TULLE
Au XVIIIe siècle, après avoir suivi les mêmes tâtonnements que la Valenciennes pour le choix d’un fond qui lui fût bien approprié, la Malines adopta comme réseau une petite maille hexagone, très légère et très fine, qui est certainement la plus jolie de toutes les mailles aux fuseaux. On fit encore parfois usage de fonds à brides (I), on inséra aussi dans les rocailles en vogue au temps de Louis XV des jours en points de neige, mais le fond à petites
(1) Dans l’inventaire de la princesse de Condé, palatine de Bavière, en 1723, il est question de Malines à brides comme de Malines à réseau.
LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE
mailles resta dominant, sons le nom de ijsgrond (fond de glace), qu'il a conservé jusqu à nos jours parmi les dentellières de Malines et de Turnhout. Ce fond est confectionné sans l’aide d’épingles, par le simple jeu des fuseaux. Les deux côtés des mailles dirigés dans le sens de la longueur sont tressés au moyen de quatre (ils, tandis que les quatre autres sont formés par une torsade de deux fils seulement. La confection de ce fond exige de la part de l’ouvrière une grande habileté et il faut une attention soutenue pour donner aux mailles une dimension et une direction uniformes.
Aujourd’hui, le fond à mailles hexagones se rencontre dans toutes les dentelles de Malines (I); il est souvent orné de petits semés (lig. 54). Le point de neige a définitivement été exclu des jours et ceux-ci se composent de losanges, de fleurettes (lig. 55) ou de points d’esprit, petits carrés blancs en léger relief, pareils à ceux qui ornent habituellement le fond du point de Lille. Les articles les plus fréquemment exécutés en Malines sont les volants; on fait cependant aussi, sur carreau rond, des mouchoirs et autres menus objets de lingerie.
Les volants sont à bords droits ou à bords festonnés. Primitivement, toutes les dentelles de Malines à fond de réseau avaient une largeur uniforme sur toute la longueur d’une pièce et, conséquemment. le bas de la dentelle était en ligne droite: la technique spéciale de Y ijsgrond è tait cause de cette disposition. Lorsque plus tard la mode eut introduit les bords festonnés, les ouvrières parvinrent
(1) Quelques auteurs prétendent que la Malines est exécutée parfois avec fond épinglé ( spcllcgrond ); les mailles de ce fond ont, disent-ils, huit côtés; elles sont formées par une simple torsade de deux fils et disposées de façon à laisser entre elles de petits espaces triangulaires; nous croyons que ces auteurs confondent avec le point de Paris, dont le fond correspond à cette description et qui offre, pour le reste, beaucoup d’analogie avec la Malines.
hy. ô6. — Dentelles de Malines.
difficilement à cacher dans les échancrures des festons les fils momentanément inutiles 5 elles furent même parfois obligées de couper ceux qui les gênaient, pour les attacher de nouveau quand la dentelle devait reprendre sa largeur complète.
La Malines est la plus souple des dentelles. Elle se fait toujours en fil de lin blanc. Plus brillante que la Valenciennes. elle se prête à des dessins plus délicats et son toilé, moins serré, est bien plus vaporeux. Ses dessins très légers s’allient merveilleusement avec la transparence et la régularité de ses jolies petites mailles. Les poètes anglais d’il y a deux siècles l’appelaient « la Reine des dentelles ».
La Malines est aussi la plus coûteuse des dentelles aux fuseaux et peut-être celle dont l’existence est la plus menacée. La mode ne lui fut pas longtemps fidèle. Très appréciée à la cour de France, sous Louis XV, et en Angleterre, pendant la première moitié du XVIIIe siècle, elle commença, dès 1755, à être délaissée par nos voisins d’outre-M anche. Napoléon fut un de ses derniers admirateurs; on dit que lorsqu'il vit pour la première fois le clocher de la cathédrale d’Anvers, il s’écria, émerveillé de la légèreté de ses ornements gothiques : « C’est comme de la dentelle de Malines! » Pendant le cours du XIXe siècle, la chute de la Malines ne fit que s’accentuer. Son prix élevé, la difficulté et la longueur de l’apprentissage (il durait au moins six ans), la défaveur de la mode, l’inertie des fabricants, qui croyaient n'avoir, comme par le passé, qu’à attendre chez eux les commandes, tout contribua à faire baisser la production dans des proportions considérables. Malines, où toutes les femmes faisaient de la dentelle . il y a un siècle et demi, ne compte plus qu’une quinzaine de vieilles ouvrières, qui se crèvent les yeux en faisant de petites dentelles informes, pour quelques
LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE
Fig. o7. — Point de Lille ordinaire fabrique à Ave, en Luxembourg).
Arras et Bailleul, et ses dentelles atteignent une grande perfection: elles se caractérisent par un fond très transparent, à mailles hexagones, des bords droits et des dessins un peu raides, avec plats très minces. qu'entoure un gros cordonnet. Cette dentelle, qui occupait à Lille, en
centimes par jour. Une tentative de restauration de I industrie, faite à Malines. en 1875. par Mm# de Canari d llamalle, fut sans succès: Louvain. Lierre et Anvers, autrefois des centres importants, ne font presque plus de dentelles; les env irons de Saint-.Nicolas, qui. jusqu en 1852. comptaient trois écoles pour la seule fabrication de la .Malines. ont egalement abandonné cette industrie. Celle-ci ne se maintient plus qu'à Turnliout. ou, sur 1,(>74 ouvrières, SI N I environ font de la Malines. Mais les beaux produits v sont rares et il n’existe plus à Turnliout que trois ouvrières pouvant patronner de nouveaux dessins.