XVI‘ ET XVII: SIÈCLES
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commerce avec ce que des marchands avisés récoltèrent dans les cures, les couvents et les communautés religieuses, où on ignorait le prix de ces précieuses reliques.
De là la création récente des nouvelles guipures que l’on a appelées Cluny, quand on a voulu désigner celles qui sont la reproduction des vieux modèles de passements du xvi‘ et du xvrr' siècle.
De là aussi les recherches récentes sur leurs existences passées dont a profité l’histoire.
Les hommes de lettres des xvi° et xvu‘ siècles se sont si peu occupés de tout ce qui a rapport à l’industrie, qu’on ne trouve même pas dans les dictionnaires du commencement du xvn° siècle les mots Lacis, Point coupé, Dentelle; ils ne se trouvent ni dans l’édition de 1584 du dictionnaire de J, Nicot, ni dans celle de 1618, pas plus que dans le dictionnaire de Aimar de Ranconnet, paru en 1606.
Le mot passement n’est pas même défini dans l'édition de J. Nicot de 1618, et la
définition qui existe dans celui de Aimar de Ranconnet se rapporte uniquement aux
ouvrages de passementerie, de telle sorte quesi l’on ne voyait les mots lacis, point coupé, passement et dentelle en tête des modèles gravés de ces genres dans les recueils du temps qui nous sont parvenus, quand on les rencontrerait en lisant les écrits anciens, on serait fort embarrassé pour les appliquer aux ouvrages qu'ils servaient à désigner.
Dans le dictionnaire de Richelet, édition de 1680, la dentelle, le passement et le
point ont des définitions si inexactes que, en les prenant à la lettre, on risquerait de tomber dans les plus graves erreurs.
De nombreux édits somptuaires de Louis XIII et de Louis XIV s'étaient occupés cependant, avant la publication de ce dictionnaire, des passements aux fuseaux et des passements de point coupé, c’est-à-dire à l'aiguille, et voici comment, malgré l’antériorité de ces actes publics, ce mot passement y est défini : « Ouvrage de fil, de laine ou de soie qui est travaillé en manière de rubans. » Cela se rapporte entièrement aux galons, et c’est tout. Rien ne rappelle qu'il servait aussi à désigner les dentelles d'alors, qui n'étaient autres que ce qu'on appelle aujourd’hui guipures ou points de Venise, suivant qu’elles sont travaillées aux fuseaux ou à l'aiguille.
D’après les statuts des maîtres Passementiers - boutonniers de Paris du mois
avril 1663, article 21, il leur est permis de faire « toutes sortes de passements €
dentelle sur l’oreiller, aux fuseaux, aux épingles et à la main, d’or, d'argent tant fin que faux; de soye, de fil blanc et de couleur, etc. »
Voilà donc encore un acte public dans lequel il est question de passements de dentelle. Il est heureux que l’on connaisse le sens de cette expression, qui s’appliquait à un produit industriel dont il se faisait alors un très-grand commerce, car il serait impossible aujourd’hui de s’éclairer si l’on n’avait pour cela que le dictionnaire de Richelet, paru cependant vingt sept ans plus tard. £
Heureusement, comme on l’a fait observer, on a pu se passer de cet auxiliaire, mais que d’endroits obscurs, dans le chemin d’un passé qui n’est pourtant pas bien éloigné,
sur lesquels on ne pourra jamais projeter la lumière!
L'histoire a enregistré avec soin le nom des conquérants qui n’ont fait que répandre la ruine et la misère sur la terre et a glorifié leurs actes, tandis que les créateurs des arts mécaniques, ces bienfaiteurs de l'humanité, se ressentant du mépris que le monde a eu pour les travailleurs qui ont mis à profit leurs inventions, se sont vus pour la plupart relégués dans loubli. Il ne faut donc pas s'étonner si l'inventeur de la dentelle aux fuseaux nous est inconnu quand les auteurs de tant d’autres produits bien plus utiles à l'humanité sont restés dans l’ombre.
Parmi les recueils anciens de modèles de dentelle, le premier en date pour celles aux fuseaux est celui intitulé : Le Pompe. Il fut imprimé à Venise pour la première fois en 1$$7; on y lit bien à la première page, au frontispice, que : « Pareil ouvrage non moins beau qu'utile et nécessaire n'avait point encore vu le jour, » mais c’est là une formule commune à la plupart des recueils du temps contenant des modèles pour broderie, lacis et dentelle, alors qu’on les éditait pour la première fois. Les auteurs qui l'employaient n'avaient d'autre but que d'affirmer la nouveauté de leurs dessins en les
présentant aux amateurs.
Fig. 17. — Métier à Dentelle de Normar
Telle a dû être aussi l'intention de l’auteur du recueil intitulé : Le Pompe; il ne saurait donc être considéré pour ce fait comme étant l'inventeur de la dentelle aux fuseaux. Ses modèles accusent une connaissance très-complète de l’art du dentelier, avantage qui le distingue de la plupart des auteurs venus après lui. Son dessin a un style à part, une forme originale qui lui est propre et n’a guère été imité par d’autres artistes ; mais il est à présumer que s’il eût été l'inventeur de l’art auquel il destinait ses compositions, il n’eût pas manqué de s’en prévaloir et de décrire le moyen de les mettre en pratique. S'il ne l’a pas fait, c’est que ces moyens étaient déjà connus.
Ayant la création de la dentelle aux fuseaux on a bien pu employer l'instrument qui sert à la faire, pour tresser des ganses ou fabriquer des franges à têtes ajourées, mais ce travail n’avait pas d’analogie avec celui de la dentelle, qui a nécessité un métier
spécial, une méthode toute nouvelle et l'emploi en grande quantité d’épingles, outre celui des fuseaux. (Fig. 17.)
Le métier à dentelle, que suivant les pays on appelle carreau, oreiller ou coussin, est généralement une boîte de forme à peu près carrée, garnie et rembourée extérieurement. La surface supérieure présente une inclinaison très-sensible vers le haut de
laquelle est ménagée une ouverture dans laquelle tourne sur son axe un cylindre
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rembourré bien ferme. Sur ce cylindre, placé horizontalement de façon à déborder un
peu l'ouverture qui l’a reçu, est fixé une carte ou un parchemin qu’on a préalablement
Fig. 18 à 20. — Fuseaux.
piqué de trous d’épingles, suivant les nécessités du modèle qu’on s’est proposé de reproduire. (Fig. 21.) Pour l'exécution du travail, on se sert d’une certaine quantité de
fuseaux garnis de fils que l’on croise ‘, que l’on tresse ou que l’on enlace comme le com-
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