‹ La dentelle et la broderie sur tulleChapitre 40 sur 86 · Une jeune femme, mère de sept · texte numérisé non relu

Une jeune femme, mère de sept

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Fig. 39. — Application de Bruxelles

enfants, gagne 40 centimes en travaillant f

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7 heures par jour. Elle se plaint de l’insuffi-

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sance de sa rémunération actuelle. Quelques mois auparavant, me disait-elle, elle avait reçu un franc pour une pièce qui lui est payée aujourd’hui 70 centimes.

176. Deux sœurs habitant une petite ferme font de l’application de Bruxelles extrême-

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ment fine pour le couvent de ***. La première vient de terminer le morceau de volant reproduit à la figure 39 ; elle consent à me le vendre, après de longues hésitations et après que je lui ai donné l’assurance qu’elle ne fait ainsi de tort à personne. Elle reçoit pour cette pièce fr. 7.23, dont il lui faut déduire 20 centimes pour le fil, et elle met à l’achever cinq jours et demi, en travaillant 121/2 heures par jour.

Sa sœur fait une dentelle analogue, qui complète la précédente, et reçoit 9 francs pour une pièce qu elle termine en sept jours.

Ces deux ouvrières, qui vivent dans une aisance relative, habitent avec leur frère, un vieux garçon, qui met en valeur la petite exploitation, et une troisième sœur, aveugle, qui vaque tant bien que mal aux soins du ménage.

177. Une jeune ouvrière, très active et travaillant 13 heures par jour, fait en six jours le mouchoir en duchesse de Bruxelles reproduit à la figure 40. Elle reçoit pour ce mouchoir fr. 3.73, dont il faut déduire environ 23 centimes pour le fil.

Un facteur de Meire m’a vendu ce même

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mouchoir 7 francs et déclare qu’une ouvrière ordinaire met 8 jours à en faire un pareil.

Ilurst.

178. lue femme âgée de §0 ans, et travaillant de S 1/2 heures <1 ii malin à 8heures du soir, gagne fr. 1 .20 par jour en faisant de a duchesse de Bruxelles.

8a fille, travaillant la même dentelle, pendant le même nome d’heures, gagne seulement 1 franc. Le père est ouvrier agricole.

179. Une jeune fdle âgée de 1S ans, qui a été en service dans une ferme et est rentrée chez elle depuis

moins d’un an, a commencé à apprendre la

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duchesse de Bruxelles. Elle annonce de grandes dispositions et, tout en ne travaillant que 6 heures par jour, elle gagne déjà 50 centimes. Elle m’a déclaré qu’elle était au courant du métier après trois semaines d’apprentissage. Son père est jardinier et gagne 2 francs par jour.

180. Une vieille femme, travaillant 9 heures par jour, fait de l’application de Bruxelles aux fuseaux et gagne 80 centimes. Elle vit avec sa fille, qui tient le ménage.

181. Une jeune fille, excellente ouvrière, fait de l’application de Bruxelles. En travaillant très activement pendant 14 heures, elle peut achever en un jour un morceau payé fr. 1.20 ; en fait, elle ne travaille que 12 heures.

Sa mère, qui tient le ménage, ne fait plus de dentelle. Son père met en valeur une petite exploitation agricole.

182. Une jeune fille, travaillant 13 heures par jour, gagne 1 franc en faisant de l’application de Bruxelles. La famille compte dixneuf enfants de la même mère, tous en vie. Le père est employé au chemin de fer : le fils aîné est sous-chef dans une gare importante; d’autres fils sont, cultivateurs ; quant aux filles , elles sont presque toutes en service et l’unique dentellière de la famille va, comme les autres, devenir servante à Grammont.

Grammont.

183. Deux ouvrières habitant la même maison font du Chantilly ordinaire. La pre-

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mière, âgée de 82 ans, ne travaille presque plus et gagne 35 centimes par jour. Sa fille, âgée de 45 ans. fait le ménage et gagne, au maximum, 80 centimes par jour.

184. U*ne ouvrière travaillant 10 heures par jour à un volant de Chantilly ordinaire gagne I franc par jour. Il y a trente ans, elle gagnait de 2 à 3 francs.

185. Une autre ouvrière gagne I franc par jour en faisant une dentelle analogue.

186. Une femme âgée de 77 ans, faisant une toute petite bordure en Chantilly, gagne de 18 à 20 centimes par jour. Elle travaille 7 heures (?) pour ce maigre salaire.

187. Une autre, âgée de 80 ans, fait en ce moment une écharpe en Chantilly blanc.

L’écharpe se compose de six morceaux; chacun de ces morceaux lui esl payé fr. 1.08, et il faut déduire du prix total de l’écharpe 50 centimes pour le fil. En travaillant 10 heures par jour, cette ouvrière achève un morceau de l’écharpe en un jour et trois quarts, ce qui porte son salaire à 57 centimes par jour.

188. Une ouvrière de 25 ans, travaillant, chez ses parents, à une dentelle de Chantilly blanche, gagne entre fr. 1.25 et fr. 1.50 par jour.

189. Une autre, âgée de 35 ans, fait du Chantilly noir et gagne fr. J .50 par jour. Cette

intelligentes et très actives.

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190. Une rattacheuse de Chantilly et de blonde gagne 3 francs en travaillant 12 heures et demie; elle peut gagner encore plus en réparant des dentelles. A Grammont les rattacheuses et les raccomodeuses de dentelles gagnent assez communément de fr. 3.00 à fr. 3.30 par jour. Il en est qui font des journées de 4 ou même de S francs, lorsqu’il y a beaucoup d’ouvrage et que l’ouvrage n’est pas trop difficile à faire.

Bruxelles.

