‹ La dentelle et la broderie sur tulle (volume 2)Chapitre 12 sur 69 · SW · texte numérisé non relu

SW

ISS

LA

DENTELLE et la broderie sur tulle.

fiscaux c’est, au contraire, le fondu des contours. « L’aiauX a dit justement Charles Blanc, est au fuseau ce que le £U1 e’ j. ^ l’estompe. Le dessin, que le fuseau adoucit, l’ai-

01 üldc précise et’ 611 (luel(îue sorte’ le burine (!)• n La denà i’aio'uille a plus d’éclat et sert à des usages plus nobles; te |Centeile aux fuseaux a plus de souplesse et de charme, et ses flots vaporeux semblent faits pour idéaliser la grâce.

Le nom de dentelle appartient spécialement à la dentelle ,mx fuseaux, tandis que la dentelle confectionnée à l’aiguille 1 rte ja désignation générique de point. Jusqu’à la fin du ,èone de Louis XIV, cette distinction était connue et appliquée par la mode. Sous Louis XV, letiquette de la cour prescrivait , je p0rt du point aux réceptions d’hiver, l’usage de la dentelle aux fêtes d’été. Mais déjà dès le milieu du XVIIIe siècle on commença à perdre la distinction primitivement établie de dentelle et de point. Aujourd’hui on dit indifféremment point de Bruxelles et dentelle de Bruxelles, bien qu’il s’agisse d’une dentelle faite à l’aiguille. On dit aussi : point de Lille, point de Flandre, alors que, pour parler correctement, il faudrait dire : dentelle de Lille, dentelle de Flandre, tout comme on dit : dentelle de Binche et dentelle de Malines.

L’appellation moderne de point désigne généralement, dans une dentelle, la forme particulière des mailles dont se compose son réseau.

A part les torchons, les guipures et les dentelles qui en sont dérivées, toutes les dentelles aux fuseaux comprennent deux parties principales : le fond ou réseau , les ornements ou fleurs . Bans certaines dentelles, le fond ne se fait plus aux fuseaux ; ainsi , e f°n(l du point d’ Angleterre se fait à l’aiguille et le réseau de application de Bruxelles aux fuseaux est en tulle mécanique, 1Wr ou blanc. C’est cependant toujours par les mailles du eseau quon distingue les différentes dentelles dont les parties nates sont confectionnées sur le carreau. (Voir fig. 23.)

I1) Charles Blanc, L’art dans la parure, p. 229.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

Voici un tableau des diverses dentelles aux fuseaux fabriquées en Belgique, avec l’indication de celles qui ont pour fond un réseau à mailles :

Classification des dentelles aux fuseaux.

Valenciennes ....

réseau aux fuseaux.

Point de Flandre .

Binche

Malines

Point de Lille

Point de Paris

Chantilly

Blonde ou dentelle espa-

gnole

Point d’Angleterre .

réseau à l’aiguille.

Application de Bruxelles.

réseau en tulle mécanique

Torchon

pas de réseau.

Guipure (1) .

Duchesse

Bruges

Dentelles mélangées.

Fantaisies.

Le dentelles aux fuseaux sont, en général, d’une exécution plus facile que les points à l’aiguille. Il est certain que l’ouvrière en point à l’aiguille a plus d’initiative à déployer. Elle n’a pour se guider qu’un fil de trace; lout le reste, elle doit pour ainsi dire le créer avec son aiguille ; de plus, son travail est d’une extrême finesse. La fonction de la dentellière est, au contraire, plus mécanique. Elle se borne à suivre pas à pas les indications du modèle placé sur son carreau et le maniement des épingles et des fuseaux devient chez elle un mouvement presque instinctif. — D’autre part, le mécanisme du travail aux fuseaux ne s’acquiert pas vite. L’apprentissage de certaines

(1) Sauf en ce qui concerne le point de Milan, la guipure n’a pas de réseau.

dentelles est extrêmement long et leur exécution est parfois si ardue, que seules les ouvrières exceptionnelles peuvent l'entreprendre.

La fabrication de la dentelle aux fuseaux est aussi moins divisée que celle du point à l’aiguille. En général, la même ouvrière commence et achève une dentelle. Cependant, le point d’Angleterre, l’application de Bruxelles et quelques autres dentelles aux fuseaux se font par morceaux et ceux-ci doivent être ensuite réunis ou appliqués. De plus, une grande difficulté dans la fabrication des dentelles aux fuseaux, c’est l'exécution des patrons qui servent à faire de nouveaux dessins.

