AYANT UN RÉSEAU
ainsi placées jusqu a ce que la dentelle entière soit achevée; alors seulement on les enlève. La confection d’une dentelle du second genre exige, au contraire, que les épingles soient fixées à l’intérieur du dessin à reproduire, dans tous les trous qu’indique la piqûre. Ces épingles ne sont que légèrement enfoncées dans le carreau et elles sont enlevées et placées ailleurs au fur et à mesure que la dentelle avance. Quand la dentellière arrive au bout de sa piqûre, elle enlève toutes les épingles, met dans le tiroir de son carreau la dentelle achevée et continue celle-ci au point où elle l’avait laissée en piquant de nouveau ses épingles au haut du patron.
IY. — Le maniement des fuseaux diffère, lui aussi. Dans les dentelles de la première catégorie, il se réduit à deux opérations, toujours les mêmes:
8 ou 10 fuseaux sont attachés à des fils, qui pendent dans le même sens; 2 fuseaux chargés d’un fil plus fort font une bordure en léger relief; 2 autres sont portés alternativement de gauche à droite et de droite à gauche et font le point de toile (fig. 31 et 53). Ailleurs, ce point est remplacé par des fils se croisant en diagonales et formant avec d'autres fils, perpendiculaires à la bordure, des espèces de mailles hexagones, comme dans le torchon
Fabrication des dentelles aux fuseaux (point réseau ) ^fig. 32). Le du genre duchesse (point de toile). point de toile, plus serré,
représente les parties claires du dessin, le point réseau figure les parties ombrées. A part
les brides, en forme de tresses, et quelques jours aux fuseaux, très sommaires et d’un usage peu fréquent, les dentelles de cette catégorie ne comprennent que les points indiqués ci-dessus, exécutés
Fia. 32. — Point réseau. , . . n
avec plus ou moins de finesse.
La confection des autres dentelles est plus compliquée.
Chacune d’elles comprend plusieurs parties différentes, qui nécessitent des points spéciaux et très variés : le réseau, qui se fait à l’aide de fils réunis en torsade ; la partie mate des fleurs, appelée plat ou toilé, à cause delà ressemblance quelle a avec une fine batiste; les jours, composés de mailles plus riches, de points d’esprit , de points de neige; les cordonnets, qui entourent le toilé, dans certaines dentelles.
Y. — Enfin, dernière différence, les dentelles de la seconde catégorie sont les seules dont les patrons demandent à être préparés par des ouvrières spéciales, véritables artistes en leur genre.
Un mot sur le travail de la patronneuse. Sa fonction est double : elle reçoit un dessin indiquant les contours du motif à reproduire ; elle doit en faire un modèle en dentelle et une piqûre, destinée à l’ouvrière qui
1 1 . .Zi Fig. 33. — Fabrication des dentelles
reproduira le dessin après elle, aux fuseaux du genre duchesse.
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La patronneuse (1) pose d’abord sur son carreau une bande de papier bleu et, par-dessus, le dessin à reproduire. Elle dispose le nombre nécessaire de fuseaux et, sans autre guide, elle commence la dentelle, fixant des épingles aux endroits voulus, au fur et à mesure que le travail avance. La difficulté technique de son art consiste à traduire en une série régulière
Fig. 34. — Modèle d’une dentelle de Malines, exécutée par
UNE PATRONNEUSE DE TüRNHOUT.
(Propriété de M. .4. Cartier.)
de trous d epingle un dessin dont ces perforations ne suivent pas les lignes comme le ferait un pochoir, mais indiquent seulement certaines intersections importantes. Quand la den-
(1) Cel exposé des fondions de la patronneuse est emprunté à un article du chevalier de Wouters de Bouchout, sur l'industrie dentellière à Malines.
Fig. 3S. — Volants en Valenciennes a mailles bondes.
tellière a ainsi exécuté en dentelle un motif complet, dont la répétition formera une pièce, elle a achevé un modèle (fig. 54) et enlève celui-ci du carreau. Elle prend alors le papier bleu perforé en même temps que le dessin et l’applique sur une bande de parchemin teint en vert, de 25 centimètres de long. Elle reporte sur cette bande, autant de fois que sa longueur le permet, les perforations qui indiqueront à la dentellière les endroits précis où il lui faudra placer ses épingles et le patron peut, dès lors, être remis entre les mains de la dentellière et reproduit aussi souvent que l’on veut.
J . Valenciennes.
