‹ La dentelle et la broderie sur tulle (volume 2)Chapitre 32 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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où l’on conserve quelquestypes d’anciens points coupés, que rappellent ces guipures.

Souvent aussi, au lieu d’être en relief, les guipures se distinguent par leur toile, plus serré que celui du torchon, et par des ornements en'mat, se détachant, tout comme dans la Valenciennes, sur fond de réseau ou de brides (fig. 93 et 96).

Ces divers genres se fabriquent dans presque tous les centres où l’on travaille au carreau, notamment à Bruges, Ypres, Courtrai, Ingel munster, Aeltre, Beveren, Tamise, Turnhout .

Les centres ardennais que nous avons signalés pour le torchon se sont fait aussi une spécialité de guipures artistiques. Les ligures 94 et 96 reproduisent des dentelles exécutées à Marche; les ouvrières d’Aye font des travaux encore plus originaux et d’une remarquable fermeté d exécution. Le volant de la lig. 98, avec ses oppositions de plat et de réseau, ses palmettes ressemblant à des points d’esprit allongés et les picots délicats de la bordure est. dans le genre simple des

guipures, une dentelle de haut mérite, surtout parce qu’elle est de nature à décourager l’imitation. On fait

Fig. OS. — Guipure (exécutée eu Flandre orientale).

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aussi dans res centres wallons des volants à bords festonnés appelés « incrustations » (fig. 99^ d’un genre, moins sévère que les bords droits exécutés en Flandre (fi*;. 100). Kl les pièces importantes, telles que volants d aubes, empiècements de chemises lig. 95 . etc., v sont aussi de fabrication courante et se vendent dans des conditions extraordinaires de bon marché.

La première fois qu’une dentellière flamande a fait sur son coussin plat une fleur détachée, elle ne se doutait pas de I énorme service qu’elle rendait à son pays en créant un procédé de fabrication absolument nouveau et dont les conséquences ont été considérables. En effet, celle disposition d ouvrage, dont on reconnaît, aujourd’hui, I origine flamande, donna naissance à toute une série de nos plus belles dentelles, parmi lesquelles, en premier lieu. I applic ation de Bruxelles aux fuseaux et le point d Angleterre.

La fleur une fois terminée, il fallut bien faire un fond pour la soutenir et la rattacher aux autres fleurs du dessin. On se servit pour cela de barrettes tressées au moyen de quelques fils, et ces barrettes ou brides, qui étaient le plus souvent picotées, complétèrent un morceau de (fuijmre de Flandre (fig. Hè2 . O genre de dentelle eut un grand succès au \ VII siècle : il était connu alors sous le nom de guipure ou dentelle de Bruges et l’on en conserve de magnifiques spécimens dans diverses collections européennes et dans beaucoup de trésors d'églises. Les ouvrières de Bruges exécutèrent, vers la même époque, des guipures plates en point à l'aiguille, rappelant les rinceaux italiens, et aussi des jours à I aiguille <[u on insérait dans les guipures faites aux fuseaux.

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Fig. 99. — Guipure artistique (exécutée à Aye).

Fig. 100. — Guipure dite «Incrustation)) (Aye et Marche) .

(Prix chez un facteur de Lichtervelde : fr. 6.50.)

Fig. 102. — Guipure de Flandre,

La fabrication des guipures flamandes à l’aiguille est perdue; celle des guipures aux fuseaux fut retrouvée, en 1846, par MIle Marie van Outryve d’Ydewalle. Ayant vu à Bruges une aube garnie d’ancienne guipure de Bi •uges, Mllc d’Ydewalle demanda à pouvoir la copier. Elle étudia le travail de cette dentelle, fit des essais nombreux et finalement retrouva le point perdu. Elle enseigna ellemême la fabrication de celte dentelle à une ouvrière habile et celle-ci l’apprit aux religieuses du couvent de Buddervoorde. Pendant longtemps, M,le d’Ydewalle dirigea la nouvelle fabrication; elle se rendait chaque semaine au couvent, donnant des dessins, piquant les parchemins, expliquant aux religieuses l’exécution des jours aux fuseaux. Elle préparait elle-même, avec l’aide de l’incomparable artiste qu’était son beau-frère, feu le baron Bethune, les dessins nouveaux, et ces dessins, dont nous avons vu de nombreux exemplaires, avaient un caractère très décoratif. La dentelle retrouvée par Mlle d’Ydewalle ne tarda pas à être très demandée; une exposition à Londres, en 1851, la fit connaître du grand public; aujourd’hui, elle est exécutée par beaucoup d’ouvrières de la Flandre occidentale (1).

