Voir page 72 à 73 les fac simile de réseau fond c
4. Dans l’Histoire de la dentelle, de Mw*° Bury-Palliser, déjà citée, on lit page 31 :
« Point double, aussi appelé point de Paris ou point de champ ; point double, parce qu’il exigeait un nombre double de fils; de champ, parce qu’il se faisait principalement dans les campagnes, »
Pour un point dit point de Paris, c’est là un qualificatif assez... champêtre; mais ce n’est pas tout. Page 238, la figure 98 est présentée comme spécimen d’une dentelle de Chantilly du temps de Louis XVI : « Sa ressemblance, dit l’auteur, avec la dentelle de Lille est frappante, fond clair et fin. » Or, ce spécimen est le fac simile d’une dentelle à réseau
Les dentelles en fil de lin de l'Ile-de-France, fabriquées anciennement, ont été de toute nature et de tout genre, au fuseau et à l’aiguille. Ce furent d’abord le Point Coupé et les Passements aux fuseaux ou guipures gothiques; puis les guipures ramagées très en vogue sous Louis XIV, les Points de France, tant à l'aiguille qu'aux fuseaux ; et, enfin, les points de Malines (PL. VII, VIII et XIII, Fig. 1) et d'Angleterre. En un mot, la fabrique y à toujours suivi le courant de la mode.
A la fin du xvn° siècle, les dentelles aux fuseaux les plus en vogue étaient les points d'Angleterre et de Malines ; et il est certain, qu’à cette époque, on s’adonnait à cette fabrication dans l’Ile-de-France. Les points de France aux fuseaux qu'on y fabriquait n'étaient autres que le point d'Angleterre introduit depuis peu en France. Quant à la Malines on s’en occupait aussi dans cette province. On peut voir aux Archives nationales une pièce convaincante à ce sujet. C’est un projet de lettres patentes, de 1697, à l'effet d'autoriser le sieur Pierre de Chars, Catherine et Élisabeth de Chars, ses sœurs, à établir à Villiers-le-Bel une manufacture de dentelles façon Malines. Il est dit, dans ce projet, que les requérants, depuis deux ans, ont dressé deux cents ouvrières à faire des dentelles de fil à l’imitation de celles de Malines, aussi belles et d’aussi bonne qualité.
Le même dossier contient une autre pièce curieuse de la même année, relative à la dentelle. C’est une demande d’un particulier qui propose, moyennant certains priviléges et immunités, d’être autorisé à faire venir cent maïitresses ouvrières de la Flandre espagnole et à établir, à Saint-Denis et autres lieux de l’Ile-de-France, une manufacture de dentelles d'Angleterre et d’y occuper le nombre d’ouvrières qu'il jugera à propos.
Au xvir° siècle le goût pour les dentelles noires et les blondes s'étant développé, les manufactures de l’Ile-de-France se sont en grande partie livrées à cette fabrication, et y ont constamment tenu le premier rang.
Il y a quelques années cette industrie était encore très-florissante à Chantilly et ses environs, à Luzarches, Seugy, Viarmes, Saint-Martin-du-Tertre, Asnières, Saint-Maximin, Survilliers, Louvres et quelques autres bourgs et villages voisins de ces localités. On comptait aussi bon nombre d’ouvrières de l’autre côté de l’Oise jusqu’à Talmontiers et Gisors ; mais les dentelles dites de Chantilly ayant chômé pendant quelques années, d’autres industries ont pénétré dans la plupart de ces endroits, et le nombre des ouvrières y va toujours en diminuant.
La Planche XV représente une dentelle noire de la fabrique de Chantilly de la fin du
xvin‘ siècle.
Le Havre, Dieppe, CAEN, BAyEux. — Parmi les nombreuses manufactures
de dentelles qui existaient ou existent encore dans la Normandie, celle du Havre paraît avoir été la plus ancienne. Il en est question dans la Révolte des passements, et
fond double Point de Paris, qu’il plaît à M"° Bury-Palliser de qualifier Lille. Son ouvrage, qui, d’ailleurs, renferme une quantité prodigieuse de compilations fort intéressantes pour l’histoire de’ la dentelle, fourmille de bévues de cette nature, contre lesquelles on fera bien de se mettre en garde.
trente ans plus tard, en 1692, M. de Saint-Aignan, gouverneur de cette ville, portait le nombre de ses ouvrières à vingt-deux mille. On y faisait alors des dentelles en blanc et en noir, depuis cinq sous jusqu’à trente francs l’aune ‘.
On doit supposer que le grand nombre d’ouvrières trouvé à la manufacture du Havre, par Saint-Aignan, étaient établies en grande partie dans ses environs. Tout le littoral de la Manche, jusqu’à Dieppe et Eu, en était peuplé. Sans vouloir prétendre que celles de ces deux dernières villes étaient comprises dans l'évaluation, il est permis de croire que toutes celles des villes plus rapprochées du Havre telles que : Saint-Valéry en-Caux, Fécamp, Bolbec, Harfleur et autres localités, en faisaient partie.
On manque de documents sur l’ancienneté de la manufacture de dentelles de Dieppe; les premières traces de son existence ne se révèlent que dans des écrits de la fin du xvir siècle. On voit, dans Savary, qu’il s’y faisait ainsi que dans ses environs des dentelles de fil façon Malines et Valenciennes; la plus grande partie, de ce dernier genre. Les dentelles de fil du Havre étaient de même, mais moins fines que celles de Dieppe qui étaient très-estimées.
Peuchet évaluait à quatre cent mille francs la production annuelle de la manufacture de Dieppe à la première main. « Le commerce en est fait, dit-il, par des marchands du dehors, la plupart venant d'Auvergne ou de la Lorraine, à pied, et qui les distribuent dans leurs tournées avec les dentelles de leur propre fabrique. »
On ne fait plus de dentelles sur le littoral de la Manche, du Havre à Eu, excepté à Dieppe, où il reste encore quelques ouvrières qu’on y occupe à l’hôpital de cette ville ; en revanche à Caen et Bayeux, où cette industrie est moins ancienne, elle s’est largement développée et étendue dans leurs environs.
La plus ancienne pièce authentique où l’on trouve qu’il soit fait mention de la fabrique de Caen est un arrêt du 21 mars 170$ ?.
Cet arrêt autorise les marchands de la ville de Caen à faire rentrer en Normandie, les dentelles qu’ils auront portées aux foires de Bretagne et qui ne s’y seront pas vendues, moyennant un droit de cinq livres pour cent livres pesant, et les dispenses des droits de sortie en se conformant à certaines formalités.
On faisait anciennement à Caen des dentelles de fil, de soie noire, puis des blondes ; et enfin, tous les genres de dentelles aux fuseaux autres que la valenciennes. Suivant que la mode était à ceci ou à cela, on apportait des modifications au travail, on renouvelait les modèles fréquemment; cette habitude de se plier aux exigences de la mode et de provoquer même ses fantaisies, concourait à augmenter la réputation de la fabrique et à la faire prospérer : aussi prit-elle un développement considérable et vit-on de grandes fortunes se créer dans cette industrie, indépendamment du bien-être qu’elle répandait
1. Dans une lettre du 29 juillet 1682, Colbert évalue à deux millions de livres les dentelles de Flandre entrant cn France, et parle du Havre pour chercher à y abolir les manufactures de Flandre. S'il ne fût pas mort peu de temps après, il eût probablement réalisé son projet.