Le cadre n° 69 en renferme de jolis spécimens
datant du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe.
Dans le bas du cadre, une série assez étendue de barbes et de demi-barbes présente des exemples variés de ce que le XVIIIe siècle a produit en ce genre.
Les pièces en forme, ou à dessins spéciaux, furent toujours, on le comprend, particulièrement soignées. Nous devons la plus jolie de celles que nous présentons ici, à l'obligeance de M. Robyn- Stocquart, qui nous l'a confiée pour quelque temps. Suivant une tradition de famille, cette dentelle, qui occupe le milieu du cadre n° 69, provient de Marie-Antoinette, pour qui elle aurait été faite, à l'occasion de la naissance du Dauphin. Les lys de France, joints aux flambeaux d'hyménée et aux dauphins qui décorent si joliment ce précieux morceau, confirment à souhait cette illustre provenance.
A remarquer également, au-dessus de la dentelle précédente, les oiseaux becquetant des
grappes de raisins et, dans le bas du cadre, cinq curieux boutons maçonniques.
(Collection Montefiore . )
Binche.
La dentelle de Binche se rattache à la famille des Valenciennes, par ses toiles, d'abord, que ne borde aucun fil de contour, puis encore par la maille qu'elle met en œuvre, quand il lui arrive de montrer du réseau, maille qui n'est autre que celle de Valenciennes.
Elle se distingue des Valenciennes proprement dites par la texture spéciale de ses toiles, à la fois plus ténus et plus nuancés, donnant une impression de transparence, qui contraste absolument avec la netteté uniforme des toiles, plus serrés, de la Valenciennes.
La dentelle de Binche fait, en outre, grand usage des points clairs pour diviser ses toiles, souvent juxtaposés et pour leur donner, en même temps, plus de légèreté.
Cette dentelle se caractérise, enfin, par une prédilection des plus marquées pour ce qu'on nomme le fond de neige. Elle ne se borna pas, comme à Malines et à Bruxelles, à en former des
«jours » réguliers; chez elle, les mouchetures étoilées pénétrent partout, diversifiant leurs aspects, se juxtaposant, sans souci de la symétrie et finissant par substituer entièrement leur pêle-mêle, séduisant du reste, au fond de réseau des dentelles plus compassées.
Les spécimens, réunis dans la vitrine verticale n° 70, comprennent, à gauche, des morceaux dans lesquels nous sommes tenté de voir de la dentelle de Binche, à fond de brides.
Les petits coupons, placés au milieu et à droite, marquent l'évolution vers le fond de neige pur.
La longue pièce, de faible hauteur, placée dessous, rentre, de nouveau, dans le type mélangé de brides. Son dessin nettement Louis XIV nous la ferait rapporter à la fin du XVIIe siècle. Cet objet servit probablement de bas de rochet.
Les dentelles de Binche n'étaient pas hautes, en général. Le volant, à trois étages, cousus ensemble, qui s'étend sous la pièce précédente, montre la façon dont on se tirait parfois d'affaire lorsqu'on voulait obtenir une pièce de Binche ayant plus de hauteur. La candeur du procédé fait, un peu, son excuse; mais l'effet de l'ensemble n'en demeure pas moins fâcheux.
71 Dans d'autres cas, on se donnait plus de peine
pour suppléer à cette inaptitude de produire directement des dentelles un peu hautes. Le grand bas d'aube, à personnages, exposé dans le bas de la vitrine n° 71, nous en fournit un exemple remarquable. Le dessin embrasse toute la hauteur du volant; mais, pour l'exécuter en dentelle, on Fa découpé en fragments irréguliers, de hauteur moindre. Ces fragments ont été ensuite habilement rapprochés par des jointes, dont on suit fort bien la trace, tout le long de la dentelle, vers la moitié de sa hauteur.
Le volant qui nous occupe, bien que s'écartant de la formule habituelle de la dentelle de Binche, porte des caractères binchois indéniables, notamment ces toiles nuancés, transparents et sillonnés de points clairs, qui ne se rencontrent guère ailleurs, à un tel degré. Le fond de neige n'intervient, il est vrai, que dans les "jours », sans déborder dans le champ même de la dentelle, entièrement formé d'un fond de mailles. Seulement ces dernières sont des mailles flamandes, les mailles de la Valenciennes, celles auxquelles Binche a eu recours, chaque fois qu'elle ne travaillait pas uniquement sur fond de neige, mailles qui, du reste, nous l'avons dit, retiennent encore le nom de Binche dans le langage professionnel.
7i. Nous tenons donc le volant en question pour
une dentelle de Binche, quitte à le qualifier de pièce exceptionnelle et à marquer d'autant plus vivement notre reconnaissance à Mme Goldschmidt-Przibram, qui eut la bonté de nous donner ce morceau, sans doute unique.
