Dentelle de Binche
Cette dentelle, qu’on appelle aussi point de Binche , a
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la même origine que la Valenciennes et, comme elle, fut importée du Hainaut français au commencement du XVIIe siècle. A cette époque, la ville de Valenciennes
faisait partie de l’ancienne province belge de Hainaut; il est donc tout naturel que la dentelle fabriquée par les ouvrières de Valenciennes, et qui s’était déjà transportée à Ypres, se soit également introduite dans la petite ville de Binche et dans les villages des environs.
A l’origine, les produits de Binche ne se distinguaient pas des dentelles confectionnées à Valenciennes.
Elles se rapprochaient par conséquent aussi des produits flamands.
Savary dit même quelque part que «ces dentelles sont égales à celles des Flandres ».
Avec le temps, cependant, une différence marquée s’établit entre les deux dentelles:
n dans le point de Flan-
Fig. 49. — Dentelle de Binche 1
(fabrication moderne.) dre, le fond à mailles
Fig. oO . — Dentelle de Binciie (fabrication moderne). (Propriété de M. A. Cari ter.)
Fig. .il. — Dentelle de Binciie (fabrication moderne). {Propriété de M. A. Cartier.)
a, dès l’origine, une grande importance et le point de neige n’intervient que dans les jours; de plus, les mats étaient toujours bordés de cordonnets ; le fond de la dentelle de Binche est, au contraire, tout en point de neige, sauf dans les jours, où il est parfois fait usage d’un tissu à petites mailles rondes coupées par des barettes de toilé (fig. 49); aucun cordonnet n’entoure les ornements en mat.
L’ancienne dentelle de Binche était d’une finesse tout à fait extraordinaire (1). Elle fut en vogue avant la Bévolution française : il en est question dans l’inventaire de la duchesse de Modène, fille du Bégent (1761), et dans celui de Mlle de Charolais (47S8), qui possédait un couvrepieds, un mantelet, une garniture de robe, un jupon, etc., de cette même dentelle. Dans les Misérables de Victor Hugo, le vieux grand-père fouille dans une armoire et en tire « une ancienne garniture de guipure de Binche » pour la robe de noces de Cosette. Ailleurs, Victor Hugo
(1) Je me souviens avoir vu dans un diner, à Bruges, un naperon en dentelle de Binche, servant de chemin de table et d’une contexture si fine que je le pris d’abord pour du papier de soie orné d’arabesques en trous d’épingle ; je ne me rendis compte de mon erreur, que lorsque la maîtresse de la maison m’eùt fait remarquer la beauté de cette pièce en vieux Binche et fait palper du doigt la finesse du tissu.
On a dit souvent que la finesse merveilleuse de la dentelle de Binche provenait de ce que les ouvrières qui la faisaient se réunissaient, pour travailler, dans des caves, dont l’air humide empêchait les fils à dentelle de se casser.
D’après les renseignements qu’à bien voulu me fournir à cet égard M. Derbaix, bourgmestre de Binche, le travail dans les caves serait une légende. Il existait à Binche, jusqu’en ces dernières années, un grand nombre de caves dites « manables » (du latin manere, demeurer), notamment à la Grand’Place. Les caves étaient louées à des ouvriers qui les habitaient et s’y livraient à divers métiers, mais ne servaient nullement d’ateliers de dentelles. L’apprentissage de la dentelle se faisait en famille, chaque ouvrière travaillant à domicile; il existait toutefois certaines maisons où, moyennant une légère rétribution, l’ouvrière avait droit à occuper une chaise. Réunies dans ces quartiers, les dentellières travaillaient en commun, chacune pour son compte. Les plus habiles gagnaient jusqu’à 3 francs par jour, les ouvrières moyennes 2 francs.
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raconte que, dans sa jeunesse, il a \ u de la guipure de Binche d une grande beauté. Aujourd hui encore, au carnaval hinchois. h* ( * i Iles porte une énorme collerette en dentelle de Binche : il en inet une profusion à ses manches et il mi orne jusqu aux guêtres qui emprisonnent ses jambes.
Malheureusement, la fabrication de ce point merveilleux est aujourd hui complètement tombée dans la petite x il le qui lui donna son nom et le (filles remplace le plus souvent la dentelle par des bouillons de satin blanc ou
Fig. 5% t. — Application di Bruxelles fabriquée aujourd'hui .t Binche).
rose. Déjà vers IS'iO. l'ancien point de Binche commença à faire place à de petites dentelles en application de Bruxelles Jig. o7r et le> meilleures ouvrières binchoises émigrèrent vers les Flandres, à l elFet d \ implanter leur industrie. L application fut encore florissante jusque
vers 1870, mais elle tomba également, à cause de l’extension considérable que prirent à Binche l’industrie de la chaussure et celle du vêtement. En 1893, M. Derbaix, représentant et bourgmestre de Binche, aidé de M. Hupin, conseiller communal de cette ville, tenta une restauration de l’industrie dentellière. Ils rassemblèrent à grand’peine toutes les pièces d’ancienne dentelle qu’ils purent trouver en ville et fondèrent un comité de propagande. Le président, M. Hupin, fit enseigner à ses frais les premiers éléments de l’ancienne industrie aux jeunes filles d’une école ménagère, mais cette tentative échoua devant la répugnance des élèves, qui préféraient l’apprentissage plus facile et les gains plus élevés de l’industrie de la confection.
Aujourd hui les dentellières de Binche ne sont plus que neuf, âgées de 60 à 70 ans et gagnant environ 60 centimes par jour, en faisant de l’application de qualité inférieure.
Vers 1835, deux vieilles filles essayèrent d’implanter à Mons l’industrie dentellière binchoise; elles y fondèrent une école qui reçut des encouragements de S. M. la Beine des Belges et de l’administration communale. Cette tentative fut infructueuse: elle vient, paraît-il, d’être reprise par M. l’abbé Puissant, professeur à l’athénée de Mons.
La dentelle de Binche se fabrique aujourd’hui dans les mêmes centres que le Trolle-kant . Elle se fait, comme autrefois, en fils de lin écrus ou blanchis, mais elle a beaucoup perdu de sa finesse et de sa beauté et tend à se confondre avec le point de Flandre. Elle lui emprunte souvent son réseau à petites mailles et ne se distingue plus de la dentelle flamande que par l’absence de cordonnet autour des ornements en toilé. (Voy. fig. 50, 51 et 52.)
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