‹ La dentelle et la broderie sur tulle (volume 2)Chapitre 36 sur 69 · Broderie au crochet (fig · texte numérisé non relu

Broderie au crochet (fig

Cette broderie s’exécute à l’aide d’un métier fait de quatre pièces de bois maintenues sur un chevalet dans une position légèrement inclinée ; le métier mesure environ un mètre de long sur quarante centimètres de large. Avant d’être fixé sur ce métier, le tulle est appliqué sur le dessin qui doit être reproduit; les contours du dessin sont calqués sur le tulle à l’aide d’un pinceau trempé dans

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une substance grasse et grisâtre, également visible sur un réseau noir ou blanc; puis le tulle est fortement tendu sur le métier.

Si la pièce â travailler est plus grande que le métier, ce qui dépasse est roulé autour d’un cylindre de bois fixé à la partie supérieure du métier ou sur un de ses côtés. Un peu plus bas que le tulle est tendue une étoffe de couleur verte ou blanche sur lequel se détachera la broderie; enfin sur le côté gauche du métier sont placées une ou plusieurs bobines mobiles couvertes de lil à broder. L’ouvrière s'assied devant le métier ainsi disposé et attache son lil sur le tulle ly « à l’un des bouts de l'ouvrage; puis, de la main

v/i - gauche elle dirige le lil et le maintient contre

Je tulle, tandis que de la droite elle tire le fil à travers les mailles à l’aide d’un crochet (lig. 118) et l’applique sur le tulle par un point de chaînette. Elle suit ainsi avec son lil tous les contours indiqués par l’enduit grisâtre, se servant de tils de différentes espèces, si l’ouvrage le comporte; lorsqu’elle arrive au bout du morceau de tulle tendu sur le métier, elle roule la partie achevée et recommence plus loin la même opération.

Cette broderie est d’une fabrication très facile; elle s’apprend vite, ne fatigue pas la vue et ne coûte pas cher. On en fait toutes sortes d’objets, des rideaux, des voiles, des robes, des bas d’aube, de petits articles de toilette. Le tulle employé est plus ou moins beau suivant la finesse du travail. II est noir ou blanc et la broderie est tantôt en fil de coton de même couleur que le tulle, tantôt en fils de soie de diverses couleurs, en fils d’or, d’argent ou d’acier de toutes les

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grosseurs. On peut obtenir de très jolis effets en broderie au crochet; quelques fabricants ont créé pour ce genre d’ouvrage de fort beaux dessins, qui imitent l’application de Bruxelles aux fuseaux. Parfois la broderie est rehaussée de parties en véritable application et de petits jours à l’aiguille. Parfois aussi, l’inverse a lieu et des pièces d’application sont complétées par une ornementation en broderie légère, tels que semis de pois ou fleurettes.

La broderie sur tulle au crochet occupe 1,100 ouvrières à Lierre, 45 à Anvers et 30 environ à Maldegem, où elle s’est implantée tout récemment, sur l’initiative de M. l’abbé Bouckaert, ancien curé de Maldegem; à Lierre, elle a complètement chassé la dentelle de Malines et elle jouit, pour le moment, d’une vogue énorme.

Beaucoup d’ouvrières lierroises font aujourd’hui de la broderie avec paillettes.

Cette variété de broderie, qui est originaire de Lunéville, en France, a été introduite à Lierre il y a une dizaine d’années. Elle a succédé, dans cette ville, à la broderie avec perles de jais, très à la mode autrefois.

Les paillettes sont de minuscules lamelles de métal léger, très minces, de forme ronde ou carrée; on les applique sur le tulle en les mélangeant à la broderie au crochet. Les paillettes sont le plus souvent en jais; il y en a aussi de dorées, d’argentées et quelques-unes en acier; elles sont importées de France et surtout d’Allemagne. Chaque paillette est percée d’un trou permettant de l’enfiler sur une aiguille: l’enfilage est fait par des enfants, surtout de jeunes garçons sans ouvrage, qui gagnent à ce métier cinquante centimes par jour. Pour enfiler les paillettes, on tient de la main gauche, au dessus d’un baquet, une longue aiguille munie d’un fil à broder; de l’autre main on renverse sur cette aiguille un verre rempli de paillettes; quelques-unes de celles-ci, en retom-

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bant, s’enfilent sur l’aiguille, les autres retombent dans le baquet : aussi faut-il souvent recommencer l’opération avant que les paillettes soient enfilées sur une distance de quinze à vingt centimètres; cependant les jeunes garçons qui gagnent ainsi quelques sous prétendent que ce système est de loin le plus rapide. L’enfilage étant terminé, ! les paillettes occupent alors l’extrémité d’un fil enroulé sur une bobine ;'la brodeuse prend la bobine dans la main gauche et la tient sous le métier, tandis que de la main droite, elle attache les paillettes sur le tulle avec un point de chaînette, tout comme elle fait pour la broderie.

Cet ouvrage à paillettes est souvent mélangé d’ornements en broderie ordinaire et l’on peut obtenir de jolis effets en assortissant, par exemple, des paillettes argentées avec de la broderie blanche, en opposant des paillettes noires à des rinceaux brodés d’or, etc. La broderie avec paillettes a été, jusqu’en ces derniers temps, très recherchée pour les robes, les fonds et les nœuds de chapeaux, les volants. Les robes en fin tulle noir rehaussé de paillettes sombres, de nœuds de mousseline et d’applications de duchesse de soie noire, sont beaucoup portées depuis deux ans et leur effet est souvent des plus flatteur. Leur vogue n’a, au surplus, rien qui doive surprendre, car elles sont aussi avantageuses de prix qu’elles sont élégantes.

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