Pour les dentelles étroites et peu compliquées, la confection d’un patron nouveau est facile. Au surplus, le besoin de dessins nouveaux, et par conséquent de patrons, ne se fait que rarement sentir dans ce genre de dentelles. Pas de difficulté non plus lorsqu'il s’agit de dentelles se fabriquant avec un nombre de fuseaux très restreint, telles que la duchesse, le Bruges, l’application, le point d’Angleterre.

Mais où la difficulté commence, c’est lorsqu’il faut exécuter en dentelle fine un dessin nouveau de quelque importance. Il ne suffit pas que la patronneuse soit une ouvrière rompue au métier. Il faut encore quelle soit au courant de cet art tout spécial qui consiste à traduire en dentelle une idée neuve. Seules, quelques ouvrières très intelligentes et possédant tous les secrets de la fabrication sont capables de patronner une dentelle. Cet art, elles l’ont appris d’une autre patronneuse et elles le transmettront à une ou deux élèves jugées dignes de cette faveur ; si elles négligent de faire connaître leur secret, l'art dont elles sont les seules dépositaires est condamné à disparaître avec elles.

Avant d'examiner le mécanisme de la fonction de patronneuse, donnons une idée générale du travail de la dentellière ordinaire.

Le matériel de la dentellière comprend : un coussin, géné-

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

râlement monté sur un support; du fil, des fuseaux, un dévidoir et un rouet, des épingles, un patron et, si le dessin à exécuter est difficile, un modèle en dentelle.

Le coussin servant à la confection de la dentelle aux fuseaux s’appelle, suivant les pays: carreau, oreiller, métier, tambour. En Belgique, l’appellation de carreau est seule connue (en flamand : kussen , coussin).

Le carreau employé en Belgique (fig. 24) présente une surface légèrement bombée ; son épaisseur est d’environ 18 centimètres; sa forme carrée, si la dentelle à exécuter est un volant, ronde, si le travail doit être fait par morceaux ou sur un métier tournant; il est bourré de coton, de laine ou d’une autre matière qu’une épingle peut percer facilement et couvert d une enveloppe d’étoffe solide et très bien tendue, pouvant tenir droites les épingles qu’on y enfonce légèrement : cette étoffe est le plus souvent un morceau de forte toile bleue.

C’est sur ce carreau que l’ouvrière place le dessin à reproduire et quelle exécute la dentelle. Le carreau est lui-même placé sur un chevalet ou, plus rarement, sur un escabeau, et maintenu dans une position légèrement penchée, comme l’indique la figure 24.

Les coussins carrés sont divisés en deux parties,qui s’adaptent l’une à l’autre. La plus large, qui absorbe les trois quarts du coussin, sert exclusivement à la fabrication de la dentelle; la seconde, qui est la continuation du coussin, sert de fermeture à un tiroir ménagé dans la première partie. Ce tiroir renferme la dentelle achevée et est destiné à empêcher quelle se salisse; il reste fermé pendant que l’ouvrière travaille. Lorsque l’ouvrière arrive avec la dentelle en voie d’exécution au bout de son carreau, elle peut allonger celui-ci en fixant à l’extrémité inférieure la partie étroite du carreau qui est adaptée au tiroir.

Les coussins ronds employés pour les dentelles du genre duchesse n’ont pas de tiroir; on les recouvre d’une étoffe percée d’un trou de 5 à 6 centimètres de diamètre. Ce morceau d’étoffe protège la dentelle achevée et lui conserve sa

Fig. 24.

La dentellière flamande et son carreau, (Cliché de M. Joseph Casier.)

fraîcheur, tandis que le trou pratiqué dans son milieu laisse à découvert la partie qui est en voie d’exécution.

Très rarement, les ouvrières belges se servent pour l’exécution des petits volants d’un coussin rond en forme de manchon (fig. 25) , analogue à celui qu’on emploie en Saxe, en Angleterre et en Irlande.

