côté vestibulaire, ce qui fait que sur un crâne en position anatomique, c’est-à-dire posé sur un plan horizontal, on peut apercevoir la face triturante de la dernère dent supérieure éversée du côté vestibulaire. Le mouvement est analogue mais inverse dans les molaires inférieures qui s’inclinent lingualement pour maintenir le contact avec les opposantes.

Lorsque les deux arcades, légèrement séparées chez le vivant à l’état statique, arrivent au contact, on dit qu’il y a occlusion. On constate alors que l’arcade supérieure décrivant une ellipse à plus grands axes, les dents qui la composent surplombent celles du rmaxillaire inférieur : l'Homme est psalidodonte, c’està-dire que, mécaniquement, ses dents antérieures travaillent comme des lames d’une paire de ciseaux, l’areade supérieure agissant comme la Jame mâle; ce mouvement est double sur les molaires comme nous le verrons.

Laissant de côté les dents labiales (ou Front teeth) nous ferons une étude sommaire des dents juyules.

Les dents jugales (ou Cheek teth) : Les dents rugales dont la face vestibulaire est en rapport avec les joues, sont au nombre de vingt, dix à chaque mâchoire.

Elles sont extrêmement importantes, caractéristiques du Mammifère, au nombre de vingt-huit chez le Mammifère originel type. dont seize prémolaires et douze molaires; de ces deux sousgroupes, c’est le premier qui, dans l’évolution vhylogénétique, a subi la réduction, les deux dents les plus mésiales ayant disparu,

Elles sont multicuspidées et, examinées montées en séries avec leurs racines, donnent parfaitement à l'œil l'impression de dents haploides fusionnées. Chez les Primates autres que l'Homme, les faces triturantes sont toutes sur le même plan et jouent presque parfaitement le rôle d’une double paire de ciseaux. Si l’on divise la couronne en deux parties par une ligne mésio-distale, la partie juzale des dents supérieures continue la fonetion de cisaillement des dents labiales; comme dans celles-ci, les faces supérieures, presque rectilignes, tombent d’aplomb pendant l’occlusion sur les faces jugales des dents inféricures légèrement convexes et coupent, en glissant, mais le mouvement devient inverse pour les parties linguales. En effet. du côté lingual, ce sont les dents inférieures qui débordent les couronnes supérieures et présentent des tubercules presque rectilignes qui viennent glisser sur la convexité des faces linguales (ou mieux palatines) supérieures, formant ainsi la branche mâle d’une seconde paire de ciseaux. Ainsi, du côté jugal, la branche mâle est supérieure, la branche femelle est inférieure ; du côté lingual, la branche mâle est inférieure, la femelle supérieure.

Chez l'Homme devenu polyphage au cours des millénaires, le mécanisme s’est encore compliqué bien davantage. Non seulement les faces triturantes ne demeurent pas sur un plan horizontal, s'inscrivent sur une portion de sphère, mais encore affectent un mouvement de torsion glosso-jugal. L'appareil masticateur qui, chez les Primates en général et chez les Anthropoïdes en particulier, travaille comme une double paire de ciseaux, devient, chez l'Homme, comme un double hachoir, même une double faucille à maximum d’effet au niveau des premières molaires qui, de ce fait, ont conservé leurs caractères morphologiques ataviques à cinq cuspides, alors que les deux autres molaires se sont atrophiées par non-usage avec tendance mauifeste à la disparition pour la troisième.

Le groupe des dents jugales se subdivise en deux sous-groupes, les prémolaires et les molaires (Fig. 74) :

a) Les prémolaires : en zoologie, on réserve ce nom de prémo:laires à celles des dents jugales qui sont des dents de remplacement, quelles que soient leur forme et leur situation. C’est ainsi que la grosse dent carnassière des Félidés est une prémolaire au maxillaire supérieur (Pm‘) où elle vient en remplacement d’une molaire temporaire, une molaire au maxillaire inférieur (M) où elle est monophysaire. Chez l'Homme, les prémolaires justifient parfaitement cette appellation, car si dans l’espace, elles sont situées sur l’arcade avant les molaires (pré-molaires), dans le temps, elles viennent en remplacement des molaires de lait: elles sont diphysaires.

Les prémolaires, au nombre de huit, dont deux à chaque hémimaxillaire, sont quelquefois dénommées bicuspides, selon la nomenclature anglo-saxonne, leurs couronnes présentant, en effet,

Fig. 74. — Dents jugales représentées par leur face triturante.

deux cuspides. C’est là, d’ailleurs, à peu près leur seul caractère commun.

