‹ La dentelle et la broderie sur tulleChapitre 54 sur 86 · FEMME AYANT 3 ENFANTS · texte numérisé non relu

FEMME AYANT 3 ENFANTS

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On a fréquemment agité, dans certains milieux, la question de l’exploitation des élèves dentellières par les couvents. On a reproché aux religieuses qui dirigent les couvents de s’enrichir au détriment des pauvres enfants qui leur sont confiées; on a représenté celles-ci comme des créatures ignorantes, abruties, trop déprimées pour oser protester contre un travail exagéré et un salaire de famine.

Nous avons déjà fait en partie justice de ces accusations. Les tableaux qui précèdent (1) montrent que les salaires des élèves et ouvrières travaillant pour les couvents sont souvent plus rémunérateurs que ceux des ouvrières occupées par des facteurs. S’ils ne sont pas plus élevés encore, cela tient à ce que les ouvrières des couvents sont des apprenties, travaillant beaucoup moins longtemps que les ouvrières à domicile ; cela provient aussi, nous l’avons dit, de ce que les couvents maintiennent parmi leurs ouvrières la fabrication de la belle

(1) \oy. aussi le tableau publié pp. 52 et suiv.

dentelle et de ce que celle-ci est insuffisamment payée par les fabricants.

Quant à l’enrichissement des congrégations, il n’existe que dans l’imagination de certains de leurs détracteurs. Aces redresseurs d’abus nous conseillons d’aller voir ces couvents, qu’ils ne connaissent que par ouï-dire. Ils s’apercevront que, dans la plupart des cas, les bâtiments du couvent n’appartiennent pas à la congrégation ; ils verront que les religieuses mènent une vie simple, souvent pauvre, et qu'à côté des locaux spacieux où elles enseignent la dentelle aux déshéritées de la fortune, elles habitent des cellules modestes et étroites; ils comprendront enfin, — s’ils veulent comprendre, — que le but de ces humbles fondations n’est pas de s’enrichir mais de se dévouer et de faire du bien.

Assez souvent la fréquentation des écoles dentellières est purement gratuite; ailleurs, la rémunération des religieuses consiste, nous l’avons vu, en un minerval payé par les élèves ou, plus fréquemment, en une retenue de S à 10 p. c. sur les salaires.

On peut regretter cette dernière forme de la rémunération, parce qu’elle masque les bénéfices véritablement réalisés par les couvents et provoque les appréciations fantaisistes que nous venons de signaler. Il serait souhaitable que les élèves pussent toujours recevoir le produit intégral de leur travail et payer au couvent un minerval fixe. Mais ceci est impossible lorsqu’il s’agit de dentelles dont la confection exige une division du travail très caractérisée, comme le point à l’aiguille et l’application de Bruxelles. Les religieuses prennent elles-mêmes une grande part dans la confection de ces dentelles; ce sont elles qui corrigent les pièces défectueuses, elles qui exécutent les jours, elles encore, bien souvent, qui font le montage ou l’application des pièces. Le prix qui leur

LES INDUSTRIES 1 DOMICILE EN BELGIQUE

est payé par le fabricant est un prix global pour la dentelle achevée ; il leur est impossible de déterminer exactement dans ce prix la part de bénéfice due au travail des élèves. Dès lors, elles calculent le salaire de celles-ci de manière à prélever pour elles-mêmes une légère rémunération, dont le taux varie avec l’importance de l’objet exécuté, avec l’habileté professionnelle de l’élève et avec le prix payé par le fabricant. II serait à désirer que, dans tous les ateliers dirigés par des congrégations religieuses, les livres indiquassent pour chaque pièce le prix payé par le fabricant, le salaire de l’élève et le bénéfice de couvent, et que ces livres fussent mis à la disposition de tout inspecteur du travail qui demanderait à les voir.

Si l’on peut trouver regrettable la forme de celte rémunération prélevée par les couvents sur les salaires de leurs élèves, on ne peut cependant contester sa parfaite légitimité. Le directeur d’un de ces couvents m’écrivait à ce sujet : « L’enseignement primaire et, plus tard, renseignement de la dentelle sont donnés gratuitement par nos sœurs. Cependant, celles-ci croient pouvoir prélever quelque chose sur le salaire des enfants qui leur sont confiées et elles le font pour les raisons suivantes. D’abord, elles préparent pour les élèves les patrons des dentelles commandées par les fabricants; elles travaillent ellesmêmes avec les élèves, améliorant ou achevant leur ouvrage. Elles ont, ensuite, des frais de voyage, de correspondance et d’expédition- elles paient leurs ouvrières à l’avance et, parfois, ne réussissent pas à écouler la dentelle déjà payée. Enfin, elles fournissent aux élèves leur matériel de travail; elles mettent à leur disposition de vastes locaux, qui doivent être entretenus et chauffés: parfois, elles doivent payer un loyer assez élevé ou amortir le capital d’achat de leur immeuble. » Pour

toutes ces raisons, la rémunération des couvents est chose nécessaire et, par suite, absolument légitime.

Facteurs accidentels qui influent sur le salaire.

Les salaires les plus ordinairement atteints, en ce moment, par les ouvrières dentellières se rapprochent des chiffres suivants :

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