La Valenciennes n’a reçu son appellation définitive qu’au XVIIIe siècle. Au temps de Colbert, cette manufacture avait son centre au Quesnay et à Valenciennes. D'après Mrs Bury Palliser, la fabrication de cette dentelle, dans la ville de Valen • ciennes, date du XVe siècle'. Mais certainement les ouvrières flamandes transportées en France par Louis XIV contribuèrent à lui donner son caractère définitif ; ce furent elles qui enseignèrent ce travail d’un plat serré, qui était le tissu des fleurs de l’ancien point de Flandre et qui s’est conservé dans la Valenciennes moderne. On peut donc considérer le point de Flandre comme la dentelle qui donna naissance à la Valenciennes.
Les fleurs de l’ancien point de Flandre étaient très rapprochées les unes des autres. Peu à peu on les entassa moins, les espaces qui les séparaient s’agrandirent et, dès le XVIIe siècle, on les remplissait d’une sorte de guipure mouchetée de pois répandus comme de la neige. Ce fond en points de neige ou fond de neige devint aussi le réseau de la dentelle de Binçhe, et il s’est conservé dans le point de Flandre qu’on exécute encore de nos jours.
Après divers tâtonnements, le réseau classique auquel Valen-
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ciennes attacha son nom devint une maille carrée ou ronde (1), régulière, transparente et d’un travail natté très solide. Dans cette dentelle, qui ne s’est plus guère modifiée depuis le XVIIIe siècle, le toilé est sans le moindre relief ; ceci facilite beaucoup le lavage, qualité précieuse pour une dentelle destinée surtout à garnir le linge.
(1) L’examen d’une barbe en Valenciennes, datant du XVIIIe siècle et conservée au musée de Cluny, nous fait croire que, bien que la maille carrée fût au début la plus répandue, l’invention de la maille ronde doit cependant remonter à la même époque.
Le réseau de cette barbe est à mailles carrées, sauf sur une distance de 20 centimètres environ. Cette partie, qui termine une des extrémités de la barbe, a pour fond un réseau à mailles rondes et est rattachée très habilement à l’autre partie. Le dessin du mat est, à peu de chose près, le même dans les deux parties, qui semblent remonter à la même époque et ont sans doute été exécutées par deux ouvr'ères différentes.
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Fig. 36. — Dentelle épiscopale. (Débuis de la Valenciennes à mailles rondes.)
Jusqu’à la Révolution française, Valenciennes resta le centre de la dentelle qui portait son nom. La fabrication y était d’une finesse et d’une beauté extrêmes. On appelait les dentelles fabriquées à Valenciennes et dans les environs Valenciennes éternelles et aussi vraies Valenciennes , par opposition à celles fabriquées à Bailleul, Lille, Arras et dans la Flandre belge; celles-ci étaient connues sous le nom de fausses Valenciennes ou Valenciennes bâtardes. Et parmi les vraies Valenciennes, on distinguait encore celles qui avaient été faites dans la ville même et celles qui étaient l’œuvre des dentellières habitant les villages des environs. Celles de la ville étaient remarquables pour la beauté du fond, la perfection du dessin, légalité du tissu. « Ce beau travail, disait M. Dieudonné (1), est tellement inhérent au lieu, qu’un fait bien établi c’est que, si une pièce de cette dentelle était commencée à Valenciennes et finie hors des murs, cette dernière partie serait visiblement moins belle et moins parfaite que l’autre, quoique continuée par la même dentellière, avec le même fil, sur le même carreau. »
« Les Valenciennois, écrit Mrs Bury Palliser, prétendent que ce phénomène est causé par l’influence de l’atmosphère, et ce n’est pas improbable. A la ville, les ouvrières travaillaient dans des caves, dont l’humidité convenait au fil ; aux environs, elles travaillaient en plein air, ce qui devait sécher le fil et le rendre plus difficile à manier. »
La dentelle exécutée dans la ville même était généralement si belle et d’un travail si long, que, pendant que les dentellières de Lille faisaient de deux mètres à trois mètres et demi de dentelle par semaine, celles de Valenciennes pouvaient à peine en produire de 35 à 40 millimètres, dans le même espace de temps. De certaines Valenciennes une ouvrière ne pouvait faire que 36 centimètres par an, en travaillant 14 heures par jour ; de là, le prix élevé des anciennes
(1) Statistique du Departement du Nord, par M. Dieudonné, préfet du Nord en 1804.
MO
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Valenciennes, bien supérieures à celles qu’on fait à présent.