1° Za première prémolaire supérieure est tout à fait typique. C’est la seule dent de la denture humaine possédant deux racines, e& comme sa couronne porte aussi deux tubercules, l’impression dégagée est nettement celle de deux dents monoradiculaires, conoïdes, haploïdes, soudées au collet et rappelant les monstres humains jumelés pygopages, accolés au niveau de leur bassin. La partie jugale est nettement plus volumineuse que la partie linguale ou palatine qui semble disparaître derrière elle. Elle articule avec la première et la seconde prémolaires inférieures. La couronne est cuboïde; la face occlusale prend dès maintenant le nom de face triturante; la face apicale porte les deux racines, La face triturante est constituée par la fusion des

tubercules jugal et palatin; le #ubercule jugal, plus volumineux, à arêtes vives, tranchantes, fait fonction de la branche mâle de la paire de ciseaux jugale, qui glisse sur les déclivités de la partie distale de la face jugale de la première prémolaire inférieure et de la partie mésiale de la face jugale de la seconde prémolaire inférieure; le éubercule nalatin, sensiblement plus court, est obtus et arrondi.

Les deux tubercules sont réunis sur les côtés par deux crêtes marginales auxquelles aboutit le sillon qui sépare les tubercules.

Les deux racines, une jugale, une palatine, sont minces, frêles, elles marquent un mouvement distal tres net. Quelquefois séparées jusqu’à la couronne, elles sont d’autres fois fusionnées, ne manifestant alors leur individualité que par ia présence d’un sillon longitudinal. Mais en tous les cas, les deux canaux radiculaires demeurent indépendants.

2° La seconde prémolaire supérieure, elle aussi bicuspidée, est cependant monoradiculaire, sensiblement moins volumineuse dans son ensemble, quoique sa racine soit toujours un peu plus longue et que son tubercule palatin arrive presque au niveau du jugal; en occlusion, elle articule avec la seconde prémolaire inférieure et la cuspide mésiale de la première molaire inférieure.

30 Les deux prémolaires inférieures sont moins dissemblables entre elles que les supérieures. |

Ce sont des dents bicuspidées, toutes deux inonoradiculaires. Leur axe affecte un double mouvement à convexité mésiale et vestibulaire. Les couronnes euboïdes sont évasées vers la face triturante en forme de cloches, les faces vestibulaires sont en écusson à pointe dirigée vers la face triturante et déviée mésialement ; les racines sont aplaties dans le sens mésio-distal en forme de lames, leur apex est légèrement incliné distalement.

Ces dents se caractérisent d’abord par ce fait que ce sont de vraies bicuspides à caractère nettement humain, car chez les Anthropoïdes, la première surtout, aplatie mésio-distalement, affecte une forme pointue caniniforme.

Alors que les deux tubercules des dents supérieures sont nettement séparés par un sillon mésio-distal, dans les dents inférieures un véritable pont d'email unit le tubercule jugal au tubercule jingual, créant ainsi de chaque côté, ane fossette entre lui et les crêtes marginales.

Contrairement à ce qui se passe au maxillaire supérieur, ici, la seconde prémolaire est plus volumineuse que la Fremière. 1: crête marginale distale, régulière dans la première prémolaire, s’élargit et se complique dans la seconde où une cuspide apparaît, empiétant sur le tubercule lingual et faisant prévoir son plein développement dans la molaire suivante.

b) Les molaires : le second sous-groupe des dents jugales constitue les dents fonctionnellement les plus importantes qui le caractérisent, les molaires (Fig. 74).

Celles-ci jouent un rôle capital dans la nutrition chez les phytophages, car elles servent à la trituration et à la prédigestion buccale indispensable à Ja transformation physico-chimique des hydrates de carbone.

Ce sont des dents monophysaires, c'est-à-dire des dents évoluant pour leur propre compte de façon autonome et apparaissant dans le maxillaire comme des dents de première dentition, ne venant pas en remplacement de dents temporaires lactéales. Leur forme caractérise nettement le mode alimentaire de l’animal, sert de base à la classification zoologique et à la reconnaissance des animaux fossiles.

Tous les Mammifères en possèdent, sauf ceux qui les ont perdues par non-usagé comme certains Edentés et les Mammifères retournés en milieu aquatique, les Cétacés, comme nous l’avons mentionné dans le Livre IV. Nous ne reviendrons pas ici sur les théories qui ont été émises pour expliquer la formation des dents multicuspidées (Voir Livre IV).

La fonction masticatrice propre jouant, chez les Mammifères, le rôle principal dans la comminution des aliments, il est naturel que le groupe des molaires soit de beaucoup le plus important en nombre et en volume. Celles-ci sont, chez l'Homme, au nombre de douze, trois à chaque hémi-maxillaire ; se fondant sur l’époque de leur apparition, on les dénomme quelquefois : dent de six ans, c’est la première molaire, la plus mésiale, en rapport avec la face distale de la seconde prémolaire; dent de douze ans, c’est la seconde molaire ; dent de sagesse (ou dent de dix-huit ans ou plus souvent vingt-quatre ans), c’est la troisième molaire ou arrière-molaire.

Elles occupent, dans les maxillaires, un espace bien supérieur à celui des autres types de dents. Chez l’Homme actuel civilisé, leur volume diminue nettement de la première à la troisième : il y a un V molaire à ouverture mésiale ; les faces jugales sont plus larges que les faces iinguales; les faces mésiales, très peu évasées, presque en continuation de la racine, au contraire les faces distales en encorbellement forment, avec la racine, une concavité, très souvent le siège de caries dentaires.

