Dans la vitrine suivante, se placent les barbes
« façon Malines », c'est-à-dire ayant des fleurs contournées du gros fil plat, comme dans la Malines, mais dont le fond, au lieu d'être formé des petites mailles malinoises, est constitué par une maille tout autre, ou par un point de fantaisie.
Le fond de neige, dont la dentelle de Binche s'est approprié si complètement le type, a été utilisé fréquemment à Malines ; seulement, les points de neige, au lieu d'être jetés pêle-mêle, comme à Binche, sont, dans la Malines, disposés, d'ordinaire, avec une régularité qui leur donne la valeur d'un « jour », plutôt que d'un simple fond.
Les barbes, qui s'étalent sur la face A de la vitrine 64, sont de riches spécimens de ce genre.
La cravate, formée de deux demi-barbes, portant le n° 228 rouge, a pour fond une sorte de treillissage, que les dentelliers modernes ont baptisé du nom « d'armure ». Ce fond est d'une grande transparence et d'une rare légèreté.
Les deux demi-barbes de la face B rentrent plus complètement dans la formule binchoise. Il eût même fallu les classer parmi les Binche, n'était le fil de contour des toiles qui les rattache à la Malines. C'est de la Malines, « façon Binche ».
Le fond de bonnet, exposé au-dessus, est formé
64. de deux pièces, juxtaposées en contre partie. L'effet est, sans doute, plus fâcheux que si le morceau avait été travaillé d'une pièce. Mais cette défectuosité était compensée par une facilité d'exécution beaucoup plus grande et, partant, par un prix de revient très réduit.
Les faces C et D de la vitrine réunissent un certain nombre de pièces « en forme », ou de composition spéciale. Citons notamment, pour la face C :
Une garniture de tabernacle (n° 55 rouge), à fond « armure », portant la date de 1751 ;
Une autre garniture de tabernacle, datée de 1739, avec l'inscription : Sum panis vitœ. Les jolies fleurettes de Malines y sont malheureusement entremêlées de figures d'anges, tout à fait grotesques ;
Une paire de manches, avec petite dentelle assortie, façon Malines, mais sur fond de mailles à cinq trous, de l'époque Louis XV;
Un col Louis XV, se distinguant par ses jolis « jours » et par l'épaisseur de son fil de contour.
Sur la face D : des garnitures, dont nous n'apercevons pas bien l'usage, encore montées sur leur ancien tissu et montrant le jeu de tirettes par lequel on les ajustait.
La vitrine 65-66, également consacrée à la Malînes, contient les spécimens de dentelles courantes : dans le bas, celles du XVIIIe siècle; dans la partie verticale, celles du XIXe.
La technique est, sans doute, restée bonne dans ces dernières ; mais on demeure frappé de voir combien la composition en est courte, monotone et pauvre, en comparaison des jolis dessins, variés et coulants, qu'avait produits le siècle précédent. Deux spécimens seulement pourraient être cités comme faisant exception; ce sont, dans la rangée de gauche, le n° 61, don de Mme Gossey et le n° 101, prêté par Mme Annemans. Mais, pour le surplus, la pauvreté d'invention, que nous signalons, se remarque jusque dans les pièces visant à une certaine richesse, telles, par exemple, que le voile disposé au centre de la vitrine. Ici encore, c'est l'éternelle fleurette qu'on aperçoit partout. Sous prétexte de se faire plus cossus, les bouquets se sont simplement alourdis et s'imaginant accroître leur importance, ils ont naïvement étage leur motif unique sur deux files, que ne relie entre elles aucune attache.
Anvers.
67 et 68. Les dentelles de la vitrine nos 67-68 tiennent encore des Malines; mais elles s'écartent, à certains égards, du type pur de ces dernières. L'industrie à laquelle elles correspondent est celle delaprovince d'Anvers, prise dans son ensemble.
On y voit des spécimens du célèbre Pottekant, dentelle pour bonnets, où dominent les gros vases de fleurs qui lui ont donné son nom.
Puis c'est le Trollekant, à la dénomination mal élucidée jusqu'à présent, et dans lequel les points et les fonds les plus hétérogènes sont souvent associés d'une façon bizarre.