La guipure de Flandre (2) est très appréciée de nos jours pour garnir certains articles de lingerie, surtout les rideaux et les stores. Ses dessins sont inspirés des vieux modèles et il est parfois difficile de distinguer la fabrication moderne de fancienne. La qualité de ces dentelles est

(1) Ces renseignements nous ont été fournis par le baron Joseph Bethune, à qui nous adressons ici tous nos remerciements.

(2) On désigne parfois cette espèce de guipure sous le nom de point de Flandre ; on dit aussi : un col, un volant en vieux Flandre. A notre avis, ces appellations doivent être rejetées, parce qu’elles prêtent à une confusion avec 1 a trollckant, dont il a été question plus haut sous le même nom de point de Flandre.

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le j ) 1 vi s souvent plate et sans relief. mais les rinceaux se distinguent par leur opulence, leur originalité, et se détachent vigoureusement sur le fond.

Depuis quelques années, les parties saillantes de la guipure de Flandre sont fréquemment relevés par de gros cordonnets attachés sur le plat au moyen de points clairs et par des jours aux fuseaux d’un effet excellent (lig. 101 et 104]. Cette variété de guipure de Flandre ressemble beaucoup par ses plats à la duchesse, dont nous parlerons plus loin, tandis (j ue les plats de la guipure de

Flandre du genre ancien et sans relief ont gardé l’aspect de bandes de toile reliées entr’elles par des brides et des jours peu variés.

La fabrication de la guipure de Flandre (surtout la guipure en relief] s’est beaucoup répandue aux environs de Bruges, Iseghem et Thielt ; les garnitures de corsage, les robes entières en fil de lin ou de coton écru ont fait fureur en 1899 et 1900. La clientèle s’accomode volontiers de ces articles peu chers (1) et faisant grand effet, à cause de leurs épais reliefs, qui leur donnent à distance un faux air de point de Venise; et les ouvrières, de leur côté, préfèrent à tout le reste cette dentelle d’exécution particulièrement facile et qui ne fatigue pas la vue.

Les ouvrières flamandes font aussi, mais plus rarement, une jolie imitation du point de Milan , rappelant beaucoup la guipure de Flandre (fig. 104) par ses larges enroulements fleuris et n’en différant que par le fond.

Milan s’occupa, dès le XVIIe siècle, à reproduire aux fuseaux les magnifiques rinceaux du point de Venise. Les fleurs étaient sans relief et travaillées en toilé serré; à peine quelques jours et quelques trous étaient ménagés dans les surfaces mates pour les éclaircir ; les fonds étaient à barrettes tressées. Lorsqu’au XVIIIe siècle, la mode des réseaux envahit toutes les dentelles, on fit les fonds en mailles régulières et l’on garda les rinceaux fleuris. L’analogie entre le point de Milan et la guipure de Flandre fit adopter par nos ouvrières la fabrication de la première de ces guipures, mais on substitua, chez nous, aux mailles du réseau milanais, un réseau irrégulier, souvent informe, qui ne rappelle en rien les beaux réseaux dont nous avons parlé précédemment.

(1) Une robe en grosse guipure de Flandre coûte à Bruges de deux à trois cents francs.

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Malheureusement, les fabricants de ces deux sortes de guipures se servent assez fréquemment de pièces confectionnées à la machine. Parfois tous les plats de la dentelle sont des lacets faits à la mécanique, imitant plus ou moins bien le travail à la main, tandis que les jours et les brides ou les mailles du fond sont exécutés à l’aiguille ; parfois certaines fleurs sont exécutées aux fuseaux et reliées entre elles par des lacets (fig. 102); ailleurs l’engrèlure seule est un produit mécanique (lig. 104).

Cette sorte de demi-imitation a surtout affirmé sa prépondérance dans la fabrication des objets en Renaissance (fig. 106) et en Lnxeuil (fig. 107). Ces deux genres de productions, auxquelles il faut refuser énergiquement le nom de dentelles, qu’elles ont usurpé, se font entièrement avec du lacet mécanique. On faufile celui-ci sur un patron en toile cirée ou en papier épais et l’on remplit les vides par des barrettes ou des jours exécutés à l’aiguille. La différence entre les articles Renaissance et les articles Luxeuil consiste en ce que les premiers se font avec du lacet plus gros que les seconds et que ceux-ci sont parfois agrémentés de reliefs faits au point de boutonnière.

La vogue de ces imitations, connues parfois sous le nom de dentelle irlandaise , est considérable depuis une couple d’années. Dans les environs d’Alost, beaucoup d’ouvrières en point ont abandonné la dentelle à l’aiguille pour confectionner des objets en imitation de Flandre ou de Milan et des articles en Renaissance ou en Luxeuil. Ces productions ne sont pas toujours dénuées de goût, mais on doit déplorer la faveur qui les accueille, comme une nouvelle cause de ruine pour l’avenir de la dentelle véritable.

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