L'éventail, en point à l'aiguille, qui l'accom
pagne, à droite, ne lui cède en rien sous ce double rapport.
Nous n'hésitons pas à déclarer, d'accord avec des spécialistes très autorisés, qu'on ne pourrait rencontrer, dans les deux genres qui viennent d'être dits, des spécimens mieux compris, ni d'une technique plus parfaite.
Quelques morceaux de moindre importance, mais d'une grande finesse également, complètent cette belle démonstration du savoir-faire bruxellois.
Le portrait de Shakespeare, en point à l'aiguille, est étonnant de précision.
Le point de Venise, dit point d'ivoire, exécuté dans les ateliers de Bruxelles, en 1882, ne laisse rien à désirer, non plus, au point de vue de la technique.
On doit en dire autant du point à l'aiguille, montrant des palmes et des guirlandes, se déroulant sur un fond de point « gaze » et datant également de 1882.
Le fragment de robe, en point à l'aiguille, dans le petit cadre, à gauche, est d'un travail moins raffiné, sans doute, que les pièces plus petites dont il vient d'être question ; mais le caractère même de l'objet réclamait une exécution plus
52. robuste, visant, avant tout, à donner une impression décorative.
Enfin, dans le grand cadre, à droite, le coupon de dentelle, entièrement aux fuseaux, remontant à 1879, nous montre que Léon Sacré, au lieu de se cantonner dans le travail à l'aiguille, cherchait à faire également « très beau » dans le domaine des fuseaux, et qu'il y réussissait.
Le superbe don que nous a fait sa famille est un magnifique hommage rendu à la mémoire de ce dentellier, sincèrement épris et respectueux de son art, qu'il éleva, peut-on dire, au plus haut degré de perfection que la dentelle de Bruxelles ait atteint dans ces dernières années.
Flandre.
53 à 55. Ainsi que nous l'avons dit en commençant, les premières dentelles, fabriquées dans les différents centres des Pays-Bas, étaient confondues, à l'étranger, sous la dénomination générale de dentelles de Flandres. Les spécimens que nous exposons, sous ce nom, dans les cadres 53 et suivants, pourraient donc être revendiqués par d'autres centres encore que la Flandre proprement dite. Ils comprennent surtout des picots, des dents
et des « becs » (autrefois, on disait «* bicques »), dont on bordait les objets de lingerie. Parmi ces derniers, les célèbres fraises de la dernière moitié du XVIe siècle et du premier quart du XVIIe, furent garnies principalement de point à l'aiguille; mais les dentelles aux fuseaux intervinrent largement dans les grands cols retombants de l'époque Louis XIII.
Vers le milieu du XVIIe siècle, les « becs » s'accusent de moins en moins et, finalement, ne se traduisent plus que par une sorte d'ondulation du bord inférieur de la dentelle.
Le cadre n° 56 nous montre, au-dessus d'une dentelle de ce genre, d'une technique assez rude, mais d'un joli dessin, deux spécimens d'une sorte de torchon, dans lesquels nous ne pouvons guère voir autre chose que des dentelles paysannes.
Les morceaux qui les surmontent sont des dentelles à brides, de la deuxième moitié du XVIIe siècle.
Les cadres 57 et 58, nous montrent également des dentelles à brides, exécutées, pensons-nous, dans la Flandre proprement dite. Nous y voyons se dérouler, tantôt de grands feuillages et des
57 et 58. ramages, dans le style du XVIIe siècle, tantôt des entrelacs fleuronnés, du type commun à la Flandre et à l'Italie. Ce genre de dentelles fut utilisé principalement pour les garnitures d'aubes.
59. Des bas d'aube, à fond de brides, occupent également le cadre n° 59 adossé à la vitrine voisine.
Ceux du bas, conçus dans le style « candeliere » , du temps de Louis XIV, se rapprochent sensiblement des spécimens que nous avons rencontrés à Bruxelles, vers la fin du XVIIe siècle. Mais ils sont moins fins et moins soignés ; leurs brides picotées, de même que leurs mailles à cinq trous, laissent beaucoup à désirer ; enfin, ils ne montrent plus les brodes caractéristiques de la dentelle du Brabant.
Le volant supérieur, plus élégant, reproduit les ramages italiens, « a fiorami », qui demeurent, en somme, ce que la Flandre a produit de plus marquant, en fait de dentelles à fond de brides.
60. La vitrine n° 60 contient les spécimens de Flandre, à fond de réseau.
On confond souvent ces dentelles de Flandre avec celles de Milan, qui leur ressemblent, du
reste, à première vue. Mais les dentelles de Milan se distinguent par ce fait, qu'en dehors de cas exceptionnels, tels que la représentation de figures ou de grands ornements, leurs toiles affectent presque toujours l'allure d'un lacet, de largeur uniforme, se repliant sur lui-même, ou contournant les espaces occupés par les « jours. «
Les toiles de Flandre, au contraire, s'étalent et se profilent, « en pleine pâte », peut-on dire, suivant les besoins du dessin. Alors même qu'ils prennent le caractère vermiculaire des dentelles du Midi, ils ne le font qu'en se dilatant et se rétrécissant sans cesse, de façon à perdre complètement l'air de lacet qu'ils revêtent à Milan.