La Révolution fut fatale aux Valenciennes faites en France et cette belle industrie se transporta presque entièrement en Belgique. Introduite à Ypres au milieu du XVIIe siècle, elle ne cessa de s’étendre dans notre pays et elle gagna rapidement les deux Flandres et même quelques villages du Brabant et du Hainaut. On faisait la Valenciennes dans les villes comme dans les campagnes et les couvents rivalisaient avec les ouvrières travaillant à domicile. Plusieurs auteurs décrivirent alors nos béguinages et les écoles dentellières qui en dépendaient. Parlant du béguinage de Gand, le plus célèbre de tous, Arthur Young écrivait en 175G: « Les femmes y sont au nombre de près de 5,000; elles vont où elles veulent et elles emploient leur temps à faire de la dentelle. » Cette fabrication ne fit que se développer avec la Révolution. Tandis que, malgré les efforts de Napoléon, les manufactures de Valenciennes, de Lille et d’Arras étaient obligées de fermer, la fabrication belge des Valenciennes fît des progrès constants jusqu’au milieu du XIXe siècle.
D’après Y Exposé de la situation de la Flandre orientale pour 1851, « il existait, avant 1840, 63 écoles dentellières dans les villes de cette province; les communes rurales n’en avaient que 21. Depuis 1840, il en a été établi 301 autres, la plupart dans ces dernières localités, et dans 165 de ces écoles on enseignait exclusivement la fabrication du point de Valenciennes. » En Flandre occidentale, cette fabrication était plus générale encore et la Valenciennes était presque la seule dentelle connue des ouvrières.
La vogue des Valenciennes a passé. L’imitation mécanique de ces dentelles, leur prix élevé et la rémunération insuffisante des ouvrières qui les font, enfin l’introduction d’autres dentelles moins chères et plus voulues, ont été autant de causes de décadence pour cette jolie dentelle.
11 y a quelques années mourait à Valenciennes la dernière
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dentellière de cette ville. Heureusement, nous n’en sommes pas là en Flandre, mais l’avenir de la Valenciennes belge n’en est pas moins très menacé.
Les vieilles ouvrières sont seules à faire les belles Valenciennes ; les jeunes font des petits volants ou des entre-deux très communs ou, plus souvent encore, elles ont abandonné complètement la fabrication de cette dentelle. C’est là d’ailleurs une situation que nous verrons se reproduire fréquemment dans l’industrie dentellière.
La fabrication de la Valenciennes s’est presque entièrement retirée des villes. A Bruges seulement, 2,000 ouvrières environ, sur un total de 3,394, recensées en 1896, font de la Valenciennes ; près de 500 ouvrières la fabriquent à Poperinghe et l’on en trouve aussi quelques-unes perdues dans les quartiers pauvres de Courtrai, Ypres, Menin, Dixmude, Fûmes, Nieuport et Deynze.
Les principaux centres de l’industrie sont, pour la Flandre occidentale, les environs d’Ypres, de Courtrai, de Dixmude, de Lichtervelde et de Bruges. Mais on peut dire, d’une façon plus générale, qu’on fait encore la Valenciennes dans presque tous les villages de cette province où l’on s’occupe de dentelle. Thielt, Wyngene et plusieurs communes environnantes sont les seuls centres qui aient abandonné presque complètement la fabrication de la Valenciennes pour faire de la duchesse et du Bruges.
En Flandre orientale, le sud et l’est^de la province ont tout à fait délaissé la Valenciennes; on en fabrique encore aux environs de Deynze, Nazareth, Aeltre, Eecloo et Maldegem, et à Gand, où le travail aux fuseaux n’existe plus qu’à l’état de souvenir, on trouve encore deux fabricants de Valenciennes (1).
(1) Gand fut un centre célèbre pour la fabrication de la Valenciennes et la dentelle qu’exécutaient ses ouvrières et ses béguines était connue sous le nom de denlelle de Gand (fig. 22). La renommée delà dentelle de Gand était si
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La Valenciennes, qui se faisait autrefois en fil de lin. se fait aujourd’hui presque exclusivement en fil de coton. Sa fabrication présente, d’après les régions où elle est pratiquée, des différences très perceptibles, surtout dans la confection du réseau. Les mailles de celui-ci sont rondes (fig. 55) ou carrées (fig. 37)..
La maille carrée, que la figure 58 reproduit fortement agrandie, est la plus répandue aujourd’hui et la mieux faite. Au XVIIIe siècle, les Valenciennes belges à mailles carrées étaient recherchées à l’étranger presque à l’égal des productions d’origine française, tandis que nos Valenciennes à mailles rondes ou hexagones passaient, à tort d’ailleurs, pour des imitations de la Malines.