Nous avons déjà dit, du reste, que le Trollekant est une dentelle des Flandres, aussi bien que de la province d'Anvers.
Ce sont ensuite des dentelles « façon Malines » , exécutées sur fond de mailles à cinq trous, armure, point de Paris, maille flamande, etc.
Nous y avons joint quelques spécimens de la dentelle dite « de Hollande » .
Les fleurs n'y sont pas accompagnées du traditionnel fil de contour et le fond en est formé, soit de maille flamande, soit d'une sorte de fond de neige. Ce genre n'a donc rien à voir avec la
Malines et il se rattacherait plutôt aux Valenciennes ; niais il s'est fabriqué, spécialement pour la Hollande, dans le nord de la province d'Anvers, à laquelle la présente vitrine est consacrée. Nous ne pouvions donc lui donner d'autre place.
On remarquera, dans la partie verticale de la vitrine, une nappe de communion, façon Malines, à fond de fantaisie, déroulant une frise élégante, plaquée de médaillons, représentant des scènes de la Bible : Eliézer, la Manne, le Sacrifice d'Abraham, etc. Nous la datons de l'époque Louis XVI.
(Collection Monte flore.)
Au-dessus de ce morceau s'étale un bas d'aube, dont l'intérêt réside surtout dans les dimensions des fleurs et du réseau dont il est formé. Ayant à dessiner un volant un peu plus haut que à? coutume, l'artiste n'a rien trouvé de mieux que d'agrandir une petite dentelle qu'il avait sous la main et de l'exécuter, sans autre changement, à cette échelle démesurée. La pauvreté du motif n'en éclate que davantage, sans que la netteté de l'exécution parvienne à la racheter.
Valenciennes et Binche.
Le genre Valenciennes comprend les Valenciennes proprement dites et les dentelles de Binche. Le trait caractéristique, commun à ces deux espèces de dentelles, réside dans le toile, d'un aspect très plat et qui touche directement le fond, sans interposition d'aucun fil de contour.
Valenciennes.
Il se fit certainement des dentelles, à Valenciennes, dès la première moitié du XVIIe siècle. C'étaient des dentelles à fond de brides, puisque le fond de réseau n'apparut que plus tard. Nous ne possédons point de spécimens de cette époque.
Au milieu du XVIIe siècle, l'industrie dentellière, qui s'était répandue déjà aux environs de la ville, se déplaça davantage vers nos provinces, principalement du côté de la Flandre occidentale, où la ville d'Ypres rivalisa bientôt d'importance avec Valenciennes même. Les productions de ces deux centres se confondent au XVIIIe siècle, du moins au point de vue de la technique.
La Révolution française porta un coup fatal à Valenciennes, où la dentelle sombra complè-
tement, pour reprendre légèrement au siècle suivant, et disparaître enfin d'une façon définitive.
L'industrie résista mieux dans notre Flandre, devenue l'unique refuge de la dentelle de Valenciennes ; l'on peut même dire, qu'en principe, toute la Valenciennes du XIXe siècle vient de là.
C'est, du reste, en Belgique que l'on a trouvé, pour le réseau, la maille carrée, inaugurée au siècle dernier. Avant cela, l'on n'employait que la maille ronde, laquelle n'était autre chose que l'ancienne maille flamande.
Si nous ajoutons, enfin, que la ville de Valenciennes faisait, au temps de sa première prospérité, partie intégrante des Pays-Bas, nous en aurons dit assez, pensons-nous, pour nous justifier d'avoir rangé la Valenciennes parmi les dentelles propres à la Belgique.
La Valenciennes est essentiellement une dentelle de lingerie ; elle est d'un aspect plus « linge » qu'aucune de ses sœurs. Ce qu'elle vise n'est point la richesse ; elle ne recherche pas le grand effet ; mais il se dégage de ses blancheurs, souples et fondues, une impression de netteté et de fraîcheur, qui fut la source première de son succès.
Nos spécimens comprennent des volants courants, des barbes et des pièces en forme.
Les volants ne sont jamais bien hauts ; leurs dessins, assez riches parfois, mais simples d'ordinaire, sont presque toujours d'une élégance, que relève une technique soignée.