Ce manchon est engagé dans un coussin plat et tourne sur un axe fixé à l’intérieur du coussin. Son diamètre est calculé de telle sorte que le dessin à reproduire en dentelle occupe toute la longueur du cercle décrit par le manchon. Le coussin plat est muni d’un tiroir, tout comme les coussins carrés, et généralement on le recouvre d’une étoffe percée d’un trou qui laisse émerger le manchon. Un coin de bois, placé entre le coussin plat et le manchon, empêche celui-ci de bouger pendant l’exécution de la dentelle ; quand une partie de la dentelle est achevée, l'ouvrière enlève le coin, donne un tour au manchon, met dans le tiroir la dentelle terminée, puis replace le coin et continue son ouvrage .

Ce genre spécial de coussin n'est guère employé que par les ouvrières de Cerfontaine (province de Namur). Son usage est très avantageux pour la confection des petits volants; en effet, l’ouvrière qui se sert d’un coussin carré doit, comme nous l’expliquerons plus loin, déplacer toutes ses épingles chaque fois quelle arrive

Fig. 25.

Coussin en forme de manchon, EMPLOYÉ PAR LES OUVRIÈRES DE CERFONTAINE.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

Fig. 26. — Fuseaux employés en Belgique.

1, 2 et 3. Valenciennes. — 4. Malines (cordonnet). — 5 et 6. Matines.

au bout du patron quelle traduit en dentelle, et par là elle perd un certain temps. Avec le coussin en forme de manchon, l’ouvrière se borne à imprimer de temps à autre un mouvement de rotation à son dessin, dont elle ne voit jamais la fin, et ainsi, elle peut gagner assez bien de temps dans la confection des petites dentelles. L’emploi du manchon n’est pas à conseiller pour les dentelles plus larges.

Les fuseaux (fig. 26 et 27) sont des petits instruments de bois, qu’on suspend au bout des fils à dentelle pour faciliter le maniement de ceux-ci par l’ouvrière.

Fig. 27. — Fuseaux employés en Belgique.

7. Point de Paris. — 8. Application de Bruxelles. — 9. Torchon. — 10. Duchesse.

La tradition rapporte que les premiers fuseaux étaient de plomb ( piombini ) ou d’os ( bonework ) (1); aujourd’hui ils sont généralement faits en bois de buis, et l’on y distingue trois

(1) D’après Mrs Bury Palliser, le mot bonework (en anglais : travail aux fuseaux) serait dérivé de l’os (en anglais : bone ) du pied de mouton, dont on se servait, en guise de fuseau, avant l’invention des fuseaux de bois. Yoy. aussi la note de la page 100.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

parties principales : la poignée , la casse et la tête. La poignée a la forme d’une poire plus ou moins allongée ; c’est par elle que l’ouvrière saisit le fuseau. La casse est une bobine terminant le fuseau et placée immédiatement au-dessus de la poignée ; l’autre extrémité du fuseau est formée par la tête, seconde espèce de bobine, mais si petite relativement à la casse qu’on la prendrait plutôt pour une rainure.

Chaque espèce de dentelle a ses fuseaux, mais les ouvrières emploient souvent une espèce pour l’autre. En règle générale, les dentelles se faisant sur carreau rond demandent seules des fuseaux à tète et le poids des fuseaux, ainsi que leur dimension, doivent être en rapport avec la solidité du fil employé.

Aussi les dentelles dont les Heurs et ornements sont entourés d’un gros fil ou d’un cordonnet se font avec deux sortes de fuseaux : des petits pour les parties de dentelle exécutées en fil fin, des grands pour faire les contours des fleurs.

Quant au nombre des fuseaux à employer, il est subordonné à la largeur de la dentelle et peut varier de 4 à 1,200 et plus.

Le dévidoir et le rouet ou bobinoir (fig. 28) servent à charger les fuseaux de fil. L’ouvrière reçoit le fil en écheveaux et en charge d’abord un dévidoir ordinaire; puis elle fixe le fuseau par la poignée et par le bout de la bobine sur un petit chevalet dont les échancrures sont tournées du côté opposé au dévidoir. Le fil du dévidoir est attaché par un nœud sur la bobine du fuseau, et celui-ci est relié, d’autre part, à un rouet, au moyen d’un lacet faisant l’office de courroie sans fin. Un mouvement de rotation est alors imprimé au rouet par la dentellière et le fuseau se met à tourner, entraînant avec lui le dévidoir et se chargeant de son fil.

