SALAIRE
12 à 13 heures.
Valenciennes, torchon, guipure ordinaire, point de Flandre, Chantilly, blonde
fr. 0.60 à 0.90
Malines, point de Lille, point de Paris, broderie sur tulle à l’aiguille .
Guipure de Flandre, Binche
Duchesse, dentelle de Bruges .
Application de Bruxelles aux fuseaux .
Point d’Angleterre
Point gaze, application à l’aiguille, point de Venise
Broderie sur tulle au métier ....
Pareille estimation est approximative, car elle ne tient pas compte des journées de travail de plus ou de moins de 12 à 15 heures et elle ne s’applique pas aux salaires les plus élevés et les plus bas. Elle est également instable, parce que les salaires, dans l’industrie dentellière, sont soumis à des modifications assez fréquentes par suite de causes accidentelles.
Les événements politiques ont amené de tout temps des périodes de stagnation dans la vente des dentelles et ont, par suite, fait baisser les salaires. Mais, indépendamment de ces
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facteurs externes, il en est d’autres, propres à l’industrie dentellière, dont l’influence se fait sentir plus fréquemment: ce sont d’abord les changements dans l’organisation économique de l’industrie ; c’est ensuite la mode ; ce sont enfin les périodes de forte production, lors des expositions internationales,des mariages princiers, etc.
L’influence de ces trois facteurs s’est tout particulièrement manifestée dans la région d’Alost, au cours de ces dernières années.
Depuis 1888, le salaire des ouvrières en point et en application était tombé fort bas dans le pays d’Alost et de Ninove :
de 5 francs, qu’il atteignait en 1854, il était tombé, en 1889, à 50 centimes.
En 1889, la maison Minne-Dansaert, de Bruxelles, installait sa manufacture de dentelles à Haeltert, en plein centre de production. A ce moment la situation de l’industrie était si mauvaise dans la région d’Alost, qu’il ne s’y formait plus d’apprenties, et Mlle Minne-Dansaert m’a confirmé que les salaires payés par les facteurs ne dépassaient pas 75 ou même 50 centimes. Il fallait tout d’abord relever l’apprentissage. Mlle Minne le comprit : deux écoles dentellières furent fondées en même temps que l’établissement d’Haeltert, l’une au bameau de Sainte-Anne, pour le point à l’aiguille, l’autre à Saint-Gilles, près de Termonde, pour la dentelle aux fuseaux. M1Ie Minne se mit en rapport avec plusieurs couvents ; elle entra en relations directes avec toutes les bonnes ouvrières quelle put trouver dans ses environs, supprimant le plus possible les intermédiaires, dirigeant elle-même la fabrication. L’étude des débouchés n était pas non plus négligée et, tout en dirigeant de fort près sa succursale de Paris, Mlle Minne se créait des relations importantes en Amérique.
L’effet de cette transformation économique de l’industrie fut surprenant. En deux ans de temps, les salaires des ouvrières eurent doublé; dès 1892, ils atteignaient 1 franc pour les ouvrières ordinaires, fr. 1.50 pour les bonnes pointeuses. Les écoles de Sainte-Anne et de Saint-Gilles contenaient une centaine d'apprenties et la fabrication avait reconquis son ancienne beauté.
La mode eut ici un grand rôle dans la hausse des salaires.
De 1879 à 1890, la dentelle avait été détrônée, dans la région d’Alost, par la passementerie et par les imitations en lacet. En 1890, la maison Minne-Dansaert fait apprendre par ses ouvrières l’application de Bruxelles. Pour les encourager, elle promet à celles qui veulent apprendre à appliquer une gratification extraordinaire pendant dix semaines.
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60 ouvrières se mettent à l’application et, en plus de leur salaire à la pièce, elles reçoivent 1 franc par jour, cette gratification allant en décroissant de 60 centimes par semaine jusqu'à la fin du temps fixé pour leur apprentissage. C'est alors que sont lancées sur le marché les voilettes en application. A partir de ce moment, la mode de l’application fait de constants progrès. Une seconde maison, la firme Laureys, s’établit à Haeltert; plusieurs fabricants de Bruxelles font également appliquer aux environs d’Alost et, de 1803 à 1900, l’application fait fureur. Tout le monde se met à appliquer, mêmes les garçons; les maris et les frères attachent sur les carreaux les fleurs achevées ; les femmes et les jeunes filles les appliquent : elles y passent une partie de leurs nuits et gagnent jusque 2 francs par jour et davantage.
C’étaient alors les beaux jours pour les fabricants de dentelle ; mais cette situation brillante ne dura pas. Pour gagner davantage, les ouvrières se mirent à travailler très vite et la qualité de leur ouvrage s’en ressentit. Les fleurs furent faites avec moins de soin et les appliqueuses les attachèrent sur le tulle avec quelques points seulement, au lieu de les coudre soigneusement. Les petits fabricants acceptèrent cet ouvrage défectueux, ils l’encouragèrent; baissant les prix, tout en payant des salaires assez forts, ils lancèrent sur le marché l’application commune et celle-ci fit fureur à son tour. Les facteurs et les petits fabricants introduisirent également dans les centres de point à l’aiguille le travail au lacet, qui avait eu la vogue avant 1890. Tout le monde se mit à porter ces imitations en lacet connues aujourd’hui sous le nom de Luxeuil et de Renaissance , et les ouvrières, qui gagnent gros à cet ouvrage facile, le préfèrent à tout autre et perdent leur talent.
« Depuis trois ans, m’écrivait en février 1901, M1Ie Minne- Dansaert, il ne s’est, pour ainsi dire, plus formé une véritable apprentie dentellière. Partout se sont établis des petits fabricants et des petits facteurs, qui n’ont qu’une chose en vue : faire
du chiffre. Ces gens ne fabriquent que du mauvais ouvrage et paient à tort et à travers pour avoir des ouvrières. »
De cette vogue des articles communs est résultée une nouvelle hausse des salaires : les imitations en lacet étant plus voulues que jamais, les salaires des ouvrières qui les confectionnent se sont élevés, et, d’autre part, les bonnes ouvrières en point devenant plus rares, il s’est produit une assez forte hausse sur les dentelles fines et sur les salaires des meilleures ouvrières à l’aiguille.
Voilà donc, en l’espace de dix ans, deux hausses des salaires, et, dans chaque cas, elles ont eu pour cause une transformation économique de l'industrie et une nouvelle orientation de la mode. Que demain la vogue du lacet passe, — et cela ne se fera pas attendre, - une foule d’ouvrières se trouveront sans travail et devront perdre beaucoup de temps à rapprendre leur ancien métier. La mode aura, cette fois là, provoqué la baisse des salaires.
A diverses reprises, pendant les périodes de production intense, comme celles qui ont précédé les expositions de Paris et de Chicago, on a vu se produire des hausses assez fortes sur les salaires. Les contrées où se font l’application et le point à l’aiguille, — dentelles qui se prêtent mieux que les autres à la confection des grandes pièces à effet, — sont celles où les « salaires d’exposition » sont les plus rémunérateurs. C’est encore le pays d’Alost qui nous en fournira un exemple, par la comparaison des salaires payés en 1897, année de production normale, et en 1900, année de l’exposition de Paris (1).
Les ouvrières dont les salaires ont été relevés par nous sont
(1) Il est à remarquer que la période de forlc production amenée par l’exposilion de Paris n’a duré que depuis janvier jusqu’à octobre 1900.
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des pointeuses et des appliqueuses travaillant pour la maison Minne-Dansaert.