‹ La dentelle et la broderie sur tulle (volume 2)Chapitre 45 sur 69 · CS J · texte numérisé non relu

CS J

S f 30 kilogr. et plus

^ / 25 kilogr. et moins

sa / plus de 25 kilogr. et moins de 30

h f 30 kilogr. et plus

Dentelles à la main :

Droit des dentelles à la

Écrues

machine écrues, ma-

joré de 75 p. c.

Droit des dentelles à la

Blanchies

machine blanchies,

majoré de 75 p. c.

Droit des dentelles à la

Teintes

machine teintes, ma-

joré de 75 p. c.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

Paris et New-York sont les principaux marchés de la dentelle belge. Paris, qui nous dicte la mode et nous envoie ses dessins, reçoit tous les genres de dentelles et, spécialement, les articles très fins, confectionnés par les grandes maisons de Bruxelles. L’Amérique, qui prise beaucoup nos dentelles, commande les articles faisant grand effet; elle en absorbe des quantités énormes et paie des prix exorbitants pour des articles assez ordinaires, qui lui sont fournis aussi bien par les grands fabricants que par les maisons de second ordre. Paris est seul à connaître le véritable luxe des dentelles; New- York ne dédaigne pas les beaux articles, mais accepte tout aussi volontiers la camelote. J’ai rencontré à diverses reprises des directrices d’écoles dentellières qui classaient en deux catégories les produits confectionnés par les élèves : les beaux articles étaient envoyés à une maison travaillant pour Paris; les articles moins bien faits étaient destinés à l’Amérique. Saint-Pétersbourg, Vienne, Londres et quelques villes d’eau, pendant la saison, nous achètent également des dentelles, mais l’importance de ces débouchés est beaucoup moindre. Enfin, il faut signaler des petits débouchés, spéciaux à certains genres de dentelles : les environs de Bailleul, la Normandie, l’Anjou et la Touraine, pour la Valenciennes; la Hollande, pour le point de Lille et pour la broderie sur tulle à l’aiguille.

Les dentelles belges destinées à l’étranger sont envoyées à des maisons de gros, qui, à leur tour, les vendent aux lingères, aux couturières et, parfois, directement à la dame; la principale maison de gros de Paris est le « Bon Marché ».

Quelques fabricants, nous l’avons vu, ont une succursale à Paris et plusieurs fabricants allemands établis à Bruxelles ont un second établissement en Amérique. Cependant la plupart de ces fabricants continuent à traiter avec les maisons de gros

de la place où ils ont leur succursale. Ils ne vendent presque jamais à la dame, jamais surtout à la maison de détail.

On s’explique difficilement, à première vue, que tous les fabricants consentent ainsi à passer sous les fourches caudines des maisons de gros et ne traitent pas directement avec la dame, consommatrice de dentelle, ou, tout au moins, avec le détaillant. En effet, le bénéfice qu’ils réaliseraient en supprimant un ou deux intermédiaires serait assez considérable pour qu’ils pussent augmenter la rémunération de la main-d’œuvre, tout en gardant un large profit pour eux-mêmes. Mais ils sont unanimes à déclarer la chose impossible. La vente au détail dans un centre étranger les forcerait à s’absenter presque constamment du centre de la fabrication, à sortir de leur rôle actuel de fabricants, pour s’absorber dans des fonctions commerciales très délicates. D’autre part, ils ne réussiraient que difficilement à supplanter les maisons de détail, dont la plupart ne vendent la dentelle que comme l’accessoire d’autres articles de mode. Ils auraient tout autant de peine à passer par-dessus les maisons de gros, en s’abouchant avec les détaillants. Les maisons de gros sont en relations constantes avec les détaillants ; elles ont leur confiance, s’entendent avec eux pour diriger la mode et monopolisent en quelque sorte la belle dentelle. Les détaillants n’ont jamais songé à se passer de ces maisons, qu’ils connaissent de longue date, et l’on comprend dès lors que le fabricant belge, isolé comme il l’est et manquant d’initiative, ne veuille pas même essayer d’entrer en lutte avec les maisons de gros. Même, il aurait l’occasion d’écouler chez un détaillant une partie de ses produits ou de les vendre lui-même au détail, qu’encore il s’abstiendrait de le faire. Il sait trop bien que si la chose venait à être connue de son client habituel, la maison de gros, celle-ci aurait tôt fait de lui fermer sa porte pour toujours ; et la clientèle directe du détaillant lui paraît trop aléatoire pour qu’il ne lui préfère pas les commandes plus régulières de la maison de gros.