191. Une ouvrière de 43 ans, mariée et sans enfant, fait du point de Bruxelles à l’aiguille. Elle habite une chambre à l’étage avec son mari, au fond d’une impasse donnant dans la rue Haute. Excellente ouvrière, elle sait travailler d’après n’importe quel dessin, fait les fleurs compliquées, les fonds, achève la dentelle. Elle gagne fr. 1.73 par jour et travaille directement pour un grand magasin, qui paie très régulièrement. Autrefois, elle gagnait 3 et 6 francs par jour ; aujourd’hui elle peut gagner encore de fr. 2.30 à fr. 3.00, lorsqu’elle travaille dans un atelier. Tous les étés, elle est admise dans un atelier de la rue de la Chancellerie et elle y gagne de belles journées, tout en produisant relativement peu.

Cette ouvrière attribue l’élévation relative de son salaire à ce fait que son ouvrage est très soigné et qu elle peut l’achever elle-même. La plupart des ouvrières qu’on trouve encore aux environs de la rue Haute sont incapables

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d’achever une pièce en point à l’aiguille et travaillent, en atelier ou à domicile, pour deux petits facteurs du quartier.

Le mari de l’ouvrière interrogée est palefrenier et gagne 3 francs par jour. Le loyer de l’appartement occupé par ce ménage est de 3 francs par semaine.

192. Une veuve, mère de I rois enfants, moins habile que la précédente, gagne 30 cen limes par jour. Elle fait de petites Heurs en point à l’aiguillé et travaille pour un magasin de Bruxelles.

195. Une ancienne ouvrière en point à I aiguille, aujourd’hui mariée à un fabricant de chaussures de Saint-Gilles et jouissant d’une situai ion aisée, me raconte ce qu'a été sa carrière de dentellière. Lorsqu’elle commença à apprendre le point à l’aiguille, il y a 45 ans, elle élait âgée de 9 ans seulement. Ses dispositions étaient exceptionnelles et, au bout de peu de temps, elle se trouvait en état de gagner sa vie à l’aide de son aiguille. «Quatre ou cinq années d’apprentissage, me dit-elle, c’est tout ce qu’il faut pour connaître notre métier; tout le reste, c’est « le don » (sic). » M,ne *** a eu le « don »; elle l’a même eu à un haut degré; c’est ce qui résulte des interminables discours quelle me tient, tantôt en français, tantôt en flamand.

Elle a toujours travaillé dans une grande indépendance. Foneuse habile, elle inventait elle-même des fonds nouveaux pour les fleurs en point qu’on lui donnait à achever. Elle ne travaillait que pour les premières maisons de Bruxelles et s’est toujours refusée à fréquen-

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ter les ateliers des fabricants, préférant la liberté et sa modeste habitation. Elle traitait avec les fabricants de puissance à puissance, leur fixant elle-même ses prix, et les fabricants s’inclinaient. « Ze konden mij niet missen » (ils ne pouvaient se passer de moi), me disait-elle avec un air de triomphe.

Elle achetait elle-même son fil chez les merciers de Bruxelles: jamais elle n’aurait accepté de se laisser fournir de fil par un fabricant.

Il y a vingt-cinq ans, elle gagnait, à certains moments, 80 francs par semaine; plus tard, au moment où elle a cessé de faire de la dentelle, elle se faisait encore aisément, comme foneuse, 4 francs par jour et elle pourrait, me dit-elle, les gagner encore aujourd’hui. Mais, pour atteindre ces salaires élevés, il lui fallait travailler depuis 4 heures du matin jusqu’à 10 ou 1 1 heures du soir, « sans lever les yeux, sans parler (dur sacrifice!), en ne prenant de temps que pour avaler à la hâte ses repas ».

Bien qu’étant devenue Mme ***, elle n’a pas renoncé à la dentelle. « Après avoir travaillé pour les reines de ce monde, me dit-elle, je veux à présent mettre mes doigts au service de la Beine du ciel »; et elle me montre un magnifique voile en applicalion de Bruxelles, dont elle-même vient de confectionner les fleurs et qu’elle destine à la statue de la Vierge, dans l’église de sa paroisse.

Le voile est orné de jours très nombreux et infiniment variés; la finesse et la fermeté du travail sont inimitables.

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Licdelcerlic .

194. Une ouvrière ordinaire, âgée de45 ans, non mariée et habitant chez des voisins, fait de la duchesse de Bruxelles et travaille de 10 à II heures par jour. JElle gagne journellement environ fr. 1 .10 et travaille pour un facteur local.

195. Une jeune femme sans enfant, travaillant pour le couvent de Liedekerke, de 6 heures du matin à 10 heures du soir, gagne fr. 1.40 par jour. Elle fait des Heurs en point de Bruxelles aux fuseaux, d’une merveilleuse I inesse.

196. Une très bonne ouvrière, âgée de 40 ans environ et travaillant pour un facteur local, de 5 1/2 heures du matin à 7 heures du soir, gagne 2 francs par jour; elle fait des fleurs en duchesse de Bruxelles. Son mari et ses enfants font le ménage pour elle: le mari, ouvrier agricole, est un homme faible qui gagne 1 franc par jour en été et rien en hiver. Ouvrière exceptionnelle, cette femme soutient presque à elle seule le ménage. Il lui est arrivé, l’année précédente, de gagner 15 francs en l’espace d’une semaine.

197. Une femme mariée, sans enfant, travaillant pour le couvent, fait un très beau mouchoir Louis XVI en line duchesse de Bruxelles. En travaillant presque toute la journée, elle met sept jours à faire un coin du mouchoir; (die reçoit par coin 8 francs, dont il lui faut déduire 25 centimes pour le fil.

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