Assez fréquemment, le rouet est remplacé par une simple lanière que la dentellière passe dans un anneau fixé à sa ceinture et à laquelle elle imprime un mouvement de rotation qui met en branle le fuseau et le dévidoir.

Dentellière brugeoise se servant de son rouet et de son dévidoir

(Cliché de M. Joseph Casier.)

Lorsque le fuseau est suffisamment chargé de fil, l’ouvrière arrête le rouet et jette le fuseau dans un panier; tous les fuseaux étant ainsi préparés, l’ouvrière fixe sur le devant de son carreau, au moyen de quatre épingles, un morceau de papier ou de toile cirée, destiné à empêcher que les poignées de ses fuseaux n’usent la toile du carreau ; souvent elle enduit ce papier d’un peu de poudre de savon. Les préliminaires de la fabrication sont terminés ; l’ouvrière peut commencer sa dentelle.

Elle place d’abord sur son carreau le modèle à reproduire. Le plus souvent ce modèle est une piqûre (en flamand : francien) indiquant les endroits où la dentellière doit placer les épingles qui serviront de support à la dentelle. Lorsque la dentelle à exécuter est un volant, la piqûre a toujours 25 centimètres de long (1) et, d’après la finesse du dessin, elle est faite sur un parchemin teint en vert, sur du papier bleu épais ou parfois aussi sur du carton brun (2) ; lorsque, au contraire, il s’agit d’une dentelle se faisant sur coussin rond, la dimension du patron est variable et le dessin est toujours piqué ou tracé sur papier bleu. Si la dentelle à exécuter est compliquée et si la dentellière la fait pour la première fois, elle reçoit, outre la piqûre, un modèle en dentelle, quelle place devant elle sur son coussin.

Pour fixer sur son carreau le patron quelle veut imiter et pour exécuter sur ce patron une dentelle, l’ouvrière se sert d’épingles de cuivre, dont la longueur varie d’après les dentelles. Pour la duchesse, le Bruges, l’Angleterre et l’application de Bruxelles, les épingles ont environ 9 millimètres de

(1) Cette longueur de 23 centimètres provient de ce que le parchemin vert employé dans l’industrie dentellière se débite toujours par bandes de 23 centimètres de large. Une fois pour toutes, on a pris comme longueur de tous les patrons de volants cette mesure, qui équivaut environ à un tiers d’aune.

(2) Les patrons de volants, qu’ils soient piqués sur papier ou sur parchemin, sont invariablement désignés en flamand sous le nom de perkament. Cette désignation est plus fréquemment employée par les ouvrières que celle de francien.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

long; pour les autres dentelles, elles ont de 17 à 20 millimètres. Sur le devant du carreau est toujours fixée une pelote où la dentellière prend les épingles qui lui sont nécessaires et où elle place celles qui deviennent inutiles (1).

L’ouvrière commence par fixer une première épingle sur un point principal de son dessin, dans le haut du patron. Elle assujettit à cette épingle le fil d’un de ses fuseaux, par un nœud quelle serre fortement, et, le fil étant ainsi attaché, le fuseau se trouve suspendu. L’ouvrière dévide le fil de la bobine de son fuseau autant qu'il est nécessaire pour quelle puisse travailler et empêche qu’il se dévide davantage en lui faisant faire deux ou trois tours contre le gland qui termine la bobine à sa partie supérieure.

L’ouvrière place de la même manière une deuxième épingle, à laquelle elle attache un deuxième fuseau, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle ait sur son carreau le nombre de fuseaux nécessaires à l’exécution du dessin. L’ouvrière compose alors son tissu en croisant ou en tressant les fuseaux, en les faisant passer les uns sur les autres et en les changeant de place, tout en leur imprimant un mouvement de rotation. Au fur et à mesure que le travail s’achève, l’ouvrière place ses épingles plus loin.

Il serait fastidieux de décrire les différentes évolutions que l’ouvrière fait faire à ses fuseaux pour exécuter les différents points ou figures dont se compose un dessin à dentelle. Ces mouvements varient à l’infini et sont déterminés par le genre de dentelle à exécuter et par la forme des figures à reproduire. Ils ont d’ailleurs ceci de commun, c’est que les épingles, de quelque façon qu’on les emploie, leur servent constamment de point d’appui.