Les racines, au nombre de deux aux molaires inférieures, de trois aux supérieures, doivent être décrites spécialement. Les couronnes des molaires inférieures sont basses.

Du côté jugal, la face de la dent supérieure continue, comme celles des dents précédemment étudiées, d’être presque plate, se terminant par une cuspide aiguë; la face de la dent inférieure, comme celles des dents antérieures, est très nettement convexe, principaelment en son quart occlusal sur lequel glisse la cuspide de la dent supérieure.

Du côté lingual, le mécanisme est inversé. C’est au maxillaire inférieur qu'est la lame mâle, au supérieur ia lame femelle de la paire de ciseaux. Ainsi la cuspide linguale de la dent inférieure est-elle plus élevée, plus aiguë, plus tranchante et la face

linguale plus abrupte, alors qu’au contraire, la cuspide palatine de la molaire supérieure est convexe, arrondie en pente et de niveau plus bas que le tubereule jugal de sa propre dent.

Mais par suite de la disposition, chez l'Homme, aboutissant à la courbe de Spee, et celle de torsion sur l’axe dans le sens glosso-jugal, le mouvement de cisaillement aboutit à un double mouvement de hachoir tordu assez analogue au travail mécanique de la serpe.

Chez l'Homme civilisé actuel, ce que l’on observe le plus souvent, est une diminution de volume des molaires dans toutes leurs parties, couronnes et racines, de la première à la troisième ; les courcennes sont grossièrement cuboïdes avec des caractères différentiels marqués. Elles affectent toutes un mouvement de courbure appartenant à des'circonférences dont le centre serait vers le milieu de la branche montante du maxillaire, et dont le rayon serait donc de plus en plus petit de la première à la troisième.

1° Molaires supérieures : nous étudierons la seule face triturante qui est du plus grand intérêt. Elie varie considérablement entre ces trois dents qui exigent une monographie.

La première : schématiquement, on peut l’inscrire dans un losange; elle est quadrituberculée. Les tubercules jugaux sont pointus comme des coins, les tubercules palatins sont arrondis; on remarque tout d’abord que le tubercule mésio-palatin et le disto-jugal sont unis par un pont d’émail et laissent en dehors d'eux : en avant, le mésio-jugal; en arrière, le disto-palatin, les fissures forment grossièrement la figure d’un H majuscule; le tubercule disto-palatin, manifestement le plus petit, apparaît nettement comme supplémentaire. Dans la terminologie américaine, la cuspide palatine est le protocône: la mésio-jugale, le paracône; la disto-Jugale, le métacône Quant à la cuspide distopalatine caractéristique de la première molaire supérieure et disparaissant dans la seconde, c’est l’hypocône.

La seconde : elle affecte la forme de la première précisément amputée de ce tubercule disto-palatin: quelquefois celui-ci persiste cependant à l’état de simple épaississement palatin de la crête marginale jugo-palatine distale à son aboutissement sur le tubercule palatin; elle est done normalement trituberculée, deux tubercules jugaux, un tubercule palatin qui devient, de ce fait, plus volumineux, la dent prend alors le °aractère d’une énorme prémolaire. La face triturante a la forme d’un triangle à base jugale, à sommet palatin très obtus.

La dent de sagesse : elle présente à peu près la même forme, encore plus réduite en dimensions.

Les racines : elles sont caractéristiques; elles sont au nombre de trois : deux jugales, une palatine. Les deux jugales minces, aplaties mésio-distalement comme des lames, ne sont pas rectilignes mais recourbées en forme de parenthèse à concavité dirigée vis-à-vis, ce qui produit un léger dispositif en « pince »;

elles sont directement dans l’axe des tubercules jugaux, d’où, pour ces deux parties jugales radiculo-coronaires, l’aspect de deux dents monoradiculaires fusionnées, dirigées de haut en bas, légèrement d’arrière en avant et de dedans en dehors. Ces dispositions sont à peu près les mêmes dans la seconde molaire, mais les deux racines sont plus rapprochées dans le sens mésio-distal perdant leur concavité et par conséquent la forme de pince; ce mouvement en arrière passant à la limite, les racines jugales fusionnent entre elles et avec la racine palatine rour former à la dent de sagesse une seule racine volumineuse mais dans laquelle des sillons profonds révèlent encore, très apparemment, l’origine triradiculaire.

La racine palatine est de beaucoup la plus volumineuse, tronconique ; elle s’écarte considérablement de l’axe de la dent avec lequel elle forme sur la première molaire un augle de 40° environ et affecte, avec les deux racines jugales, l’aspect renversé du trépied d’une enclume.

Dans la seconde molaire, elle est moins volumineuse, s’écarte moins de l’axe, l’angle n'étant plus que de 20° environ. Enfin, dans la dent de sagesse, elle vient fusionner avec les deux racines jJugales.

