Point de Flandre ou « Trolle-Kant
Le point de Flandre exécuté actuellement en Belgique reproduit l’ancienne dentelle qui donna naissance à la Valenciennes. Nous avons vu quelle influence l’art flamand avait eu sur cette dentelle avant déjà quelle eût été importée chez nous du Hainaut français. Ce furent les ouvrières flamandes qui introduisirent, dès le XVIe siècle, dans les dentelles de nos voisins les ramages élégants et les arabesques fantastiques qui ornaient les primitives Valenciennes; sans doute aussi, elles inventèrent les fonds magnifiques qui précédèrent les petites mailles du réseau actuel ; ce furent elles, en tout cas, qui donnèrent à cette ancienne dentelle le nom, jadis célèbre, de Trolle-kant.
Le baron Liedts donne l’explication suivante du mot Trolle- Kant, dont Mrs Bury-Palliser dit quelle n’a pu découvrir le sens :
« Ce mot, dit-il, dérive du suédois: Trolle (fée), comme le mot flamand Kant (dentelle), qui est aussi d’origine suédoise et signifie : bord , rebord, de sorte que Trolle-kant se traduit par Dentelle féérique ou fantastique (1). »
Peut-être aussi le mot Trolle-kant vient-il de drol (en west-flamand : gros fil, d’après le dictionnaire de De Bo).
En effet, ce qui distingue l’ancien Trolle-kant, ce ne sont pas seulement les fonds et jours variés qui séparent les parties mates, c’est encore le gros fil qui marque les contours des fleurs. Ces jours, qui comprennent, entre autres, le fond de neige, se trouvent dans les anciennes Malines, les belles Brabant (en particulier, les « rivières de Brabant») et les Binche
(1) Catalogue du musée Gruutliuuse, p. 47.
LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE
Quant au fil de contour, il était aussi employé dans l’ancien Pottekant anversois et il existe encore dans la dentelle de Malines : aussi a-t-on parfois donné à ces deux dernières dentelles le nom de Trolle-kant.
Cette appellation est aujourd’hui perdue et les dentellières qui font le point de Flandre, conscientes de perpétuer la tradition dune très vieille dentelle, désignent leur ouvrage sous le nom général d’ « antiek ».
Le point de Flandre moderne a conservé tous les caractères de l’ancien Trolle-kant.
Les vieux dessins, si originaux, ne se sont guère modifiés. Le resté très large et entouré d’un fil plat d’un relief léger, qui en accentue les contours. Le fond se compose d’une maille très riche et dans les jours nombreux apparaissent les mouchetures du célèbre fond de neige. Dans un des volants de la figure 46, il y a jusqu’à quatre points de neige différents et, en plus, des jours composés de petites croix.
Les dentelles en point de Flandre sont généralement d’une
Fig. 48. — 1
exécution soignée; elles sont confiées à des ouvrières de choix et se font presque toujours en fil de lin. Le fil est blanchi et de qualité très fine pour les beaux volants. Il est jaunâtre et plus fort pour les dentelles d'ameublements, bordures de rideaux, grosse lingerie, sous-bols, etc. Parfois ces derniers articles sont exécutés en coton et le fil qui entoure les plats est un cordonnet assez gros. (Fig. 47.)
Le point de Flandre est de fabrication peu courante. Quelques ouvrières le font à Bruges ; on en trouve davantage dans
les villages des environs de cette ville, au nord - est de la Flandre occidentale, à M a 1 d e g e m et près d’Anvers.
Cette dentelle, oubliée pendant longtemps, jouit actuellement d’une vogue assez grande et les articles d’ ameuble-
ncien (xvne siècle). ment quelle
sert à confectionner sont très demandés ; deux écoles de Bruges enseignent la fabrication du point de Flandre à un bon nombre d’élèves.