(d) D’après les traditions conservées chez quelques vieilles ouvrières, en particulier dans le Devonshire, lorsque l’on commença à faire de la dentelle aux fuseaux, les épingles, étant alors fort chères, furent remplacées par de fines arêtes de poisson. L’expression bonework, que nous avons rencontrée plus haut, se prête à cette supposition, le mot arête n’ayant pas de correspondant en anglais et se traduisant, comme le mot os, par boue.

Supposons, par exemple, qu’il s’agisse de former un point triangulaire ou une maille carrée. Il est évident qu’on ne formera pas avec des fils flexibles les contours d’un triangle ou d’un carré sans constituer trois ou quatre points d’appui : ces

Fig. 29. — Fabrication des dentelles aux fuseaux du genre duchesse.

points d’appui, ce sont les épingles, que l’ouvrière place au sommet de chaque angle. Il est encore évident que, si les fils netaient pas arrêtés autour des épingles par des nœuds ou par de nouvelles figures, les épingles ne seraient pas plus tôt

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

retirées du coussin, que les fils se déplaceraient, s’embrouilleraient et ne formeraient plus aucune figure régulière.

Sans entrer dans les détails d’exécution de chacune des dentelles aux fuseaux, nous croyons cependant devoir établir une distinction capitale entre les dentelles au point de vue de leur fabrication.

Les dentelles aux fuseaux se classent en deux catégories : d’une part, le point d’Angleterre, l’application de Bruxelles, la duchesse, le Bruges et certaines grosses guipures ; d’autre part, les guipures fines, les torchons et toutes les dentelles dont le fond est un réseau fait aux fuseaux.

Ces deux catégories de dentelles diffèrent entre elles par les points suivants :

I. — Les dentelles de la première catégorie se font par petits morceaux séparés, destinés à être réunis par des brides ou par des points de raccroc. Brides ou points sont ajoutés surle-champ, mais néanmoins chacun de ces morceaux forme un ensemble indépendant, comme l’indique la figure 29 ; la dentellière achève un premier morceau, le termine par un nœud solide placé au revers de la dentelle et coupe les fils qui rattachaient ses fuseaux aux épingles ; puis elle passe au second, qu’elle rattache immédiatement au premier, et ainsi de suite.

La dentellière qui fait ces sortes d’ouvrage emploie, outre ses fuseaux, un petit crochet appelé guipoir , semblable à celui des brodeuses sur tulle (fig. 1 18).

Les autres dentelles — presque toutes des volants ou entredeux — se font, au contraire, en une pièce (1). Béseau, fleurs et ornements de tout genre sont exécutés en même temps, avec les mêmes fils (fig. 30). Ces fils courent d’un bout à l’autre de la dentelle, comme la chaîne dans la toile.

IL — Pour la confection des dentelles de la première caté-

(1) A l’exception toutefois de la dentelle de Chantilly et de la Blonde ou dentelle espagnole. (Voy. plus loin.)

gorie, le nombre des fuseaux est toujours très peu élevé; les plus ordinaires de ces dentelles, le Bruges et la duchesse commune, demandent invariablement douze ou quatorze fuseaux. Pour les dentelles à réseau, le nombre des fuseaux varie en proportion de la largeur et de la complication du dessin et les épingles piquées tout en haut du patron soutiennent fréquemment plusieurs fuseaux. Le nombre des fuseaux nécessaires pour la confection des beaux volants est parfois si considérable, que la dentellière, pour ne pas les mêler, les sépare en tas au moyen de longues épingles de cuivre, de dix à douze centimètres, qu’elle fixe à divers endroits de son carreau ; elle ne garde alors sous la main que les fuseaux nécessaires pour travailler à une petite partie du volant ; quand cette partie est achevée, ces fuseaux sont à leur tour mis en tas et l’ouvrière se sert des fuseaux du tas voisin.

III. — L’usage des épingles est très différent dans la confection des deux genres de dentelle. L’ouvrière qui fait une dentelle du premier genre se contente de placer ses épingles sur le contour extérieur du morceau à exécuter et elle les enfonce jusqu’à la tête dans le carreau. Ces épingles restent

Fig. 30. — Fabrication des dentelles aux fuseaux

Page 1