LES INDUSTIUES A DOMICILE EN BELGIQUE

Les démarches que fait le fabricant de dentelles en vue du placement de ses produits à l’étranger se réduisent aux relations personnelles qui existent entre lui et les maisons de gros. Jamais il ne se sert de voyageurs de commerce ni d’agents de placement. Pour la fabrication de la dentelle, il se confie aveuglément aux intermédiaires; pour le placement de cette meme dentelle à l’étranger, il n’a de confiance qu’en lui-même. Il se rend personnellement et très fréquemment chez ses clients; il recueille lui-même leurs commandes, verbalement ou par écrit; chaque année il va prendre leurs ordres et il entreprend parfois des voyages au long cours pour entretenir les bonnes dispositions de ses divers acheteurs. Il reçoit aussi chez lui les représentants des grandes maisons; mais les visites de ces représentants, qui étaient autrefois la règle, sont aujourd’hui l’exception et, plus que jamais, les fabricants voient la nécessité de se rendre en personne à l’étranger. Le marché américain est presque entièrement entre les mains des Allemands, parce que ceux-ci sont puissamment soutenus par leurs compatriotes à New-York et dans les grandes villes des États-Unis. Tous les fabricants qui ont continué à attendre, comme dans le passé, que l’amateur de dentelle vint à eux et qui n’ont pas tenu compte de la transformation des principes commerciaux, ont vu les grands marchés leur échapper et lçur manque d’initiative a abouti, dans certains centres, notamment à Gand et à Malines, à ruiner irrémédiablement l’industrie dentellière.

Les petits fabricants, qui travaillent pour la Hollande et pour la France, se bornent à correspondre avec les maisons de gros de ces pays. Les représentants de ces maisons viennent chaque année leur apporter des dessins nouveaux et les ordres pour la saison. Ces marchés se soutiennent jusqu’à présent, mais ils sont fort menacés par la mode, cette implacable destructrice des plus gracieuses traditions. Les paysannes

aisées de l’Anjou et de la Zélande commencent à avoir honte de leurs coiffes, qui rappellent les temps passés, et par-dessus leur bonnet de dentelle elles s’affublent du chapeau odieusement fleuri ou emplumé quelles ont admiré sur la tête des citadines. Le jour n’est pas loin, on peut le craindre, où l’aérienne coiffe blanche bordée de dentelle — ce dernier vestige des costumes anciens dans les campagnes — aura cédé la place au parterre de fleurs banal et criard qui, depuis longtemps déjà, sévit parmi nos paysannes flamandes. Ce jour-là, une des branches les plus intéressantes de notre marché extérieur de dentelles aura vécu.

La CONCURRENCE.

Un des éléments les plus caractéristiques de la situation actuelle, c’est la lutte entre les producteurs de dentelle.

La concurrence de nos dentelles avec les produits étrangers n’a rien de redoutable. Sauf en ce qui concerne les imitations de dentelles faites à la machine, l’étranger ne produit guère d’articles similaires aux nôtres. Le point gaze, l’application de Bruxelles, l’Angleterre, la Malines, le Binche, la duchesse, le point de Venise sont fabriqués presque exclusivement en Belgique; ces dentelles, les plus belles qui existent, sont aussi les plus appréciées, les plus universellement répandues, et notre pays jouit, pour leur fabrication, d’un monopole de fait. Venise elle-même, où la confection des dentelles a repris quelque importance en ces dernières années, ne peut rivaliser avec nous pour le célèbre point qui porte son nom ; les dessins de ses dentelles sont souvent plus artistiques que les nôtres, mais ses produits sont moins fins, à l’exception, toutefois, du point de Burano. Les dentelles étrangères qui entrent en Belgique viennent de Saxe, de France, d'Angleterre et d’Irlande ; ce sont des produits de qualité assez inférieure et leur succès relatif s’explique par ce fait qu’ils sont exemptés de tout droit à leur entrée dans le pays.

LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE

Importation en Belgiqi

(Commet

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