‹ La dentelle, histoire -- description -- fabrication -- bibliographieChapitre 8 sur 73 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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CHSLAUISNITIRIE I

LES DENTELLES AUX FUSEAUX DES XVIe ET XVII° SIÈCLES.

N donna, en France, aux premières dentelles aux fuseaux le nom de Passements aux Juseaux, et celui de passements de | point coupé à celles à l'aiguille, sans doute à cause de l’usage | qu’on en fit fréquemment pour galonner les habits, et du corps d'état, celui des passementiers qui, par privilége suivant leurs statuts, avaient seuls le droit de les fabriquer.

Plus tard, on se servit du mot dentelle pour les désigner

toutes d’une façon générale; mais, quand on voulut les distin-

guer, on appela les unes, Dentelles aux fuseaux, les autres, celles à laiguille, Point‘. Dans le principe, on se servit aussi quelquefois du mot dentelle pour désigner les passements aux fuseaux ou à l'aiguille à bords dentelés. Il faut ajouter que les premières dentelles appelées passements ne ressemblent pas à celles actuelles et qu’on leur donne maintenant

1. Le mot Point s’est dit aussi et se dit encore pour exprimer les différents modes de travail employés dans la confection des dentelles à l’aiguille ou aux fuseaux; on dit : un point de boutonnière, un point de gaze, un point d'esprit, etc., etc.

le nom de Guipures, ce qui empêche de les confondre avec les genres modernes tels que l'Application, la Malines, la Valenciennes, etc., etc., mais ce qui jetterait la confusion dans quelques esprits si on n’était prévenu que les guipures actuelles sont la reproduction des anciens passements.

Le mot Dentelle se trouve imprimé, pour la première fois, dans un recueil de modèles de points coupés, sans nom d'auteur, édité par Foillet à Montbelliard en 1598. Quoiqu'il n’existe dans aucun dictionnaire du temps, on a des preuves qu’il était en usage déjà vers 1549‘. Il est évident qu'il ne remonte pas beaucoup plus haut; comme tous les mots nouveaux il n'aura été introduit dans les dictionnaires qu'après que l’usage en sera devenu très-fréquent.

Dans le recueil précité, le mot Danielle, ainsi orthographié, s’applique seulement À des modèles de point coupé à dents aiguës.

Pendant les premières années du xvn° siècle il a désigné spécialement cette sorte de dentelle, et le mot passement a aussi conservé concurremment sa signification jusque vers le milieu de ce siècle; seulement.il s’appliquait plus particulièrement à tout ce qui était à bords droits, c’est-à-dire aux entredeux.

IL n’était pas sans utilité d'appeler l'attention sur ces différentes dénominations, dont il est nécessaire de bien connaître le sens si l’on veut éviter, en étudiant les vieilles dentelles, les confusions dans lesquelles sont tombés la plupart des écrivains modernes.

Vers la fin du xvr siècle, l'usage ayant adopté le mot guipure à la place de passement, tandis que le mot dentelle conservait sa signification générale, presque tous les auteurs du xvmn et du x1x° siècle ont cru que la dentelle avait toujours existé à peu près telle qu'ils la voyaient de leurs temps, et se sont figuré que la guipure, appelée antérieurement passement, n'avait été qu’une fantaisie, une variété dont ils n’ont même pas soupçonné la valeur artistique et limportance commerciale. Elle fut au contraire, de toutes les dentelles aux fuseaux la première créée et jouit, dans son temps pendant plus d’un siècle d'une vogue sans égale et méritée que n’ont jamais atteint toutes les variétés survenues depuis. Quand ils ont raconté le succès universel des dentelles aux fuseaux, le grand

développement de cette industrie au commencement du xvu‘ siècle, ils ne se sont

seulement pas aperçus qu'il s’agissait d’elle, quoiqu'il n’en ait pas existé d’autre pendant

cette période.

Il ya vingt-cinq ans environ, quelques amateurs s'étant mis à la recherche des

entelles anciennes, on exhuma tous les vieux restes qui se trouvaient enfouis et relégués

dans le fond des garde-robes avec les objets hors d'usage que l’on conservait seulement à cause d’un vague souvenir de leur antique valeur. Le goût y étant, il s’en fit un certain

1. On lit en effet, pag d’un manuscrit de cette date où sont énumérées les dépenses de la maison de M"° Margue-

rite, sœur du Roi : « Pour soixante aulnes fine dantelle de Florence pour mettre à des collets. » Voir à la Bibliothèque nationale. MSS. FFr. 10394.

L'absence complète de dentelles sur les costumes et lingeries des portraits du temps.est une preuve qu’elle était une

nouveauté toute récente et peu répandue alors.

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