Chose rare, la composition se déroule d'un bout à l'autre, sans aucune répétition. On y voit, vers la gauche, la grappe de Chanaan, gravement portée par des personnages, en costume Louis XIV. Plus loin, c'est le char de la Religion, entouré d'une inscription : Jubilante apostole,opus hoc suavissimo Jesu douant, montrant que la dentelle fut certainement exécutée à l'occasion de quelque jubilé sacerdotal. Les dimensions plus grandes données aux lettres chronographiques, notamment dans le mot « jubilante », annoncent un chronogramme, d'où se dégage la date 1730.
En poursuivant vers la droite, on trouve un personnage, en costume civil, du temps de Louis XIV, entouré de figures et d'inscriptions, évidemment en rapport avec l'événement que la dentelle voulait célébrer. Plus loin encore, se voit l'Agneau mystique, couché sur le livre aux sept sceaux.
La date de 1730, relevée ci-dessus, nous paraît bien rapprochée, étant donnés non seulement la
nature de la dentelle et les caractères du dessin, mais encore le costume des personnages, qui dénoterait plutôt la fin du XVIIe siècle ou les premières années du siècle suivant. Mais il faut bien s'incliner devant le fait, quitte à conclure que le dessinateur retardait quelque peu sur les modes du jour.
Ajoutons que cette dentelle passe pour avoir été exécutée dans un couvent de la province d'Anvers, peut-être par quelque religieuse venue du Hainaut.
Les autres dentelles de Binche, exposées dans cette vitrine n° 71, ont, à côté du point de neige, une partie de leur fond formée de véritables mailles. Ce sont les mailles de Valenciennes, dites aussi mailles flamandes ; les dentelliers modernes leur donnent encore, nous l'avons dit, le nom de point de Binche.
La vitrine n° 72 renferme, enfin, les dentelles de Binche, de la dernière manière. Le fond de neige y règne seul et les toiles y atteignent une ténuité encore plus marquée qu'aux époques précédentes. Nous y signalerons spécialement un beau mouchoir, prêté par Mme Emile Goossens et une magnifique barbe du XVIIIe siècle, appartenant à MUe Hélène Godtschalck.
73 à 76. Nous avons réuni, dans les meubles à volets, n0S 73 et TSbis, ainsi que dans les trois cadres nos 74 à 76, placés vis-à-vis, un grand nombre de spécimens de dentelles belges, de dimensions assez réduites, pour la plupart, mais dont la réunion présente un véritable intérêt documentaire.
Le meuble à volets, n° 73, est consacré tout entier aux dentelles de Bruxelles, tant à l'aiguille qu'aux fuseaux : on y trouvera, d'un côté, les morceaux ayant au moins cinquante ans d'âge, de l'autre, les pièces plus récentes.
Signalons, dans le premier cadre de la première catégorie, un fragment de réseau drochel, tel qu'on le fabriquait en vue du travail d'application. Ces morceaux se font rares; celui-ci nous a été offert par Mrae Kefer-Mali, qui a dessiné également l'agrandissement de la maille qui se voit
à côté.
Dans les cadres suivants, se placent des morceaux d'application, tant sur vrai réseau que sur tulle, d'époque relativement ancienne.
Le premier cadre de la deuxième rangée montre, au recto et au verso, la suite des opérations que nécessite le travail du point à l'aiguille.
Nous croyons répondre à un désir de nos lecteurs en en donnant une brève description.
On commence par prendre un calque du dessin original ; puis, on place sous ce calque une ou plusieurs feuilles de papier mince, suivant les besoins du travail et, à l'aide d'une machine spéciale, on pique, à travers l'ensemble, tous les contours du dessin. Les piqûres, obtenues de la sorte, sont ensuite poncées au bitume, de manière à obtenir des épreuves, sur lesquelles le dessin primitif apparaît entièrement pointillé en brun.
La ponçure, qu'on partage en plusieurs morceaux, quand la pièce est un peu grande, est remise à l'ouvrière qui, à l'aide d'un picot, la traduit en piqûres sur un papier fort, généralement noir, parfois bleu. C'est sur ce papier fort que va s'exécuter tout le travail.
Le papier piqué est d'abord faufilé, tout autour, sur deux morceaux d'étoffe, d'égale dimension, placés l'un sur l'autre. Gela fait, l'ouvrière commence la « trace du dessin », en appliquant, sur les contours de celui-ci, un gros fil, qu'elle y maintient étroitement au moyen d'un fil très mince, allant et venant par les points de piqûre et traversant non seulement le papier, mais encore les deux petites pièces d'étoffe placées dessous.
C'est ce premier bâti de gros fil, reproduisant fidèlement les contours du dessin, qui doit supporter le reste de l'ouvrage; c'est sur lui que
73 à, 76. l'ouvrière prend ses points d'attache pour exécuter ses cordonnets, ses brodes, ses jours, sa gaze, en un mot, tout ce qui doit former comme la chair de cette première ossature.