Obéissant à la courbe de torsion, l’axe de M! est presque perpendiculaire; celui de M? légerement incliné de haut en bas et de dedans en dehors; celui de M affecte le même mouvement mais de façon encore plus marquée, la face triturante se trouvant nettement éversée du côté jugal. M! occupe le point le plus déclive de la courbe de Spee; l’engrènement de sa cuspide mésiale entre la cuspide mésiale et la cuspide mésio-distale de la molaire anfér'ieure, est considéré par l’école d’Edouard ANGLE (U. $. A.) comme la elef de l’articulé dentaire.

2° Molaires inférieures : elles sont les plus volumineuses à tous points de vue, et apparemment formées par la fusion de quatre dents monoradiculaires, mais les racines fusionnées deux à deux jugo-lingualement, n’en forment plus que deux volumineuses comprimées mésio-distalement. Les couronnes sont nettement cuboïdes, évasées vers la surface triturante; leurs faces jugales, convexes dans les deux sens, le sont surtout dans les deux tiers dans le sens vertical et presentent, dans leur milieu, un sillon qui descend de la surface triturante, la partageant en deux parties égales dans la seconde et dans la troisième molaires, mais inégales au profit de la partie distale dans la première.

Les faces linguales lisses, polies par la langue, légèrement convexes dans le sens mésio-distal, mais plates dans le sens vertical, offrent simplement la morsure du sillon intercuspidien de la face triturante.

Les faces triturantes sont extrêmement importantes. La première (M,) est particulièrement remarquable de ce fait que c’est chez l'Homme civilisé la seule qui présente cinq cuspides, deux jugales, deux linguales et une cinquième moins volumineuse jugo-distale. Les tubercules jugaux sont arrondis, émoussés et por-

tant le plus souvent des marques d’abrasion mécanique que laissent sur eux les cuspides jugales des dents supérieures. Les cuspides linguales, au contraire, sont aiguës et tranchantes. La cuspide Jugo-distale est petite et apparaît nettement comme une prolifération supplémentaire, L'ensemble des sillons qui sépare ces cinq cuspides, affecte schématiquement la forme d’une croix dont la branche distale serait divisée en deux bras. Suivant la terminologie américaine la cuspide mésio-jugale est dite protocônide; la mésio-linguale, le métacônide — le naracônide à disparu dans l’évolution phylogénique —; la cuspide jugale est l’hypocénide; la disto-jugale, l’hypocénulide; et la disto-linguale, l’entocénide; ces trois dernières cuspides développées sur le talonide.

Par suite de l’absence de ce cinquième tubercule jugo-distal, la couronne de la seconde molaire (M,) est nettement cuboïde; sa face triturante présente seulement quatre tubercules séparés par des sillons en forme de croix.

La dent de sagesse inférieure (M,) est une dent toujours anormale; souvent elle possèdera même cinq racines avec une couronne portant cinq cuspides comme M,, très fréquemment quatre comme M, ou même toutes ces racines seront fusionnées en une seule, mais alors, très volumineuse et ne rappelant l’origine multiradiculaire que par des sillons longitudinaux qui courent tout au long et dessinent des pilastres échappant ainsi à vne description précise.

Les dents de sagesse inférieures ne trouvent plus de place sur la mandibule trop courte et se coïncent entre la dent de douze ans et la branche montante, en position oblique, de telle sorte qu’elles ne peuvent plus servir à la mastication. Elles n’exercent plus leur rôle normal de coins, provocateur de la croissance du maxillaire inférieur et, par contre-coup, du maxillaire supérieur, d’ou raccourcissement de toute la région maxillaire, qui retentit à son tour sur la face. É

Il semble que le Blanc tende vers un type à vingt-huit dents, par disparition des quatre troisièmes molaires.

Ce qui marque bien que le Blanc tend vers un type à deux molaires seulement par hémi-maxillaire, c’est la grande variabilité des dents de sagesse (Fig. 75).

Un tel polymorphisme est de règle chez les organes en voie de régression. On doit probablement expliquer par la panmiæie (1) ce fait général que les organes en régression, c’est-à-dire qui n’ont plus d'importance vitale, présentent une grande variabilité, tant physiologique qu’anatomique.

En fait, 1l semble qu’il y ait chez le Blanc une tendance à l’amin cissement et à la légèreté de la capsule crânienne; il y à aussi une tendance très ancienne, puisqu'elle commence chez l’Æomme aurignacien (passage du paléolithique moyen au paléolithique

(1) La panmixie (WEISMANN) est synonyme de cessation de sélection; il y a mélange des individus normaux et de ceux qui, la sélection agissant, auraient été supprimés.

Fig. 75 - Variation hannéxique ole la dent de naqerae oe l'Homme nu moconkyme ; A ,2 où 3 naccnes )

marodmlksme ( d'aprés Cuënot ).

supérieur) à une rétraction de la face et partant à un raccourcissement- des mâchoires, qui retentit sur le système dentaire c’est ainsi que les dents de sagesse sont d'apparition constante et fonctionnelles chez les Noirs, tandis qu’elles sont inconstantes et drès généralement non utilisables chez les Blancs.

ARTICLE IL : De la denture préhistorique.

Nous n’entreprenons cette étude qu'après celle de la denture actuelle qui nous servira de terme de comparaison, de même qu'après celle des types dentaires des animaux les plus proches de l'Homme.

