CHAPITRE V
Durée du travail. — Chômage.
La longueur normale de la journée de travail de l’ouvrière qui consacre tout son temps à la dentelle est d’environ 13 heures, déduction faite des repos et heures de repas. Mais, comme nous l’avons dit, on rencontre beaucoup d’ouvrières qui considèrent la dentelle comme une industrie d’appoint et ne travaillent que 5, 6, 8 heures par jour, suivant le temps que leur laissent les occupations du ménage. Par contre, quelques ouvrières consacrent à la dentelle des journées de 14 et 15 heures et, exceptionnellement, lorsque l’ouvrage est très pressé, elles travaillent jusque 16 heures par jour. C’est surtout dans les ateliers des fabricants qu’on rencontre ces journées d’une longueur excessive; le travail qui dépasse 12 heures est d’ailleurs spécialement rémunéré dans ces ateliers et il est très rarement imposé aux ouvrières.
Il n’existe pas, dans l’industrie dentellière, de chômage involontaire régulier. Le nombre des ouvrières tendant à décroître et la demande ne diminuant pas, les ouvrières qui veulent travailler ont toujours de l’ouvrage; d’ailleurs, les fabricants préfèrent augmenter leur stock pendant les périodes de morte saison plutôt que de s’exposer à perdre leurs ouvrières. Quant aux chômages volontaires, ils sont assez fréquents et empêchent la surproduction. Chaque année, de juin à octobre, un grand nombre de dentellières des campagnes abandonnent le carreau ou l’aiguille pour le travail des champs ou pour la .fenaison : ce sont principalement les
LA DENTELLE ET LA IÎKODEltlE SUU TULLE.
jeunes filles et, parmi elles, surtout les dentellières de qualité moyenne ou médiocre. Leurs bras sont devenus indispensables aux cultivateurs, depuis que l’émigration de nos ouvriers agricoles vers la France a pris les proportions considérables que l’on sait (1). Dans les régions où la dentelle est très mal payée, les ouvrières se rendent volontiers aux champs; ailleurs, aux environs de Thielt, par exemple, où la dentelle est mieux rémunérée, les fermiers se plaignent du manque de bras et ils se sont vus forcés d’augmenter les salaires des femmes pendant la moisson.
Le chômage des dentellières n’est nullement une entrave pour la fabrication. La saison des dentelles communes étant surtout le printemps et l’été, les ouvrières qui s’y adonnent ont le temps d’en produire beaucoup pendant les mois d’automne et d’hiver. Quant à la belle dentelle, dont la vente est moins influencée par la morte saison, elle conserve ses ouvrières pendant tout le cours de l’année.
(1) Le nombre des ouvriers belges se rendant en France pour y engager leurs bras s’élève annuellement à plus de 40,000.
LES INDUSTRIES A DOMICILE EN BELGIQUE