Le travail terminé, il ne reste qu'à le délivrer du support, sur lequel il se trouve fixé. A cette fin, l'ouvrière saisit de chaque main l'une des deux petites pièces d'étoffe auxquelles tient le papier et, par une série de courtes saccades, les arrache l'une de l'autre, rompant ainsi les minces fils d'attache qui maintenaient les fils de trace contre le papier piqué. L'ouvrage ne tient plus, dès lors, à ce dernier : il tombe dans la main et il ne reste plus qu'à le débarrasser des brins rompus du fil d'attache qui y seraient demeurés attachés.
L'ingéniosité du procédé réside notamment dans la présence de la deuxième petite pièce d'étoffe qui, s'interposant entre l'autre pièce et le papier piqué, supporte tout l'effort de l'arrachement, empêchant ainsi le papier de se déchirer et l'ouvrage de se déformer.
Les sept papillons, dont se compose cette démonstration, ont été exécutés, à notre demande, par Mlle Minne Dansaert, qui a bien voulu nous en faire don.
Le sixième cadre renferme une série de pièces détachées, exécutées à l'aiguille et destinées à être appliquées sur fond « gaze », ou sur tulle.
On j remarquera notamment un oiseau, entouré de branchages, délicatement travaillé. Cet objet nous a été donné par Madame Préherbu, de Malines, dont le nom se retrouve fréquemment à côté de morceaux intéressants, donnés ou prêtés par elle.
Les autres cadres renferment encore de bons spécimens offerts, en grande partie, par les personnes désignées sous chacun d'eux et que nous tenons à remercier de leur bienveillant concours.
Le meuble à volets, n° 73bis, montre successivement des coupons de dentelles de Flandre, de Valenciennes, de Binche, de Malines, de Marche, de Couvin, de Beaumont, etc. Ces spécimens sont accompagnés, de temps en temps, d'agrandissements et de dessins, à grande échelle, des divers genres de réseau qui y interviennent. Les dessins en question ont été exécutés par Mme Kefer-Mali. Nous en avons reproduit quelques-uns dans les planches qui accompagnent le présent Guide.
73 à 76. On remarquera, dans le cadre n° 76, une pièce curieuse, faisant partie du fonds Montefiore : un éventail, entièrement en cheveux, exécuté aux fuseaux, par les soins de M. Coryn, de Bruxelles. Nous nous permettons d'attirer sur notre collection documentaire, en formation, l'attention des Dames qui pourraient nous aider à la compléter. De simples fragments de dentelles, souvent perdus dans les tiroirs, sans profit pour personne, peuvent devenir des documents utiles, en venant prendre rang dans des séries de l'espèce. Un grand nombre de personnes l'ont déjà compris, ainsi qu'on en jugera par les noms inscrits en regard des spécimens exposés. Nous les remercions sincèrement et nous formons des vœux pour que leur exemple trouve beaucoup d'imitateurs.
Le troisième compartiment de la section est consacré aux dentelles étrangères : à gauche, l'Italie; à droite, la France et les pays divers.
La plupart des subdivisions de ce compartiment ne constituent, nous l'avouons, que de simples rappels de ce qu'elles devraient être en réalité. Elles montreront, du moins, notre intention de nous procurer successivement des spécimens de tous les centres dentelliers étrangers, de quelque importance, et engageront peut-être les producteurs de dentelles à nous accorder leur bienveillant concours dans ce but.
L'importance de l'Italie, au point de vue de la dentelle, nous a naturellement amené à lui donner le premier rang dans cette réunion internationale. Les spécimens que nous possédons permettent de suivre sommairement le développement de la dentelle, dans ce pays, depuis le XVIe siècle, jusqu'à la fin du XVIIIe. Ils proviennent, en grande partie, du fonds Montefiore.
77. Les dentelles exposées dans le cadre 77, sont vraisemblablement de la deuxième moitié du XVIe siècle, époque à laquelle dominait le profil en forme de dents, d'où la dentelle tira son nom et que les Italiens, de leur côté, ont rendu par le mot « merletti », qui signifie créneaux. Les unes sont du point à l'aiguille, les autres, du travail aux fuseaux.
78. Le remarquable tablier, qui occupe ce cadre, est encore de la deuxième moitié du XVIe siècle. Il importe de noter qu'il reproduit exactement, comme forme et comme style, les tabliers que nous rencontrons danscertains tableaux flamands, ceux de Maitin Devos, par exemple.
Les entre-deux et la bordure sont travaillés aux fuseaux, mais avec quelques détails exécutés à l'aiguille : tels, par exemple, les croix occupant le milieu des dentelures qui constituent la bordure du bas. [Collection Montefiore.)
79. Le cadre suivant présente les dentelles qui se portaient au commencement du XVIIe siècle, alors que la mode des grands cols retombants commerçait à s'affirmer.
80. On trouve, sous le n° 80, les dentelles de l'époque Louis XIII ; dans le bas, le point à
80. l'aiguille ; dans les rangées supérieures, les dentelles aux fuseaux. [Collection Montefiore.)