Les Valenciennes à mailles rondes ne se font plus qu’à Bruges et dans les environs, dans quelques villages du pays
grande, au XVIIIe siècle, que riinpcratrice Marie-Thérèse exprima le désir, en 1743, d’en posséder une robe entière. Le 16 juillet de celte même année, les États de Flandre décidèrent, à l'unanimité des voix, d'offrir à la princesse une robe de dentelles de 23,000 florins et d’en payer les frais avec le produit des impôts du canton de Gand. Un an plus tard la robe était achevée; Marie-Thérèse en exprima toute sa satisfaction aux États de Flandre et leur envoya son portrait, où elle était représentée revêtue de la robe en question. Ce portrait est conservé à l' Hôtel de Ville de Gand, dans la salle des séances du conseil communal.
En 1810, l'impératrice Marie-Louise, passant par Gand avec Napoléon, se rendit au couvent des Maricolles, où se fabriquaient les plus belles Valenciennes, et, en remerciement d’un présent de dentelles qui lui fut fait, elle offrit aux religieuses une somme d’argent et une médaille d’honneur.
Après une visite que la famille royale de Belgique lit à Gand, en 1833, la Ville, désirant faire acte de loyalisme, fit présent à la duchesse de Brabant, aujourd’hui la reine Marie-Henriette, d une magnifique robe en dentelle de Gand, du prix de 20,000 francs; 80,000 fuseaux avaient fonctionné sans répit pendant les dix mois que dura l’exécution de cette robe. Ce fut une des dernières manifestations de la splendeur de l’industrie dentellière gantoise. Bientôt après, avec l’avènement de la grande industrie, la décadence de la dentelle de Gand commençait ; la fabrication a complètement cessé aujourd’hui. Seules, deux ou trois vieilles femmes la connaissent encore.
de Courtrai, entre autres à Harlebeke, et dans la région de Bailleul, en France.
La maille ronde est moins belle et moins transparente que la maille carrée; cela tient à ce que les fils qui forment la treille de la maille ronde ne sont tordus que deux fois, tandis que, pour la maille carrée, ils sont tordus jusqu a cinq fois. Au surplus, l’exécution moderne des fonds à mailles rondes laisse généralement beaucoup à désirer. (Voy.
les dentelles de la fig. 35, fabriquées à Harlebeke.)
En dehors de cette distinction capitale, on trouve encore, dans chaque région, des différences plus ou moins apparentes dans l’exécution des fonds de la Valenciennes. Ainsi, la maille de Bruges est plus régulière que celle d’Harlebeke, et dans ces deux centres certaines ouvrières font une maille qui se rapproche de la maille carrée ; aux environs d'Ypres et de Menin, la fabrication est particulièrement fine.
Le nombre de tours de chaque torsade de fil faisant un des côtés d’une maille varie également : à Gand, les fils faisaient deux tours et demi; à Courtrai et Menin, ils sont
Fig. 38.
— Réseau des Valenciennes a mailles carrées.
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Fig. 39.
Valenciennes a mailles carrées (fabriquée aux environs de Menin) Prix chez un fabricant de Menin :
fr. 3.50 l’aune
tordus trois fois et demie ; à Ypres, quatre ou cinq fois (1).
Il y a aussi des différences dans la confection du toilé. En Flandre orientale, le toilé est spécialement serré et uni. Le toilé de Gand (fig. 22) était magnifique et avait l’aspect de la toile la plus fine. En Flandre occidentale, le toilé des Valenciennes communes est souvent lâche et irrégulier. A Menin (fig.59) il est très lin et orné de petites ouvertures obtenues au moyen d epingles piquées dans la trame, en cours de fabrication. Les fabricants d’ Ypres et quelques facteurs de Deynze et Eecloo remplacent parfois le toilé ordinaire, où les fils se croisent à angle droit, par du point réseau, où les fils courent en trois sens. Ce toilé, dont la trame est plus claire, représente les ombres dans les fleurs; opposé au toilé ordinaire, il produit de très heureux effets.
(F. fig. 37, n° I et fig. 150.)