Comment, en effet, pouvoir soutenir que la denture d’Heidelberg est bien anthropienne, si nous n’avons pas, d’une part, le type qui semble la précéder et, d'autre part, le type qui devra la suivre ?

Disons, tout de suite, que nous serons surpris de constater que l’évolution ne se poursuit pas comme a priori on l’aurait pu croire (SIFFRE) : tel maxillaire préhistorique porte des dents d’une gracilité remarquable, tel autre, moins ancien, présente des caractères d’animalité que nous allons retrouver dans nos contemporains, et non pas chez des races dites « inférieures », mais chez les types les plus civilisés.

Il paraît donc nécessaire, tout d’abord, d'établir un type de denture humaine qui servira de terme de comparaison entre les divers documents à notre disposition pour déduire du caractère évolué ou du caractère de primitivité de chacun de ces documents ou groupes de documents.

En restant dans la denture hominienne et anthropoïde, il suffira de déterminer une forme typique de chaque dent dans les deux séries — Homme et Singe — pour avoir des éléments de comparaisons. Une fois le type dentaire établi, suffisant à diagnostiquer : 1° à quelle dent on a affaire, 2° à quel individu, Homme ou Singe, elle appartient, 3° à quelle denture elle correspond, si nous admettons, selon le fait de l’évolution, que la dent du Singe anthropoide s’éloigne du type dentaire de |’ Homme pour se rapprocher d’un type plus inférieur, nous pourrons établir que tels signes, telles formes, telle particularité morphologique, éloignent une dent et une denture de celles de l’ Homme pour les rapprocher de celles du Singe ou d’un type plus inférieur encore, tel un Carnivore, par emule. ou, au contraire, l’absence de ces caractères d'animalité, nous autorise à en faire une dent et une denture humaines.

Tout de suite, on peut dire que la denture de lait comparée à la denture définitive, offre des caractères d’animalité très nets chez tous les types Æomo et Anthropoides. — Or, la dent de lait est un précieux document, car elle nous donne un caractère plus précis de l’être humain, par exemple, que la dent permanente qui doit subir une série d’influences qui peuvent la modifier. — Si nous prenons, par exemple, une canine de lait chez l’ Homme, nous lui reconnaîtrons des caractères très marqués de similitude avec une dent de la série carnivore : acuité du sommet coronaire, élargissement du collet avec étranglement. Ces caractères sont ceux des dents d'animaux très inférieurs aux Singes mémes, mais que nous retrouvons encore plus inarqués naturellement chez ces derniers animaux que chez l'Homme (S1FFRE).

La caractéristique de la denture humaine permanente réside dans la simplicité des éléments constitutifs de la dent et l’absence d’étranglement au collet.

Dans la denture lactéale, ces caractères disparaissent pour revêtir, atténués, ceux de la dent anthropoïde. Par simplicité des éléments constitutifs d’une dent, il ne faut pas entendre que la dent humaine est plus simple que la dent du Gorille ou du Chimpanzé : les dents des hommes préhistoriques, anciens ou contemporains, sont exactement semblables entre elles et exactement semblables à celles de leur voisin le grand singe dans la denture permanente,

Il y a exception à cette règle générale pour deux dents, la canine et la première prémolaire, entre l Homme et le Singe. Sauf ces exceptions, et la différence de volume, la forme est identique chez les uns et les autres. Maïs ces caractères différents des deux dents sont déjà très suffisants pour diagnostiquer : Homme ou Singe, en supposant que la pièce squelettique porte des dents dont le volume ne permet pas, a priori, de faire ce diagnostic — ce qui est très rare.

Caractères différentiels de la canine et de la première prémolaire du Singe :

a) La canine : la canine d’un Singe anthropoïde, le mâle en particulier, est toujours plus volumineuse que ses voisines et dépasse le plan de mastication. La racine est plus grosse, en général, que la couronne : le diamètre radical peut être plus grand que le diamètre coronaire sur une certaine longueur axiale; alors que, chez l'Homme, du collet à la pointe radiculaire, il n’y a aucune partie qui égale la couronne. — Ce caractère est bien marqué sur les canines de Maucranthropus heidelbergensis. — Sur une mâchoire de Singe, la canine inférieure est en contact par ses faces mésiale et distale avec l’incisive latérale et la canine supérieures, dans l’occlusion. Alors que chez l’Iomme, seule la pointe de la canine inférieure touche l’intervalle inter-incisif-canin, il n’y à pas le diastème qui existe chez le Singe. Mais ce caractère, bien que rare, s’observe parfois chez l’ Homme du Néolithique et chez le moderne.

b) La première prémolaire : la premiere prémolaire chez tous les Singes anthropoïdes, est différente de la seconde d’une façon absolue et en tous cas, absolument différente de celle de | Homme. Chez ce dernier, il n’y a qu’une seule racine (à l’exception de la première prémolaire supérieure qui à deux racines) et une couronne avec deux cuspides : externe et interne, la cuspide externe étant plus haute que l’interne ; chez le Singe, il y a deux racines et le collet est très en dessous de la ligne gingivo-alvéolaire cervicale.