La texture des toiles n'est pas, non plus, pareille, ce qui tient, en partie, à la qualité du fil, moins fin dans le Midi et rendant, dès lors, les toiles de Milan, non pas plus serrés, peutêtre, mais plus compacts que ceux du Nord.
Nous signalerons d'abord, dans la vitrine n° 60, une sorte de mante, d'arrangement assez récent, formée de dentelles de Flandre, marquant, à notre avis, la transition entre la bride et le réseau. Cette pièce, que nous devons à l'aimable générosité de Mme Goldschmidt-Przibram, est entièrement bordée d'une dentelle de Flandre,
60. du temps de Louis XIII, fort bien conservée et d'un type très intéressant.
Ce sont ensuite, vers la droite, des ramages à fleurons, poursuivant les traditions de dessin des dentelles à brides, tout en laissant entre les fleurs les espaces plus grands que comportait le fond de réseau.
Au milieu de la vitrine, sous la mante, une jolie dentelle religieuse, portant l'image et le monogramme de la Vierge.
A gauche, en haut, une autre dentelle, ayant servi d'encadrement à quelque voile, où ce même monogramme se trouve associé à celui du Christ.
61. Les dentelles de Flandre à fond de réseau se poursuivent dans le bas de la vitrine. Les toiles y atteignent un haut degré de délicatesse. Nous signalerons spécialement, à cet égard, les trois petits morceaux, placés à droite et que nous a donnés M. Georges Moens.
62. Les dentelles contenues dans le cadre n° 62 (à la muraille), nous paraissent appartenir aux premières dentelles au fond du réseau. On peut, sans doute, les rattacher à la Flandre, où elles viendraient se ranger dans le genre, dit « Trollekant r>. Mais on y retrouve des traits qui dési-
gneraient d'autres centres encore. La technique de Valenciennes, par exemple, s'y montre nettement, sous une forme grossière, il est vrai, mais avec tous ses caractères. Cette technique procédait de la Flandre, on le sait. Ce furent, peut-être là, ses premières productions à fond de réseau, ou bien encore, simplement, les modèles qui lui fournirent son point de départ.
Malines
Dès qu'on se mit à faire de la dentelle en Belgique, Malines prit certainement part à sa production. L'on y fabriqua donc, sans nul doute, des guipures et des dentelles à brides, avant l'introduction des fonds de réseau. Cette ville pourrait, dès lors, comme d'autres encore, revendiquer, pour partie, cet ensemble de guipures primitives et de picots, que nous avons classés sous le nom de Flandres, qu'on leur donnait alors.
Mais la grande renommée des dentelles de Malines ne date que du XVIIIe siècle, époque à laquelle elles acquirent une vogue extraordinaire.
Les fleurs de la Malines, d'un toile généralement peu serré, accusent leurs contours par un fil plus gros, qui les borde, à la différence des Valen-
ciennes et des Binche, où la limitation des toiles n'est pas soulignée de la sorte.
Le réseau varie. Quand il se travaille avec des épingles (spellewerk), il rappelle le point de Paris. Mais on l'exécute aussi sans épingles (eisgrond), par un tour de main, dont Malines avait le secret et dont l'accent, nécessairement plus personnel, fit, en partie, le charme de la « reine des dentelles », ainsi que la Malines fut appelée souvent.
« Après avoir suivi, dit M. Lefébure, les mêmes tâtonnements que la Valenciennes pour le choix d'un fond qui lui soit bien approprié, après avoir employé souvent aussi le fond de neige, la Malines a adopté une petite treille ronde, très légère et très fine, qui est certainement la plus jolie de toutes les mailles aux fuseaux... Très à la mode sous Louis XV, elle a beaucoup exploité les dessins rocailles... Sous Louis XVI, elle exécuta avec succès les guirlandes et les enlacements ajourés et quand on en vint aux petits semis, la Malines allia merveilleusement ces dessins très légers avec la transparence et la régularité de ses jolies petites mailles. Il n'est pas une dentelle qui assortisse mieux avec la gaze et la mousseline. Elle est délicieuse en barbes et en coiffures et nos grand'mères savaient fort apprécier
comme elle se chiffonne agréablement parmi les cheveux blancs. »
Nous tenions à reproduire ce jugement d'un écrivain français, fort distingué, qui a fait de la dentelle l'objectif de sa vie et dont le goût parfait, en pareille matière, est bien connu de tout le monde. Ses paroles nous arrivent comme un écho de la façon dont la France adopta la Malines au XVIIIe siècle et de la faveur extrême que cette dentelle y rencontra durant toute cette période.
Les vitrines 63 et 64 contiennent une collection de barbes de Malines, dont plusieurs d'un très beau dessin et d'une facture excellente.