(1) Ypres et certains villages de la Flandre occidentale ont toujours été réputés pour la finesse de leurs produits. « A l’exposition de 1851, dit Mrs Bury Palliser, il y avait une Valenciennes d’Ypres du prix de 2,000 francs le mètre. La dentellière, en travaillant douze heures par jour, pouvait en faire à peine hui' millimètres par semaine; il lui aurait fallu douze ans pour en produire six ou sept mètres; elle gagnait en moyenne 3 francs par jour. »
L’exécution d’un même dessin par deux ouvrières habitant la même localité donne parfois lieu à des différences assez grandes. Les fig. 44 et 45 reproduisent un volant et un entre deux qui doivent servir à la même garniture et qui ont été exécutés dans un village des environs de Menin, par deux ouvriè-
res différentes ; le motif de ces deux dentelles est le même, et cependant l’exécution du volant ressemble si peu à celle de l’entre - deux que
Fig. 40. — Valenciennes ornées de jours aux fuseaux.
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Fig. Ai. — Valenciennes avec jours en fond de neige. (Propriété de M. A. Carlier.)
l’on croirait, à première vue, avoir devant soi des dessins differents.
Les fabricants ont créé, depuis 70 ans, une grande quantité de dessins fort gracieux, principalement des ramages, des rinceaux et des bouquets, qui ont avantageusement remplacé les fleurettes, les branchages et les semis uniformes des anciennes Valenciennes.
Cependant un bon nombre de types anciens sont encore de fabrication courante parmi les dentellières, qui les connaissent pour les avoir appris dans leur enfance. La plupart de ces dentelles ont reçu des ouvrières flamandes des surnoms que l’usage a consacrés.
En voici quelquesuns, qui m’ont été fournis par M. An-
toine Carlier : la Tulipe, la Croix de Courtrai, le Grain de blé, la Grappe de raisin, la Feuille de vigne, la Crevette, le Bec d’oiseau, le Chapeau de curé, la Hachette, le Petit vapeur (het Vapeur ke).
Diverses espèces de jours aux fuseaux (%.
40) ont été intercalés dans la Valenciennes; on y a fait figurer parfois l’ancien semis de points de neige (fig.41) ; on a pratiqué dans le toilé des ouvertures reliées entre elles par des barettes (fig. 42, 43, 44 et 45) ; on a même introduit dans les fleurs des jours en point à l’aiguille, d’un effet fort riche (fig. 37, n° 4).
Les fabricants ont créé aussi des articles de pure fantaisie, tels que les papillons des figures 42 et 43. Ces papillons, destinés à être piqués dans les cheveux ou cousus sur un corsage, sont d’une fabrication diffi-
Fig. 42. — Papillons en Valenciennes.
(fabriqués aux environs de Menin).
Prix chez un fabricant de Menin : fr. l.oO, 1.30 et 1.10.
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cile. Dans la fig. 42, le réseau est entouré de toilé, contrairement à la disposition ordinaire. Les papillons de la figure 43 sont tout en toilé et d’un fort beau travail.
On fait aussi, mais rarement, des Valenciennes en plusieurs pièces cousues ensemble ou appliquées sur réseau de Valenciennes, comme dans l’application de Bruxelles.
De nos jours, la Valenciennes sert principalement à garnir le linge : cest même une des causes de l’encombrement du marché par les Valenciennes étroites.
On en fait des empiècements de chemise, des bordures de mouchoir et surtout des volants et des entre-deux de toutes les largeurs.
Plus rarement, nos élégantes en garnissent leurs jupes et leurs corsages, en mettent à leurs cols ou à leurs manchettes, en ornent leur coiffure ou leurs chapeaux.
Paris est le principal débouché pour les Valenciennes à mailles carrées ; Bruges exporte ses dentelles en Angleterre et dans le Nord de la France ou les vend à ses hôtes de passage. Harlebeke envoie ses « mailles rondes » à Bailleul, qui est resté le centre de quelques fabriques de dentelles.
Fig. 45. — Papillons en Valenciennes
(fabriqués aux environs de Menin}.
Prix chez un fabricant de Meuin : fr. 2.51 et 1.10
Un débouché important pour les Valenciennes c’est aussi la Normandie et le pays d’Arles. Autrefois, toutes les paysannes du Nord de la France économisaient pendant des années pour s’acheter un bonnet en vraieValenciennes.
La mode, qui sévit partout, même à la campagne, a remplacé dans maint endroit le bonnet par le chapeau. Cependant, les fermières normandes et beaucoup de femmes de vignerons sont restées fidèles au traditionnel bonnet garni de Valenciennes. Quelques-unes, les plus riches, renouvellent leur bonnet tous les ans ou même tous les six mois, et c’est entre elles une rivalité à qui ornera sa coiffure des dentelles les plus délicates.
C’est à Perpignan
Fig. 44. — Volant en Valenciennes,