Ces caractères différentiels permettent de poser le diagnostic certain d’une mâchoire : Homme ou Singe.

En bref, la dent du Singe a une constitution énergique, la dent de l'Homme a une plastique « douce » (SIFFRE).

Mais si les caractères entre Homme et Singe sont différents et ne permettent pas l’erreur, il n’en est plus de même entre la denture humaine de telle race, de tel individu.

Rappel du type normal de la dent : Seule, la morphologie des molaires nous arrêtera. D’emblée, le principal document utilisé sera la forme de la couronne.

La première molaire inférieure — M, — a cinq cuspides, trois vestibulaires (externes), deux iinguales (internes) ; — la troisième cuspide externe sera d’autant plus externe qu’on aura affaire à un type plus primitif. La position vers la ligne intercuspidienne serait un signe de finesse, de moindre animalité.

La première molaire supérieure — M1 — à trois cuspides principales, deux vestibulaires et une palatine, ét en arrière de la palatine, une et parfois deux petites cuspides supplémentaires. Les cuspides supplémentaires sont à considérer comme la cuspide troisième externe de M,, et leur présence est un caractère de primitivité.

Chez certains Singes, la partie palatine de M1 est nettement constituée par deux cuspides entre lesquelles existe un sillon qui se continue sur la racine. Ces caractères existent quelquefois, mais toujours très atténués, chez l’Homme.

La M,, chez l’Homme, à toujours quatre cuspides, deux linguales, deux SetEUlates: Chez le Singe, M, a cinq cuspides.

La M? a la forme de M! et, presque jamais de cuspides supplémentaires.

La M, a cinq cuspides comme M,; M° a même forme que M2.

Les trois molaires chez l'Homme sont, ou de même grosseur — il y a parallélisme — ou la première est plus petite que la troisième : il y a V à ouverture postérieure — ou la troisième est plus petite que la première : il y a V à ouverture antérieure.

Classiquement, c’est le V à ouverture antérieure (mésiale) qui est indiqué pour l’Homme, et pour le Singe, c’est le V à ouverture postérieure (distale).

Mais, en réalité, on peut voir, chez l’ Homme, un V à ouverture distale et, chez le Singe, un V à ouverture mésiale.

La moyenne est, chez l'Homme, une égalité mésio-distale, et un V à ouverture mésiale.

Les racines de toutes ces dents sont au nombre de deux pour M, et M,; trois pour M! et M?; une pour ©, I, Pm — excepté pour Pm' qui à deux racines.

La troisième molaire a souvent une racine, deux, rarement trois à la mâchoire supérieure — rarement deux à la mâchoire inférieure; Je nombre normal de racines semblant être deux pour M,, trois pour M.

Ces nombres sont toujours tels chez les Singes.

La disposition des dents, chez l’ Homme, a été déterminée par les lois de dentition de Magitot

« La mâchoire supérieure inscrit l’inférieure. Toutes les dents

se touchent sur une même arcade et les dents des deux arcades fermées se touchent, toutes, également. »

Quelles transformations peut-on rencontrer sur la dent ou la denture humaine ?

D'abvrd, comment une dent peut-elle être transformée ?

Toute dent se compose de tissus durs — ivoire ct émail — et de tissus mous — la pulpe et son contenu. — Ceux qui nous intéressent sont ici, l’émail et l’ivoire.

L’ivoire se moule dans l’émail qui se forme d’après la loi régissant la formation même de l’animal : une, deux, cinq, sept

cuspides qui se calcifieront et feront ainsi une canine, une prémolaire, une première molaire inférieure, une troisième molaire inférieure de Singe, etc...

Le nombre ou la forme des cuspides adamantines qui sont les constituantes même de toute couronne dentaire, ne peut varier que s1, au moment même où ces cuspides se forment et se dispo-

sent ou se groupent, une perturbation vient troubler la disposition, la formation, le groupement.

La couronne ne subit une transformation que pendant le temps qui s’écoule entre la formation de la lame adamantine et la disposition spéciale de cette lame qui sera une couronne uni ou multicuspidée plus tard. Quand la forme coronaire est établie, elle est indéformable, seule l’hypoplasie ou la dysplasie tissulaire qui se stigmatisera sous la forme d’érosion, pourra se produire, si l’individu souffre, si la nutrition est troublée, diminuée ou anéantie.

En dehors de ces conditions, la transformaticn dentaire ne se produit que par traumatisme — ce qui est exceptionnel.

Nous voyons donc que le changement de forme — de volume — de constitution de la dent, ne peut être très sensible et par conséquent peu remarquable sur les différents documents que nous avons à notre disposition parmi les pièses préhistoriques, si nous recherchons la différence de la dent ancienne avec la contemporaine par la force d'évolution de l'être humain. La différence est inappréciable ou presque.

En résumé, les signes ou caractères de la denture humaine sont typiques et l’erreur ne peut guère être commise, d’attribuer à un Singe et moins encore à un autre animal, un organe dentaire.

