LE PUY! ET) SES IENVIRONS
expressément dans le tarif de 1664 à l'entrée, il arrivait souvent des contestations entre les négociants et les commis des cinq grosses fermes. Pour couper court à ces contestations des uns et des autres, il fut ordonné, par arrêt du 6 août 1707, qu'il ne serait payé à l'avenir pour tous droits d'entrée des dentelles du Puy, du Velay et d'Auvergne, dans lPétendue des cinq grosses fermes, que ciug sols par livre pesant.
Pour qu’une aussi large modération du tarif füt jugée nécessaire, il fallait que la fabrique se trouvât dans une situation bien critique; malgré qu’elle satisfit complétement les demandes des intéressés, elle était destinée à l’impuissance en ce qui concernait le retour à la prospérité passée, parce qu'il y avait d’autres causes plus sérieuses encore et plus capitales qui y mettaient obstacle.
La mode, en Europe, avait commencé d’abandonner les dentelles fortes et corsées pour celles plus légères qui aboutirent à la création des réseaux qui font la base de la plupart de nos dentelles actuelles; on s’engouait de tout ce qui avait l’apparence de la finesse; de là la mévente et la misère qui en fut la conséquence dans les fabriques où l’on hésitait à suivre le courant.
Quelques années plus tard, cet engouement avait pénétré dans les pays les plus éloignés, de telle sorte que tous les débouchés finirent par être fermés aux dentelles du Puy. Cet état déplorable amena une certaine agitation, dont le but était de secourir les fabricants et les ouvrières en provoquant des prêts et des subsides ‘. Tout cela ne pou-
1. Voici, à ce sujet, ce qu’écrivait M. Aymard, archiviste départemental du Puy, dans un album archéologique qui y fut publié en 1857 :
« … Les années 1715 et 1716 signalèrent une de ces néfastes époques. La fabrique qui, auparavant livrait à la vente
des dentelles très-variées et propres les unes pour l'Italie, d’autres à l'Espagne, d’autres pour les mers du sud, etc., languissait; les magasins étaient remplis de marchandises, et les négociants refusaient d'acheter les dentelles, « ce qui « mettait le peuple: dans la dernière misère et dans l'impossibilité de payer les impositions. »° Pour remédier à cette ficheuse situation « et soulager les peuples, » les trois commissaires du pays réunis à Montpellier, au mois de décembre 1715, décidèrent que le diocèse emprunterait une somme de soixante mille livres pour être employée en achat de dentelles. Dans une supplique imprimée qui traduisait uñ sentiment d'émotion générale, les syndics des marchands de la ville du Puy offrirent aux états du Velay « de supporter l'intérêt de cette somme, à la condition de fournir les fils de Hollande « bien assortis et nécessaires pour la consommation de cette somme en dentelles et dont leurs magasins étaient pleins!. »
« Cette demande n’eut pas de suite; la crise commerciale exigeait sans doute l'achat immédiat des dentelles, qui fut fait aux ouvrières par le sieur Jerphanion, syndic du diocèse *.
« Du reste ce malaise de la fabrique se prolongea bien avant dans le xvimi' siècle, car il motivait en 1755 un secours de mille livres payable pendant dix annnées, qui fut alloué par les états du Velay, pour suppléer à la détresse de la dentelle par l’introduction d’une manufacture nouvelle, celle des étoffes de coton. L'assemblée se préoccupait en même temps d’une demande souvent renouvelée pour nos commerçants et tendant à obtenir l’exemption des droits de sortie pour les dentelles qui passaient à l'étranger.
« Le commerce ne cessa depuis lors de réclamer contre ces droits de douane qui, disait-on, ne permettaient pas à nos dentelles de fil, les seules que la fabrique avait longtemps produites, de lutter au dehors, et surtout à Cadix, avec celles du Piémont, du Milanais et de la Flandre impériale, qui s’exportaient à moindres frais. C'était là une principale cause de la détresse de la fabrique que nous révèle un mémoire adre: en 1761, par les syndics marchands de la ville s'était rendu aux états généraux du Languedoc.
du Puy au syndic du pays du Velay, qui alors « Le même document nous apprend que peu de temps auparavant, et en vue d’occuper les ouvrières à un travail
*. Supplique à nos seigneurs des élats du diocèse de Puy et pays du Velay
Document curieux trouvé dans les papiers de famille, chez M C. de Lafayette, président de la Société académique du Puy, et procès-verbaux des états du Velay, session de 1716. Archives départementales.
vait procurer qu’un soulagement momentané et n’aurait produit aucun changement dans la situation, si on n’avait enfin compris que pour en sortir il fallait tout simplement se mettre dans le courant, et fabriquer, pour les besoins de la consommation présente, des dentelles à réseau plus légères et semblables à celles qui se faisaient dans d’autres fabriques où elles étaient une cause de grande prospérité.
« Le plus grand débit des dentelles du Puy, » dit un auteur ‘ venu quelques années après le retour à l’activité de cette fabrique, ne s’est jamais trouvé qu’à Cadix pour la destination du Mexique et du Pérou, où les femmes ornaient, de ces dentelles, leurs jupes et les autres parties de l’habillement avec une profusion qui en rendait la consommation prodigieuse. Le goût des dentelles plus fines ayant pénétré dans ce pays, le commerce du Puy en a beaucoup diminué. Les dentelles qui se fabriquent encore aujourd’hui sont plus fines et mieux proportionnées : mais ce commerce serait bien resserré s’il s'était borné aux dentelles de fil; il est soutenu par la fabrique des blondes et des dentelles noires, qui s’est introduit au Puy depuis environ trente ans. »
Ce commerce a beaucoup souffert pendant la première révolution, mais il s’est bientôt relevé et aujourd’hui, malgré la concurrence des dentelles à la mécanique, la fabrique du Puy, par les nouveautés qu’elle met au jour, procure aux ouvrières qu’elle occupe en très-grand nombre, un travail convenablement rémunérateur. Ce sont des guipures de fil, de soie et de laine qu’elle produit actuellement; de ces dernières surtout et en très-grandes quantités. Depuis deux ans les demandes ont été d’une si grande importance, que le nombre des ouvrières s’est accru, dit-on, de vingt mille, et que les façons ont plus que doublé; on assure même que nombre d’ouvrières ont pu gagner jusqu’à cinq francs par jour.
Le Puy possède un musée de tableaux et d’antiquités fort remarquable, et tel qu’on n’en rencontre pas dans les villes de son importance; il s’est enrichi, depuis quelques années, d’une collection de dentelles anciennes due à la générosité de l’un de ses fabricants. On ne pouvait faire, pour le progrès et l’avenir de la fabrique, une œuvre
plus utile.
On fait de la dentelle aujourd’hui dans tout le département de la Haute-Loire, à l'exception de quelques communes à l’est de l’arrondissement d’Issingeaux et de quelques autres de l’arrondissement de Brioude à l’ouest. La fabrique s’étend au nord dans le département de la Loire jusqu’à Saint-Bonnet-le-Château et Saint-Anthème et dans celui du Puy-de-Dôme au delà d’Ambert.
AuriLLac, Murar ET TuLue. — La ville d’Aurillac a été, jadis, le centre d’une fabrication importante de dentelles, qui s’étendait au delà de Murat et jusque dans le Limousin, L'origine de cette manufacture est très -probablement contemporaine
plus lucratif, on avait créé dans le pays une fabrique de blondes ou dentelles de soie, mais que ces nouveaux produits
étaient sujets également « à telle douane que les commis de fermes jugeaient à propos » 1. Roland de la Platière, Encyclopédie des Arts et manufactures.