Mais, est-il possible de distinguer la denture d’un préhistorique de celle d’un contemporain, sauvage ou civilisé?

D'après SIFFRE, on ne peut trouver des caractères assez nets permettant la distinction entre les plus anciens et les contemporains. Le diagnostic de la dent préhistorique se fera par celui du niveau géologique de la couche de découverte et par des caractères connexes tels que coloration, consistance, friabilité, etc.

Mais tous ces caractères ne suffisent pas toujours, ou manquent quelquefois si bien que dans un lot de dents préhistoriques, anciennes et contemporaines, si l’on néglige l’état physique dû à la durée du séjour en terre, et ne considérant que la forme, l’anatomie macroscopique et microscopique, il ne sera pas possible d’attribuer justement l’âge de chaque dent. La dent du préhistorique comme sa denture se caractérise par un manque de caractères spécifiques ou spéciaux.

La dent et la denture de l'Homme, à travers le temps, est restée à peu près stable quant à la forme et au volume (SIFFRE) ;

quant au nombre, depuis le plus inférieur des Anthropoïdes jusqu’à l’ Homme actuel, la formule est restée la même :

D nb] le Pac:

= 32 dents.

DHL 42078)

La comparaison entre la dent préhistorique et la dent moderne ne donnera rien qui permette de les différencier ct, si l’on ignore la provenance d’un organe dentaire, il ne peut pas, par les caractères qu’il offrira à l’examen, donner le droit de lui créer un état civil .

GauDrY a montré les rapports de la dent et de l’encéphale : ce qui caractérise essentiellement la tête humaine, c’est que les os destinés à renfermer l’encéphale prennent un développement énorme et que les os de la face diminuent eu proportion. La face étant droite, les mâchoires sonb très raccourcies et ce raccourcissement retentit sur ie système dentaire; le raccourcissement, dans les troisiemes molaires, est produit par la diminution ou le changement de position de l’un des denticules (ou cuspides). Dans la série des Anthropomorphes jusqu’à l’ Homme, sur les quatre cuspides dont se compose une troisième molaire supérieure, il y en à une qui s’est successivement atténuée : la seconde cuspide palatine, très grande chez Oreopithecus, devient moindre chez Dryopithecus et Simia; elle est saillante mais rapetissée chez Gorilla et Hylobates; elle diminue encore chez Pan, un peu chez l’Australien et, comme Core l’a annoncé le premier, c’est chez l’Europoïde qu’elle est le plus réduite.

GAULRY a montré que les troisièmes molaires inférieures ont subi egalement des diminutions; mais ici il y à cinq cuspides et c’est sur la cinquième cuspide que s'opère le changement. Après avoir été assez développée à l’origine pour représenter un troisième lobe, cette cinquième cuspide s’atténue, se serre contre le second lobe, s’enfonce et s’encastre entre les deux cuspides de ce lobe, de telle sorte qu’une dent allongée à trois lobes finit par devenir chez |’ Homme civilisé une dent courte, arrondie, à quatre cuspides.

SIFFRE à démontré que la racine diniinuait par le même mécanisme, comme, inversement, elle augmentait lorsque la cuspide adamantine était assez développée pour permettre à un centre dentinigène de se créer et de former autour d’un bulbe et d’une pulpe dentaire persistant assez longtemps autonome, une masse d'ivoire avec canal pulpaire, foramen particulier, qui représente la racine ou qui est, en réalité, la racine, selon qu’il y a fusion ou non des tissus formés.

La cinquième cuspide, à la troisième molaire inférieure, est très marquée chez Gorilla, et chez Mylobates, Pan cette cuspide disparaît à la seconde molaire et s’efface à la troisième.

L'Homme de race dite inférieure a la troisième molaire plus près du Chimpanzé (Pan), à tel point que les Négritos et les Australoïdes en général ont des dents qu’au prèmier abord on

peut confondre avec celles de cet anthropoide. Néanmoins on peut reconnaître que la dent humaine perd son cinquième tubercule dans le second lobe.

Pour SIFFRE, la troisième molaire est plus petite que la seconde qui, elle-même, est plus petite que la première, chez l'Homme et chez l’Anthropoide, et l'inverse serait aussi fréquent chez l’Homme et chez l’Anthropoide. Mais en fait, la moyenne est, comme nous l’avons dit, une égalité mésio-distale et un « V » à ouverture mésiale chez l'Homme, un « V » à ouverture distale chez l’Anthropoïde, et la thèse du « V» molaire conserve sa valeur.

Quant aux dimensions, et nous y reviendrons, les dents préhistoriques n’ont pas beaucoup de supériorité pour qu’il en résulte un moyen de les distinguer ou de les caractériser à côté des modernes.

DE TERRA qui a étudié beaucoup de dentures humaines, montre que la base du jugal est, chez l'Homme, en rapport avec M1 et chez l’Anthropoide avec M2.

DE TERRA signale la diminution du tubercule palatin postérieur des molaires de six ans et le tubercule de Caraballi à la mâchoire supérieure comme un caractère exclusif des races civilisées actuelles, ce tubercule étant pour d’autres auteurs un stigmate pathologique. Il signale encore comme caractère de civilisation la soudure radiculaire qui s'accompagne, d’après le Docteur L. LaLoy, de la réduction de la couronne; mais, il ne faut pas perdre de vue que c’est la couronne qui détermine les changements radiculaires, car elle est tout d’abord la partie formée, et quand la racine s’édifie, rien ne peut être changé dans la forme ou le volume de la couronne.

Grâce à WE1DENREICH F. surtout, nous avons une connaissance complète de la denture de l'Hominidé, au stade anthropien qui correspond au Pléistocène inférieur. D’après ce savant, les dents du Sinanthrope forment un bloc qui se distingue nettement des blocs constitués par les Anthropoïdes, les Néanderthaliens et Homo sapiens, les autres groupes pouvant entrer en ligne de compte n’étant représentés que par des individus isolés. Par rapport aux dents humaines, celles du Sinanthrope se distinguent par les principaux caractères suivants : elles sont plus grandes et plus massives et présentent souvent un résidu de la ceinture (cingulum) qui existe chez les Anthropoïdes, dont elles se rapprochent également par les rides nombreuses de la surface tri-

turante ; elles ont tendance au faurodontisme — grande dimension de la cavité pulpaire — à l’égard des Néanderthaliens.

Chaque dent a, de plus, son caractère propre Far rapport à la dent correspondante des autres blocs, maïs ces caractères sont localisés soit à la dent supérieure, soit à l’inférieure. Grâce à cette particularité, il suffit, pour les connaître, de considérer successivement les deux incisives supérieures, la canine, les prémolaires et les deux premières molaires inférieures; la troisième molaire présentant des caractères variables, est moins bien définie,

Incisives supérieures : Leur face palatine est fortement creusée en forme de « pelle » concave. Ce caractère aui fait défaut chez les Néanderthaliens, à été découvert par Ærdliéka dans la grand’race mongoloïde (Amérindiens et Mongoliens d’aujourd’hui). WEIDENREICH paraît, de ce fait, mettre le Sinanthrope en connexion génétique avec les Mongoloïdes. Mais on ne sait pas encore si ce caractère existe chez les Ainos.

Canine inférieure : Elle est incisiforme, présentant une lame coupante large avec, souvent, une petite pointe au milieu, fait inattendu. WEIDENREICH s’autorise de ce caractère pour dénier à la canine humaine la valeur d’une persistance simienne; sa pointe acérée serait un caractère réacquis par l’ Homme.

Prémolarres inférieures : Ce sont les dents qui ont le mieux conservé la morphologie pithécoïde. La prémolaire inférieure humaine à son grand axe, représenté par les deux cuspides, dirigé perpendiculairement à l’arc alvéolaire et, tandis que les deux cuspides sont rapprochées, le long de cet axe médian, elles sont bordées, de part et d’autre, par une fossette. Chez le Sinanthrope, l’axe glosso-vestibulaire est oblique vers l’avant et l’extérieur ; de plus, la masse des deux cuspides se place dans la partie antérieure (mésiale) de la surface triturante, ce qui crée une large fossette dans la partie postérieure (distale) de la dent et engendre un vrai talonide entre la dite fossette et le bord distal de la dent. Cette présence d’un talonide accuse une morphologie molariforme des prémolaires, qui, non seulement à disparu chez l'Homme, maïs n’est plus que légèrement marquée chez les Anthropoides.

Molaires inférieures : Chez les Anthropoides, st notamment chez Gorilla, la taille des molaires inférieures à tendance à croître d'avant en arrière, tandis que chez l’ Homme, elle décroît (WEIDENREICH). Sous ce premier point de vue, les molaires inférieures du Sinanthrope se rapprochent du type anthropoïde.

Quant à la surface triturante, elle peut présenter l’un ou l’autre des types suivants :

a) Type dryopithèque : Six cuspides d’avant en arrière — du côté vestibulaire : protocônide, hypocônide, mésocônide:; du côté lingual : métacônide, entocônide, sixième tuberceule —; la partie antérieure ou trigonide est plus large que la partie postérieure ou talonide ; le métacônide est plus grand que les autres cuspides et en contact partiel avec l’hypocônide ;

b) Type « + » (ainsi appelé parce que les sillons y dessinent la forme du signe +) : cinq cuspides dont la cinquième — mésocônide — se trouve à l’arrière, entre deux rameaux postérieurs du sillon mésio-distal.

Ceci dit, W&ipENReICH établit que la première molaire inférieure partage avec les Anthropoides les douze caractères communs suivants :

1. - La première molaire est légèrement plus petite que la seconde ;

2. - La longueur (mésio-distale) est plus grande que la largeur (glosso-vestibulaire) :

3. - Le trigonide est plus large que le talonide ; 4. - Il y a six cuspides distinctes :

5. - Le métacônide est la cuspide la plus grande; il est plus long que le protocônide et l’hypocônide est plus petit que le mésocônide ;

6. - Les cuspides sont disposées de telle sorte que trois d’entr’elles occupent la moitié vestibulaire et trois la moitié linguale ;

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